Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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L'attachement (0)

Inutile de nier ou de jouer les rebelles au cœur d'acier, ivres de vent et fous d'horizon, nous sommes tous attachés.
Par le sang, par le sol, par le sexe, nous avons tous, à des degrés divers, une origine, un point de "bon retour", comme une cohérence.

Le sujet étant particulièrement difficile, j'ai choisi de le diviser et de le traiter selon trois angles (qui peuvent aussi, parfois, n'en faire qu'un) :

  1. les lieux
  2. les personnes
  3. les idées

Dans ce numéro 0, je vais surtout tenter de définir certaines notions et poser quelques pré-requis personnels de manière à ne pas avoir à me répéter dans les chapitres suivants.
Chapitres qui ne seront publiés que lorsqu'ils seront prêts.


L'idée d'un article sur l'attachement est très lointaine et Véro m'en sera témoin, elle qui réclame cet article depuis douze millions d'années (moins quelques minutes maintenant) !  :)

Une première difficulté provient de ce que chacun met derrière le mot attachement.
Éloignons-nous immédiatement des définitions littérales et mécaniques à base de sangles et de menottes, je ne parle pas de cet attachement-là, bien qu'il en requiert.  :)

Alors même que la notion d'attachement ne fait pas débat, sa définition est très variable. Dans le degré d'attachement (un peu, beaucoup, pas du tout, etc...) comme dans les causes de cet attachement. Sommes-nous libres de nos attachements (avons-nous vraiment le choix ?) ou y sommes-nous contraints ? Contraintes qui pourraient être, entre autres, l'habitude (pour les lieux), le respect d'une tradition (pour les personnes), la volonté d'appartenance à un groupe (pour les idées), etc...

Par commodité, et parce que c'est de loin le plus intéressant, il ne sera ici question que de l'attachement ultime. Celui par lequel on sait que l'infini existe et qu'il peut être vide...
Tu seras tenté de penser que l'on va parler d'amour, mais non, bien que de l'un à l'autre il existe moins qu'une frontière floue et perméable...
L'attachement peut se décrire, se comprendre, s'expliquer, se partager, éventuellement. Surtout, l'attachement participe au bien-être, il en est l'une des clés. À condition, bien entendu, de profiter de l'objet et/ou du sujet de son attachement.
Si tu prends le temps de te demander : « Suis-je heureux ? », c'est que tu ne l'es pas. Le bonheur est une évidence et l'attachement — plus que l'amour — est une des raisons de cette évidence.
L'amour, lui, est un sauvage sans foi ni loi qui peut valider l'infini de sa lumière ou le détruire par son absence.

Mais l'attachement peut aussi créér du trouble : déracinement (lieux), mélancolie (personnes), nostalgie (idées).
Le manque de répères, plus que l'absence ou l'éloignement, provoque un malaise. Inidentifiable au début, le mal-être et l'angoisse te ronge peu à peu et te laisse en loques, comme la rouille et le lichen qui se disputerait une carcasse de cargo pour n'en laisser qu'une structure ajourée et fragile... beuârk !  :)


Tu auras remarqué que je ne parle pas de l'attachement aux objets.
De nombreuses personnes sont atteintes par cette étrange maladie, j'ai la chance d'être épargné. Les objets, pour moi, n'ont d'existence qu'au moment de leur utilisation et sont très identiquement remplaçables puisque pour la plupart, produits en grande série.
Je ne leur dénie pas le fait d'avoir parfois une certaine valeur sentimentale mais ce n'est pas suffisant pour que je m'y attache. Et m'en détacher ne m'enlèvera pas le souvenir de ce qu'ils représentent.
Je peux donc aisément voyager léger.

Je vais bientôt quitter ma maison sans aucune espèce de remords et je me sépare de ma collection de CDs de la même manière. La musique qu'ils renfermaient tourne toujours dans un coin de ma tête, nul besoin de conserver une tonne de plastique. D'autant que les ordinateurs, aujourd'hui, permettent d'obtenir des copies de très bonne qualité. J'ai encodé les trois-quarts de ma collection avant de m'en séparer ; il faut avouer que ça prend nettement moins de place et que je peux désormais l'emmener partout avec moi (pour peu que l'endroit où je me rende, soit équipé en électricité...).


Pour le reste, la présentation de ce sujet en tryptique (lieux, personnes, idées) ne correspond pas à un ordre préférentiel. Encore que...
L'attachement aux lieux me semblent assez simple à investiguer (enfin, j'espère, je vais te parler de Paris !).
L'attachement aux personnes est déjà beaucoup plus complexe ne serait-ce que parce que les personnes sont en général plus mouvantes et moins durables que les lieux...
Quand à l'attachement aux idées... je n'en ai pas encore la moindre idée ! Mais je pense qu'il y là de quoi creuser...

