Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Une rumeur sur l'humeur du chômeur

Il existe encore des gens qui pensent que l'esclavage n'a toujours pas été aboli et qui trouvent normal de te proposer un boulot pour lequel le salaire est à peine supérieur aux gratifications que les "gentils maîtres" octroyaient avec une onctueuse condescendance à leurs plus dévoués serviteurs qui n'avaient plus qu'à se rouler par terre en gémissant de bonheur pour bien signifier leur joie et leur gratitude.

Je te parle d'un temps que les moins de vingt ans ne tarderont pas à connaître puisque ça m'est arrivé mercredi.
Et pas dans une mine de sel ou dans un orpaillage clandestin. Dans une mairie. En France. En 2012.

Pour des raisons évidentes qui tiennent au respect des personnes, je ne te donne ni le nom de la mairie, ni celui des personnes qui m'ont reçu.


Je ne décolère pas depuis hier devant tant d'incompétence !

Le boulot en lui-même était plutôt plaisant puisque nécessitant des qualités tant humaines que techniques, entre l'accueil de personnes, le soin apporté au matériel, le suivi informatique de l'ensemble, le tout dans un cadre décrit comme agréable.
De plus, point sur lequel mes interlocuteurs ont bien insisté, le poste a été créé parce que l'activité est en plein essor et que les personnes qui s'en occupent actuellement se sentent débordées. Dans ces conditions, pourquoi me proposent-ils de ne travailler que 70% du temps (et donc de ne me payer que 70% du salaire minimum) ?

Si encore la proposition avait consisté en un mi-temps qui m'aurait laissé "tout le loisir" de trouver un autre mi-temps pour compléter... Bien que deux mi-temps, en terme de temps et d'argent, font souvent plus qu'un temps complet et rarement plus qu'un vrai salaire.
En étant accaparé 70% de ton temps, sauras-tu trouver un autre employeur qui acceptera de t'embaucher pour seulement 30% ? Ou seras-tu obligé de recourir aux diverses aides sociales pour te loger presque décemment (les loyers parisiens ne sont pas ceux de Liège ou de Toulouse) et te nourrir à peu près correctement (tu as vu le prix de la Guinness ?)...

Quand je t'aurais dit que la mairie en question est dirigée par des gens dont l'idéal politique est le même que les crétins de droite qui pensent que les chômeurs sont tous des fainéants assistés et qu'il faut relancer la croissance par l'emploi (donc par les salaires pour relancer la consommation ‐ seule source de croissance dans une sociéte de services), et tu auras compris pourquoi je parle d'incompétence.

Mec, si tu n'as pas de budget, tu n'embauches pas !
D'autant que la différence financière avec un temps complet sur la base du smic ne doit pas être astronomique pour une mairie de ce calibre... c'est vraiment de la mesquinerie.
Je ne suis pas sûr que le chef-comptable de la mairie gère avec la même austérité les petits fours, les forfaits téléphoniques ou les voitures de fonction qui encombrent tout les budgets communaux dans les villes d'importance.

J'ai aussi beaucoup apprécié – réellement, pour le côté gag – le type qui, en lisant mon CV, me sort :
« Je vois que vous avez créé et géré des sites internet, ça veut dire que vous êtes à l'aise avec l'informatique et la saisie de données ? »
« ... »

Mec !! Non, pas du tout, je n'ai jamais touché un clavier, je faisais des sites bio avec des semences élevées au biberon dans les bergeries du Larzac !

Et ce type d'entretien avec ce type d'employeur n'est malheureusement pas une exception...

J'en ai un nouveau, lundi, mais dans une autre mairie...
À priori, les conditions devraient être plus professionnelles et plus humaines étant donné que... mais chuuuut : ne vendons pas la peau du chômeur avant de l'avoir embauché !
Je te raconterai.


14 commentaires

  1. #1

    Par le à

    Ouais, je suis passé par Paris récemment et j'ai vu le prix de la Guinness. Insensé...

  2. #2

    Par le à

    Insane is the word... :)

  3. #3

    D'une certaine façon, et bien que cela me fasse grincer des dents (et elles grincent FORT!), ce genre de témoignage me rassure en ce sens où je me sens moins seule.
    Merci de l'avoir partagé, et bonne merde, camarade :)

  4. #4

    Par le à

    Yeaaaah je savais que les RHs permettaient de développer les compétences de chacun, notamment chez toi, ton talent d'écriture!!
    Bon suffit de blaguer, c'est la RH qui va parler (hein hein hein t'es impressioné là!! )
    Malheureusement et comme tout le monde peut le constater, ce n'est pas un cas isolé!
    Mais il est clair qu'un chômeur éclairé en vaut deux (houla ça fait mal pour les chiffres du chômage) alors conseil RH: TOUJOURS se renseigner avant de se pointer à un entretien, ça évite une perte de temps, un perte de bonne humeur et de motivation!

