Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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La racole primaire

Le champ politique français, déjà bien encombré de zones d'ombre, de puits sans fonds, de miroirs aux alouettes et de souterrains labyrinthiques, tous plus minés les uns que les autres, vient donc de se doter officiellement (puisque succès populaire, hélas ! il y eût), d'une nouvelle étrangeté : les primaires.


Cette américanisation croissante des mœurs politiques françaises me semble aller à l'encontre de la plus élémentaire philosophie politique : l'expression du citoyen.

Je vais développer par la suite mais ce système de "primaires" va avoir deux effets néfastes et ce à très court terme puisque (malheureusement) son succès va faire école :

  1. l'officialisation du bi-partisme qui n'est autre que la fin du pluralisme politique et de ses nuances ;
  2. l'officialisation de la préférence donnée aux personnes plutôt qu'aux idées.

Malgré les réjouissances des élus et des éditorialistes qui y voient de la modernité, j'ose prétendre que nous vivons-là le jour 1 de la fin de la démocratie (qui n'était certes pas en très bon état...).
Trop tard pour pleurer : « Alea jacta est ! » comme on disait jadis dans cette autre République de référence et qui finit par mourir de trop d'arrogance et de corruption...


La fin du pluralisme

Beaucoup de pays pratiquent le bi-partisme.
La plupart, occidentaux.
Avec la même structure : une soi-disante "droite" plus ou moins xénophobe, sécuritaire et désireuse de se débarrasser de l'État qui les paye d'ailleurs grassement pour ça, opposée à une soi-disante "gauche" plus ou moins sociale, ouverte sur la culture et désireuse de renforcer les prérogatives de l'État mais n'hésitant jamais à vivre des subsides lobbyistes (pardon, des dons désintéressés) des investisseurs privés.

À l'usage, les différences sont assez faibles et les thèmes de campagne sont totalement interchangeables selon que l'on se trouve au pouvoir ou dans l'opposition (ha, ha !) au moment de ladite campagne.

La France faisait encore figure d'exception.
Certes les deux poids lourds (PS et UMP) se partageaient réguliérement et alternativement les meilleures parts du gâchis du gâteau démocratique. Mais de part et d'autre de leurs champs de ruines idéologiques, l'on pouvait apercevoir des groupuscules plus ou moins vociférants, tenter de se goinfrer des quelques miettes que laissaient échapper, parfois volontairement, les gosiers saturés des goinfres dominants.

La fin des idées

Le système des "primaires" va obscurcir la visibilité des vociférateurs périphériques en utilisant tout l'espace médiatique, un peu à la façon d'une émission de télé-réalité. Le téléspectateur-électeur va choisir un représentant sur des critères de visibilité affective immédiate de la même manière qu'il choisit déjà un chanteur.
La question de la production, de la diffusion, de l'organisation de concerts, de la redistribution, de la légitimité de la notion de droits d'auteur, tout ça ne compte pas dans une émission de télé-réalité. On te demande juste de voter pour Kevin ou Nina ! Et ensuite d'acheter leurs CDs...
La politique-spectacle induite par les "primaires" sera du même acabit. Tu n'auras plus le choix de changer de crèmerie. Juste celui d'en désigner le gérant.

Sachant que les gérants potentiels sortent tous de la même école, habitent tous le même quartier, fréquentent les mêmes personnes, sont formés aux mêmes idées avec les mêmes méthodes, comment dire...
Le bi-partisme, ce n'est pas l'impitoyable confrontation entre deux grands de courants de pensées, c'est un parti qui gagne et l'autre qui ne perd pas.

La fameuse loi sur le financement des partis politiques (loi du 11 mars 1988, de nombreuse fois retouchée), officiellement votée pour lutter contre la corruption desdits partis (corruption déliceusement appelée "financement illégal"), n'était finalement que la première pierre du bi-partisme "à la française".
Les primaires en seront la clef de voûte et il sera difficile de revenir en arrière.

Amis de la démocratie, toutes mes condoléances...


15 commentaires

  1. #1

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    Tu sais ce qu'a dit Sarko à propos des primaires ? :

    "La Ve République ne peut être l'otage des partis politiques et le candidat (à la présidentielle, ndlr) pris en otage par son parti, le général de Gaulle a voulu une élection à deux tours, pas à quatre tours"

    ^_^

  2. #2

    Par le à

    En même temps, De Gaulle, ce n'est pas vraiment une référence quand on parle de démocratie. :)
    Quand à Sarkozy... il a lui aussi, oublié que c'est une "primaire" face à Alliot-Marie qui l'a désigné comme candidat pour 2007 (avec débat télé et tout).

    Les français comme les médias ont la mémoire courte. ;)

  3. #3

    Mémoire courte, bite longue?
    Le débat est ouvert :D

    (c'était le commentaire inutile du jour...)

  4. #4

    Par le à

    Et pourquoi l'avoir longue si tu ne te rappelles plus à quoi elle sert ? :D

  5. #6

    Par le à

    En même temps, les couilles, à quoi ça sert... ?!

  6. #7

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    euh... m'en rappelle plus... :D

  7. #8

    Par le à

    Première fois que je clique sur le lien de ton nom dans les commentaires de sexactu...

    Je suis pas déçu dis donc, et je ne peut qu'être d'accord avec ton article puisque personnellement, je trouve que le concept même de parti politique est une insulte à la démocratie.

    En fait le problème que tu soulève se posait déjà d'une manière différente, puisque beaucoup de gens votaient pour un parti, et non pas pour des idées.