À noter, pour être presque complet, que si je n'éprouve aucun attachement pour les objets, j'en éprouve pour les animaux et les arbres. Je traiterais des arbres avec les lieux et des animaux avec les personnes.
Qui se ressemble, s'assemble !  :)

À suivre, donc...


12 commentaires

  1. #1

    Par le à

    En effet depuis le temps que j'attendais ce billet, je ne vais pas m'emballer, je vais prendre le temps de le savourer ^_^

    C'était ton idée mon vieux, moi je ne fais que rappeler à l'ordre ceux qui ne tiennent pas leur promesses, hé hé (je taquine, je taquine).

    En tout cas, ça commence très bien. J'ai personnellement une définition très simple (pour ne pas dire simpliste) de ce qu'est l'attachement, à savoir l'IMPORTANCE qu'on donne aux choses, aux gens aux lieux, etc et qui nous ramènent inexorablement vers eux ou bien dont on désire s'entourer.

    Je suis atteinte par la maladie de ceux qui s'attachent aux objets. Par quelque étrange idée je leur confère une âme. Ils deviennent vite des repères... (puise tu en parles)

    Bon, là, je suis dans une phase où je me débarrasse de tout (de beaucoup de choses). Je m'allège comme qui diraient certains... ^_^

    Sur ce, vivement la suite...

  2. #2

    Par le à

    L'attachement aux choses... Ça ma rappelle cette petite formule qu'on te propose pour déterminer à quelles choses tu accordes de la valeur : sur une île déserte, qu'est-ce que tu prends avec toi ?
    Et là, éric, pour l'ordinateur, c'est un peu raté ^_^. À moins que la modernité actuelle (y a pas comme un pléonasme ?) équipe les atolls perdus au milieu de nulle part de l’électricité. Hummm...
    Il y a quelques années, j'aurais eu du mal à être concise (et SPARTIATE) dans mes choix, et aujourd'hui je ne saurais quoi répondre.
    À part ce dont je me sers sur l'instant, je bazarde beaucoup d'objets en appliquant le même principe qu'aux livres. Si je ne trouve pas le temps de les lire dans le mois, ouste, à l'échange (voir http://pochetroc.fr/ !!!), ça ne me manquera pas.
    Il y a des tas d'objets auxquels je croyais être attaché, mais finalement, comme ils ne me reviennent pas à l'esprit quand je les cherche, ils deviennent pour moi du domaine du superflu, donc pas indispensables.

  3. #3

    Par le à

    Hors de question que j'aille sur une île déserte !
    Sinon, j'emmène un bateau. ^ ^

    Véro, c'est le pourquoi de cet "inexorablement", qui m'intrigue. ;)

  4. #4

    Par le à

    Salut,

    Attachement au lieu... Quand on y est on veut s'en aller et quand on n'y est plus on veut revenir...
    Je pense qu'on y reviens car on y a nos repères...
    Une chose est sur c'est pas une histoire de racines, on est pas des géranium !

    (Ton flux RSS-commentaires ne fonctionne toujours pas...)

  5. #5

    Par le à

    @emilpoe : pour le flux, je t'avoue que je ne sais pas encore le résoudre... :(

    Pour l'attachement au lieu, c'est effectivement plus une histoire de repères que de racines ! Belle formule. Je l'adopte. :)

  6. #6

    Par le à

    Par définition, des racines, cela t'ancre dans la terre et te rend statique, donc, quelque part « aliénable ». Pas folichon, comme « idée »(Oups, dernier volet du triptyque, définitivement pas le moment d'y faire allusion ^^). Oui, des repères,un peu comme une boussole qui te permettrait - si tu le veux - d'y revenir pour faire le point. C'est drôle, ça me rappelle cette chanson : http://www.youtube.com/watch?v=5NnYDvv_v0Q

  7. #7

    Pfiou... vaste question pour un dimanche tout gris, mais comme je n'ai pas grand chose d'autre à faire, j'en vais de mon point de vue, si vous le permettez...

    Il se trouve que j'ai fait mien l'adage anglo-saxon selon lequel "Home is where the heart is".
    Bien qu'il offre différents niveaux de lecture selon les individus, il traduit plutôt bien ma propre notion d'attachement, moi qui fus nomade avant de poser mes bagages en Cité Ardente.