    Malheureusement je ne peux défendre mes chers amis recruteurs car je ne cautionne pas ce genre d'attitude condescendante envers les candidats.

    Je peux dire que le recrutement est un exercice difficile: évaluer une personne qui va bosser avec toi pendant quelques années en.... une heure??? Grosse blague c'est presque impossible!! D'un autre côté ça n'excuse pas ces attitudes et façon de procéder!

    Le "recruteur de base" (c'est à dire le connard) sait qu'il a un certain pouvoir lors de l'entretien. Il a le pouvoir de changer quelques peu votre vie en vous donnant un "salaire". Il croit donc que vous allez être à ses pieds pour obtenir ce salaire de misère et ce boulot de merde! "Après tout merde vous êtes au chômage vous devriez tout accepter...". Et cette notion de pouvoir à toute son importance car tu le sais, un Homme ayant un peu de pouvoir, peu très fortement se sentir pousser des ailes. Même si on sait qu'il n'en est rien! Ceci explique cela...ou presque!

    Cependant je pense que tout ça peut changer (et j'y crois vraiment du haut de mes 25 ans!!!). Pour côtoyer régulièrement la nouvelle génération RH, je pense que les mentalités évoluent...Espérons que le système ne les pourrissent pas trop!

    Sur ce je te laisse en te donnant un dernier conseil RH : Entretien pourri=bière réussie !

  5. #5

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    Aurélie, ravi de te voir ici. Et merci du conseil, même si j'espère ne pas avoir à l'appliquer souvent... quoique... :)

    Et je veux bien croire que la génération montante sera un peu plus attentive puisqu'elle aura déjà pu subir ce genre d'entretien pour ses propres stages ou embauche.

    Reste comme tu es = bière à renouveler !

  6. #6

    Par le à

    Eh bien, j'ai pensé exactement la même chose : donne un supçon de pouvoir à un individu et tout de suite ça lui monte à la tête ; il abuse et en abuse !

    Mais le pouvoir, étrangement ne se trouve pas toujours là où on le pense. Dans mon travail, je suis amenée à recruter et tu sais quoi, c'est ce qui me stresse le plus, car je n'ai pas le droit à l'erreur. Embaucher quelqu'un qui ne va pas faire l'affaire, dans une petite entreprise comme la mienne, c'est un désastre, surtout en ce moment où nous pratiquons des économies de bout de chandelle. Et donc, je ne me sens pas un grand pouvoir. Dans mon domaine d'activité -les TP- des personnes possédant les compétences et la motivation nécessaire ne courent pas les rues, en l'occurence ils fond leur poids. Nous avons embauché récemment quelqu'un et nous faisons tout ce que nous pouvons pour qu'il se plaise chez nous.

    L'emploi -je le crains- connait lui aussi les aléas du marché de l'offre et de la demande... ce qui n'excuse en rien le comportement de certains gugus dont les trois grammes de pouvoir qu'ils arrivent à grapiller leur font autant d'effet qu'une branlette dans les toilettes... !

    Pour ce qui est d'un emploi à 70 % personnellement je suis preneuse. J'en rêve même depuis des années ! Je disais il n'y a pas longtemps que je n'avais pas trop le moral, mais c'est à cause du rythme que je mène : boulot à plein temps, maison, enfants... je sature. Il m'est même arrivé ces derniers temps de rêver d'accidents... et d'y voir comme une échapatoire... Du repos. Enfin ! C'est horrible. Bien sûr, j'ai une autre solution : Le chômage. J'ai entendu dire que c'est un droit. Mais la crétine de droite que je suis voit aussi un devoir : celui de ne pas en profiter. De considérer c'est précieux et doit servir aux personnes qui en ont vraiment besoin... et à qui on n'a pas laissé le choix. (J'ai horreur du mot "assisté" et de sa connotation péjorative). J'avoue que depuis quelque temps -et surtout depuis l'avènement de la gauche- je me demande à quoi ça sert de travailler comme une malade...

  7. #7

    Par le à

    Avec la crise et ce besoin quasi désespéré de relancer la croissance je pense souvent au roman de Jonathan Franzen -Freedom- et son malthusianisme...

