Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Le chien d'arrêt

Ça a été un peu long à obtenir (je n'ai patienté que trois heures par rapport au rendez-vous initial...) mais j'ai enfin obtenu une domiciliation chez une association de Vincennes.

Pour rappel, quand tu n'as plus d'adresse fixe, tu ne peux faire aucune démarche, qu'elle soit professionnelle, bancaire, postale, médicale ou administrative.
Pour exister officiellement, tu es tenu d'habiter quelque part et de le faire savoir.


Par contre, ce service, qui au départ était assuré par les services sociaux des mairies (les CAS), est aujourd'hui largement assuré par des associations caritatives. Ces associations, tenues la plupart du temps par des bénévoles, font de leur mieux pour conserver l'agrément préfectoral qui leur permet de délivrer les fameuses "Attestation d'Élection de Domicile".
Oui, parce que non content de se dédouaner sur les associations, l'État les surveille... C'est ce qui est bien avec l'administration française, en général : tu t'attends chaque fois à du caca à la Kafka et c'est finalement toujours Ubu qui te reçoit et te déçoit dès que tu l'aperçois, ce "Père-Soi" !

Donc, l'association en question.
Ce n'est pas un modèle d'organisation et de logistique mais ça semble fonctionner correctement si j'en crois le nombre de personnes présentes dans la grande salle qui sert de hall d'accueil, de bureau d'enregistrement, de salle à manger, etc... s'il reste de la place !

J'avais rendez-vous à 14h15, j'arrive à 14h00, je me présente, on m'attribue le numéro 2 dans l'ordre de passage, cool, pensais-je.

C'était sans compter avec les "urgences", les "passe-droits" et tout ce qui fait la complexité de gestion d'une association de bénévoles et qui contribue à l'énervement et à la frustration du côté des bénéficiaires.
Ayant été longtemps bénévole dans ce type de structure, je comprends bien les nécessités, parfois, de certaines "entorses" au protocole... mais bon, je suis de l'autre côté maintenant et j'avoue que ça m'a un peu énervé de me faire griller sans autre forme de procès qu'un « c'est comme ça et si vous n'êtes pas content...» .
D'autant que dans ma pratique du bénévolat, c'est justement ce à quoi je m'attachais le plus : ne pas créer ne serait-ce qu'un sentiment d'injustice en expliquant systématiquement le pourquoi des rares et inévitables exceptions. C'est ce qui m'a manqué ici : que quelqu'un prenne deux minutes pour m'expliquer que j'allais devoir attendre plus longtemps que prévu parce que ceci ou cela.
Bon, j'aurais peut-être quand même râlé pour la forme parce que dans le fond je suis un râleur mais j'aurais patienté plus volontiers...

Le côté sympa de l'histoire c'est que cette association n'est pas très loin du site dont je m'occupais comme bénévole. J'ai donc pu y retrouver quelques bénéficiaires étonnés mais contents de me voir, ce qui fait toujours plaisir.
J'en ai également profité pour imaginer comment j'organiserais l'accueil dans cette association si j'en avais la responsabilité. Parce que là, c'est quasiment l'exemple type de ce qu'il ne faut pas faire en terme de « gestion de l'espace et optimisation des sens de circulation » (j'ai ça sur mon CV, si ça t'intéresse...).
Pour commencer, tu rentres dans la salle à condition que la file en attente d'enregistrement veuille bien se déplacer légèrement sur la gauche, là où patiente la file déjà enregistrée (celle dans laquelle j'étais). Où sur la droite. Mais sur la droite c'est le passage pour aller chercher à manger (dans un sens) ou pour quitter la cantine (dans l'autre). Mais tu ne quittes pas la cantine sans jeter des déchets dans les poubelles qui se trouvent au-delà de la file déjà enregistrée qu'il faut donc traverser en évitant à la fois les gens chargés de plateaux-repas surchargés (ceux qui arrivent dans l'autre sens, tu suis ?) et les gens qui patientent pour être enregistrés et qui téléphonent d'une main pendant qu'ils font le tri de leurs papiers de l'autre...

Le plus drôle, c'est que ça fonctionne. Durant les trois heures que j'ai passées à attendre, je n'ai vu ni bousculade ni chute d'assiettes, pleines ou vides.

Une fois arrivé mon tour, ça a été rapide. Quelques questions pour me situer, normal, quelques indications sur le fonctionnement de l'association, normal aussi, un coup de tampon et bye-bye !
Tu crois, franchement, que ça valait d'attendre quinze jours et trois heures après avoir déjà essayé d'autres centres, sur Paris notamment ?

Ubu, te dis-je ! Et au meilleur de sa forme !


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