    Je pense, de fait, avoir trouvé "mon" lieu d'attachement à travers les rencontres que j'ai pu y faire. Ainsi, je suis persuadée que lieux, personnes et idées sont souvent liés.

    Un exemple tout simple (le mien): je suis partie vivre en France par amour (une personne "décidant" ainsi du lieu) et suis revenue en Belgique par profond dégoût de la politique hexagonale, entre autres choses (une idée motivant mon retour au pays).
    Le hasard professionnel a ensuite voulu que je m'installe à Liège, où je vis désormais depuis près de 8 ans et que je ne compte pas quitter de sitôt.
    Et j'en voudrais beaucoup à la personne qui voudrait me faire quitter ce lieu auquel je suis d'autant plus attachée que j'y ai fait des rencontres magnifiques.

    Cela réduit certes les possibilités, mais nous avons la chance de vivre à une époque où les moyens de communication et de transport sont tels qu'il est facile de conserver les liens qui nous sont chers.

    (ici s'achève la parenthèse "3615-mavie". Bon dimanche à tou/tes)

  8. #8

    Par le à

    @éric. Inéxorablement ? Oui, par definition... L'attache est effectivement liée au repère. Et je suppose que plus tu as besoin de repères, plus tu reviens vers eux, d'où l'attache. Je ne sais pas... En ce qui me concerne je peux dire que tout ce qui a un moment ou un autre m'a apporté de la joie devient un point d'attache. Je ne crois pas que ce soit de la nostalgie car je n'y vois pas un regret, mais ce sont des lieux, des gens ou des choses qui m'ont fait du bien et vers lesquels j'aime à revenir, un peu comme des sources d'énergie.

    Ca me fait penser à un roman d'Alexandre Jardin que j'ai lu (Chaque femme est un roman) où il raconte que ça mère un jour a pris tous ses livres et les a brûlé. Sacrilège... s'était-il écrié ! Mais pour cette femme, visiblement, on ne peut pas aller de l'avant si on laisse constamment derrière soi des points d'attache...

    Je suppose que tout ça est une question de tempérament, non ? L'avenir est une des plus grandes frayeurs de l'homme, on ne sait pas de quoi il est fait, quel coup dur on va se prendre dans les dents ?

    Pour bien faire il faudrait faire sienne une citation de Winston Churchill : "Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté" ^_^

    PS : Si on me demande ce que j'aimerais emmener sur une île déserte je dirais plusieurs malles de bouquins... et éventuellement une canne à pêche ! ^_^

  9. #9

    Par le à

    Avant hier soir, en zappant, j'ai écouté un "expert" ès bonheur (en tout cas qui étudie la notion de "bonheur" -il est belge-)poser la question à quelques invités de l'émission : Quel est le secret du bonheur ? (admis par tous les philosophes, psychologues, et autres) ? Devine... Le lien !!!

    C'est marrant non ?! ^_^

  10. #10

    Par le à

    Mais ce lien peut être virtuel... Le nouvel ordre amoureux ! Ou amical, voir parental...

  11. #11

    Par le à

    Véro, oui, il y a plus dans un lien que la simple notion d'attache (au sens propre comme au sens figuré).

    En ça le web (dont le coeur est justement le lien), est réellement la plus importante invention de l'humanité depuis l'imprimerie !

    Nous sommes quelque part chanceux d'en vivre les prémices. :)

  12. #12

    Par le à

    Ouais, bon... il y a une bonne part d'ironie dans mes propos.

    Cet homme qui parlait du lien comme étant la principale source de bonheur, parlait de celui qui se crée dans une famille, au sein d’un couple, entre amis… Mais sans doute ceux-ci ne sont-ils pas assez nombreux ni assez forts (?)… toujours est-il que nous allons les « chercher » sur le web, cette extraordinaire invention de l’humanité !

    J’ai beaucoup de mal à associer « humanité » et « technologie », malgré l’interdépendance des deux : Il n’y a pas de technologie sans homme, il n’y a plus d’homme sans technologie… ?!

    Sur le web les liens sont purement virtuels… un vrai réseau d’illusions à mo sens ; la vraie vie est emplie elle aussi d’illusions… c’est p’têt pour ça que la frontière paraît si mince, voir inexistante (?). Mais bon, puisque l’illusion fait vivre, hein ?! ^_^

    Quoi qu’il en soit, personnellement, NON... je ne me sens pas spécialement chanceuse d'en connaître les prémices...

    (tu parles de prémices, mais en réalité nous nous y sommes déjà bien profond !)

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