Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Je viens de me proclamer officiellement « Rois des Cons » : toutes mes félicitations !

Ce genre de connerie ne m'était encore jamais arrivé. Ben, voilà. C'est fait.

Tu te souviens de cette chanson de Brassens :

« Il est possible au demeurant
Qu'on déloge le shah d'Iran
Mais il y a peu de chances qu'on
Détrône le roi des cons. »

Voilà ce qui tourne en boucle actuellement dans ma tête de triple baudet alzheimiste.
Ça tourne d'autant plus confortablement qu'il y a de la place !
On pourra y organiser les prochains championnats du monde de parachutisme, tellement il y a de la place !

Quel con !


Tu veux savoir pourquoi ? J'aimerais bien le savoir également. Franchement.
J'en ai déjà commis quelques unes des conneries d'inattention, des étourderies inattendues, des bévues, des mal vues, des malvenues, des femelles non venues, à confondre boulevard et avenue, mais celle-là, même là maintenant alors que j'ai encore sous les yeux le triste résultat, je n'arrive pas à croire que c'est humainement possible.

D'ailleurs ça ne doit pas être humainement possible. C'est juste un signe supplémentaire de ma déshumanisation. Plus tout à fait présent mais pas encore totalement absent. Vaporeux. Évanescent. Éthéré.

Plus aérien que les limbes diaphanes où s'irisent le néant.
Plus improbable qu'une idée saine au sein d'un livre saint.
Plus volatile qu'une basse-cour en garde à vue.
Je te présente ce qui me sert d'esprit.

Tu sens ce vent frileux qui te glisse entre les doigts et qui n'est déjà plus qu'un lointain souvenir ? C'était lui, à bout de souffle. Usé. Épuisé.

Et puis zut ! Je te disais quoi juste avant ? Ha, oui : quel con !!


En règle générale, avant de mettre un jean, ou n'importe quelle fripe à poche, dans le tambour de la machine à laver, tu as le réflexe de justement mettre tes mains dans lesdites poches pour y retirer ce qui ne supporterait pas et l'eau chaude et la lessive.

Tu sens venir le gag ?

Or donc, je mets bien les mains dans les poches avec déjà l'esprit concentré sur l'opération suivante, persuadé, à tort donc, que rien d'important ne peut les encombrer étant donné :

  • petit a : que mon restant de monnaie est là sur la table ;
  • petit b : que les clés sont également sur la table ;
  • petit c : que l'ordinateur portable est à côté des clés et que de toute façon il ne tient pas dans la poche d'un jean.

Par contre, je viens de sentir un truc, là... Ha ! Un ticket de métro. Le genre de saloperie délétère qui se transforme en bouillie après un pauvre cycle à 40° et qui t'oblige à nettoyer la cuve et le filtre pour ne pas risquer une inondation.

Heureux de ma trouvaille, fier come un chasseur d'iguane devant un bootleg d'Iggy Pop, je pousse le jean au milieu des autres fringues en partance pour un tour de manège, je ferme la porte du tambour, j'enclenche le thermostat, je percute le rupteur, je tire sur la chevillette... puis j'appuie sur le bouton d'arrêt d'urgence en réalisant que je viens d'oublier de mettre la dose de lessive !

En temps normal — il y a de cela quelques années, maintenant — j'aurais pris ça pour un clin d'œil du hasard, genre « Hey, mec, t'as oublié un truc dans la poche. De rien. »

Là, j'ai juste marmonné « Quel con ! » en me dépêchant de réitérer les manœuvres précédentes.


Pendant que la machine fait son office, je me prépare ce qui doit être le deux cent quatorzième café de la journée. Pas de risque pour ma santé, je les prends sans sucre !  :)

Puis je m'installe devant l'écran, je pose mes doigts sur le clavier et je commence à te raconter un truc que tu ne liras donc jamais puisque je l'ai remplacé, de rage, par ce que tu es en train de lire.

Ce n'est pas que la présente histoire a plus d'intérêt, c'est juste que, dans un cas comme celui-ci, écrire, se relire, reformuler, rayer, rajouter, reprendre, allonger, délayer, adoucir, permet d'évacuer une partie de la colère et de la déception devant une stupidité de ce calibre et bien que je ne m'en remettrai pas vu l'immensité de la perte.
Immensité que je suis le seul à pouvoir appréhender, forcément, puisque ce ne sont jamais que ces huit dernières années de textes numérisés — articles de blogs, textes de chansons, brouillons de livres, esquisses de scénarios, poèmes et poésies, aphorismes, idées, jeux de mots, histoires inachevées, archives et probablement quelque autre prose hâtivement rédigée — qui viennent de disparaître.

...

Pour ma défense, je dois quand même relever le peu d'enthousiasme des fabricants de clés USB à les rendre étanches et résistantes.
À moins, bien sûr, que les plans du prototype ne fussent stockés sur une clé qui goûta, elle aussi, aux charmes humides et parfumés du programme couleurs résistantes ?


On peut voir les choses de manière positive : toujours ça de moins à mettre au propre !

Ce qui m'embête le plus est quand même que je ne me souviens pas de tout et qu'il y a donc des choses irrémédiablement perdues.
D'autres pourront ressurgir si j'ai le courage de me ré-atteler à les ré-écrire, à l'occasion, peut-être, d'un séjour sur l'Île de Ré ?

D'autres encore reviendront abrégées, allégées, amputées.
Comme ces combattants qui, partis sur leurs deux pieds, n'en ramènent qu'un seul, à l'issue du conflit. En s'estimant heureux, cependant, d'en être revenus.

Voilà. Je vais faire ça. Me contenter de ce qui reviendra.

En imaginant, parce que je crois que, d'une certaine façon, les idées n'appartiennent à personne et voyagent au hasard et au gré de qui y sera réceptif, en imaginant donc que ces datas ont adopté la devise parisienne, fluctuat nec mergitur, et qu'elles ressortiront des eaux pour conquérir de nouvelles méninges, voire, telles des Ulysses des eaux de ménage après un long voyage parmi les tuyauteries et les stations d'épuration, pour mieux me revenir dans le flacon d'eau claire qui troublera une prochaine anisette ou dans l'eau frémissante d'un énième expresso.

Peut-être était-ce, en fin de compte, la meilleure manière d'enfin mettre de l'ordre dans ces centaines de fichiers entassés, parfois redoublés, parfois même oubliés ?

Alea jacta est !

Je crois qu'à ma prochaine lessive, je ferais même les poches de mes chaussettes !
Peut-être y retrouverais-je quelques neurones encore utilisables...


2 commentaires

  1. #1

    Par le à

    Eh oui, ça arrive !

    Ça m’est déjà arrivé de perdre des textes -merci à l’informatique !- et passé le moment de rage -où tu te traites de gros con- je me dis que je vais les réécrire, sauf que je n’y arrive pas… Je suis incapable de revenir sur un sujet que j’ai retourné dans tous les sens, qui m’a pris du temps et de l’énergie… Alors je pense à la mère d’Alexandre Jardin qui, paraît-il, un jour brûla tous ses livres. Visiblement, c’était sa manière de toujours regarder vers le futur ! ;)

  2. #2

    Par le à

    Brûler les livres, ce n’est pas très bon pour le bilan carbone… :)
    C’est l’avantage du numérique : les pertes de données ne font pas de dégâts écologiques majeurs.

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