  8. #8

    Par le à

    À propos de malthusianisme et autres théories économiques, Rue89 publie un article intéressant bien que confus (juste mon avis, l'économie c'est pas trop mon truc) :

    http://www.rue89.com/rue89-eco/2012/06/28/rebrousse-poil-des-economistes-lancent-un-manifeste-contre-la-rigueur-233417

    Pour le reste, ce n'est certes pas facile d'embaucher (Aurélie ne dira pas le contraire) mais un minimum d'adéquation entre ce que désire l'entreprise (compétences, disponibilité) et ce que pourrait souhaiter le candidat (salaire, conditions de travail) devrait pouvoir faire l'objet d'une étude préalable avant la publication d'une annonce de manière à restreindre les ambiguités et les incompréhensions comme celle-ci.

  9. #9

    Par le à

    Je souhaitais prendre un peu de temps pour répondre mais... ça coince un peu. J'vais bien finir par y arriver ^_^

    Dans le lien que tu proposes c'est le com de Yéti que je trouve intéressant et le lien qu'il fait lui même vers le livre écrit par Denis Meadows : "Les limites de la croissance"

    Le protagoniste dans "Freedom" se battait pour faire passer l'idée que continuer à stimuler la croissance est une folie et qu'au contraire, il faudrait à toute fin la limiter. Notre monde ne souffre pas seulement d’une croissance démographique galopante –grâce aux pays du tiers monde surtout- mais il encourage la consommation, ce qui n’arrange rien. Pour maintenir notre ce niveau de vie auquel nous tenons tant, nous sommes « obligés » de consommer comme des enragés. Il n’y a pas que les pubs qui le disent, il y a aussi nos têtes pensantes et dirigeantes. Tu te rends compte que déjà au 17è siècle, un économiste -le fameux Malthus- soulignait déjà que la population d’un pays augmente toujours plus vite que la production des ressources nécessaires pour assurer son alimentation et plus généralement son existence. Aujourd’hui nous achetons une bonne partie de nos légumes congelés en Chine –beurk- et un de ces jours ils diront stop. Bin oui, la classe moyenne qui se développe là-bas va p-têt pas être d’accord de filer leur nourriture aux autres!

    Tous ces plans de relance, qu’ils soient par l’offre ou par la demande, semblent dépassés. Jusqu'à maintenant j'avais d'avange foi dans la relance par l'investissement mais avec la mondialisation nous sommes passés dans une autre dimension… et là, ça se complique méchament. Je ne vois pas ça trop bien. Mais alors pas du tout... Comme le disait un autre commentateur sur le lien que tu donnes : « Le jour où nous pourrons acheter un bon écran plat made in France à un prix inférieur au coréen...Ce jour là, il n’y aura plus de chômage en France ! »

  10. #10

    Par le à

    Toute la complexité des nouveaux rapports de force économiques : les pays émergents veulent rattraper le niveau de vie des pays riches tout en sachant qu'ils finiront comme eux, abrutis par le chômage de masse et la course à la consommation.

    Planète de fous, si tu veux mon avis. :)

  11. #11

    Par le à

    Qui pourrait leur reprocher... et qu'ont-ils à perdre ? "Finir" comme nous -qui vivons dans un pays "riche"- paraît plus enviable que de travailler 20h par jour et dormir sous son outil de travail, comme le font encore de nombreux chinois...

    Mais je suis entièrement d'accord : Planète de fous !

  12. #12

    Par le à

    Pour avoir skié un peu et très tardivement, je puis confirmer que la descente, c'est galère... et très casse-gueule !

    Bon, ce boulot ne t'emballait pas, mais je suppose qu'il pouvait faire l'affaire en attendant quelque chose de plus excitant. Quelle merde cette crise... qui met tant de gens sur le carreau !

    Sur ce je retourne à mon boulot... dont l'activité se trouve en phase descente, dangereusement descente... (Et moi qui aspirait à une vitesse de croisière !!!)

    PS : j'ai ri en lisant ceci : Bien qu'en étant une potentielle conséquence, « vacuité » n'est pas à confondre avec « va te cuiter ». (Je n'avais encore pas idée de la suite) Je penserai à toi à ma prochaine Caïpirihna... ^_^ (c'est ce que je fais déjà quand l'allume l'ordi de toute façon)

  13. #13

    Par le à

    En phase descendante (c'est mieux non ?!)

  14. #14

    Par le à

    Descente, descendante... tant qu'elle reste décente. :)

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