    Puis bon les gauchiste disent que la droite c'est les méchants et vice-et-versa... Cette vision manichéenne de la politique est totalement irréaliste.

  8. #9

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    SaC, ravi de te voir ici. :)

    Les partis politiques, à priori, ne me dérangent pas.
    C'est même une source de comique assez intarissable... :D

    Un peu à l'instar du féminisme, on ne peut pas non plus oublier que le peu de libertés dont on jouit, siècle après siècle, a toujours été conquis par des groupes constitués plutôt que donné par des hommes institués.

    Cela dit, leur dérive dans la confiscation du débat est devenu aujourd'hui un vrai problème pour la démocratie.

  9. #10

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    En fait, le problème avec les parti aujourd'hui c'est qu'ils sont un filtre pour les candidats qui ont des bonnes idées et une réelle envie d'améliorer la vie des citoyens.

    Pour avoir une chance d'être élu aujourd'hui, il faut être soutenu par un parti, et pour ça, il faut y rentrer, se battre, écraser les autres pour gravir les échelons, magouiller, menacer.
    Avoir une soif de pouvoir énorme et suffisamment peu de moralité pour pouvoir atteindre le sommet.

    Et là, là seulement, soutenu par des milliers de gens qui vont aller prospecter les mairies (sans compter les maires du parti, qui votent "obligatoirement" pour leur candidat.)
    Et qui vont placarder des affiches partout, payer des journaliste pour parler d'eux. Les candidats ont tout ce qu'il faut pour être incrusté dans l'esprit des citoyens et donc avoir une chance d'être élu.

    Le bon gars qui a des bonnes idées, même s'il réussi à trouver 500 maires indépendants qui veulent bien signer pour lui. Il sera tellement effacé, écrasé par le poids médiatique des gros partis, que les citoyens ne sauront même pas qu'il existe... et même s'il arrive à faire parler de lui, rien de dit qu'il ne cèdera pas à des menaces de morts. (Sa va faut pas se voiler la face, on a déjà des exemples).

    Les primaires dont tu parle ne sont, pour moi, qu'une nouvelle manœuvre dans un jeu bien rôdé.

  10. #11

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    Oui, elles sont, comme je l'ai écrit, la porte ouverte au "bi-partisme unique".
    j'aime cette expression ! ^_^

    On peut les voir comme l'aboutissemet d'un cycle (l'achèvement de la bi-polarisation) et/ou comme le début d'une nouvelle ére.

    Mon côté optimiste regardant toujours vers l'avant, j'ai pris la deuxième option... :)

    Quoiqu'il en soit, ce n'est clairement pas une bonne nouvelle.

  11. #12

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    .Le bipartisme appelé de leurs vœux par les médias et instauré de fait (ou peu s'en faut) sur les antennes.
    Si nous étudions les temps réel d'antenne par partis, le constat est sans appel : l'UMP est nettement en tête, suivi de très près par le PS et quant autres et bien... leurs temps d'antennes cumulés arrivent à grand peine à équivaloir aux temps cumulés de nos ténors du temps.
    Soit 50 % du temps pour UMP/PS.

    Si nous ajoutons au temps de l'UMP le temps dévolu à la communication gouvernementale, il n’est même plus question de pluralité : l’UMP à lui seul squatte plus de 60% du temps d’antenne.

    Soyons de mauvaise foi jusqu’au bout et écoutons bien la tonalité du discours des médias hors émission politique. Tendons l’oreille à la manière dont ils traitent avec un dédain à peine retenu tout ce qui est à gauche et se délectent de prêcher la bonne parole libérale aux pauvres ignorants que nous sommes.
    Pluralité nous avions dit ?

  12. #13

    Par le à

    Je ne voterais pas PS aux présidentielles, je ne suis même pas sûre de voter , mais aujourd'hui j'irais voter aux primaires du PS, pour éviter de voir en 2012 un des deux candidats que j' abhorre.

    Ca ne me pose pas de problème de signer comme quoi je soutiens les valeurs du PS, vu que déjà en 1983, ils ont retourné la veste, et qu 'en 2005 ils ont superbement ignoré les résultats d'un referendum.

    Contente de ton retour Oh rocks

  13. #14

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    Salut Oh!rocks,

    Maintenant tu n'as plus d'excuses pour ne plus aller voter ;)
    Puis il serait p't'être temps qu'on s'en occupe de cette p'tain de démocratie !

    Ah ça ira ! Ca ira !...

  14. #15

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    Grand retour des potes, yeah !! :D

    @emilpoe : tu marques des points, c'est sûr ;)

    @jacqueline : le résultat de dimanche valide la fusion ump-ps, donc voter au mois de mai, ça ne va pas avoir grand intérêt sauf si (comme je le pense) il s'agit d'éloigner les faschos du fn-ump...
    Rien de bien fun de toute façon... :(

    @Wakajawaka : la télé n'est plus un indicateur fiable puisqu'elle n'est plus le seul gros media d'information. Sur le net, les choses sont un peu plus équlibrées voir même en faveur des extrêmistes qui ont une certaine avance dans l'utilisation des réseaux sociaux et de leur vitesse de propagation...

    Aujourd'hui le seul vrai combat pour la liberté d'expression c'est le combat pour la neutralité du net.
    Les médias traditionnels (télé, radio, journaux papier, cinéma) ne seront bientôt plus que des souvenirs ou des sous-technologies du web.
    Ça va prendre deux ou trois générations (et ça ne parlera pas français) mais ça va bouger fort dans ce secteur. Pas sûr qu'on ait le temps (hélas) de voir ça...

    Ça ira, emilpoe, ça ira ! ;)

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