Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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12 grammes de vent sur un arbre perché

Tu as déjà entendu parler de Jean-Jacques Rousseau dont on fête cette année le trois centième anniversaire de naissance.

Rassure-toi, je ne vais pas te faire un cours sur sa philosophie.
J'en serais bien incapable et si un tel cours t'intéresse, tu trouveras sur le web moulte choses à ce sujet, positives comme négatives, puisque l'homme et son œuvre n'ont jamais laissé quiconque indifférent.

Ici, je vais juste partager avec toi ce que je partage avec lui : le goût de la flânerie d'où naît la rêverie.


Flâner, nous dit le dictionnaire, c'est « avancer lentement et sans direction précise ».

C'est en flânant qu'on se laisse soudainement accaparer par ces petites choses d'ordinaire invisibles ou fugaces.
Par exemple, cette fenêtre, là-haut. Il lui manque une portion de vitre et elle prend, sous la lumière tombante, un relief inhabituel, comme si Modigliani avait soudainement eu besoin de verre pour modéliser ses portraits.
Ou bien cet oiseau qui sifflote quatre trilles cristallins puis s'envole sous tes yeux, dans un battement d'ailes confus, ne perdant que la plume qui écrira ton histoire.
Il y a aussi cette feuille, accoudée à sa branche, ivre de sève, qui ne sait pas encore que son dernier vert se remplira d'un bronzage automnal.
Et mille autres petits riens qui, chacun à leur façon, t'entraîneront dans une rêverie improvisée que n'interrompra qu'à peine ce putain de réverbère que tu t'es pris dans la gueule !

Une flânerie réussie mène à des rêveries jonchées de points d'interrogation, comme autant d'arceaux impassibles. Elle est alors le parfait berceau de la réflexion.


J'aime marcher seul.
Idéalement, pour une flânerie de qualité, il me faudrait une rivière, un lac, un bord de mer ; n'importe quelle étendue d'eau que je pourrais longer et sur laquelle se reflèterait imparfaitement la silouhette vacillante de tout ce qui est alentour ; il me faudrait aussi de vieilles pierres, d'anciens colombages, de vétustes vestiges, le moindre montceau de ruines sur lequel poser le regard pour que se reposent les yeux ; il me faudrait également le bourdonnement sourd et lointain des activités quotidiennes, quelques personnes à la fois belles et étranges à croiser, un chien perdu, un léger vent, des arbres.

La flânerie idéale est bien entendu un leurre, comme tout ce qui est idéal.
Il n'est d'ailleurs pas vraiment besoin de marcher. Il existe aussi des flâneries immobiles – souviens-toi, jeune cancre, quand du fond de ta classe tu surprenais l'oiseau se frayer un chemin entre la branche et la vitre brisée : tu arrivais premier en cour de récréation et tu récupérais une plume...
C'est ainsi qu'il m'arrive de flâner dans mon lit lorsque le sommeil s'est perdu entre ici, précisément, et là-bas, prétendûment...

Beaucoup des articles de ce blog sont nés de flâneries.
Tous ne sont pas encore rédigés car j'ai pour habitude de ne rien noter pendant que je flâne. Est-ce pour ne pas interrompre la fluidité du rêve et le laisser prendre tous les chemins qu'il souhaite ? Toujours est-il que je ne n'ai pas le souvenir, de retour devant l'ordinateur, des méandres précis de ces rêveries. Je note alors des bribes éparses que je laisse macérer quelques jours, parfois quelques semaines...

Plus tard, lorsque je reprends ces brouillons, soit je ne sais qu'en faire et cela justifie de n'avoir pas pris de notes, soit j'entrevois la possibilité d'un article et là, c'est le drame :
« Mais pourquoi n'ai-je pas pris de notes, putain de bordel de merde ! »


L'esprit est chose agile et vouloir le contraindre est œuvre malhabile.

Certains articles sont écrits « à la volée », sous le coup d'une colère immédiate (très récemment, celui-ci) et bien que toutes mes colères ne provoquent pas d'articles (ce qui est heureux pour toi, parce qu'alors ce blog ressemblerait davantage à la biographie « uncensored » du Capitaine Haddock qu'à un traité philosophique sur les bienfaits conjugués de la patience et de la diplomatie).
Certains (notamment celui que tu lis en ce moment) naissent alors que je me suis attelé à en rédiger d'autres qui, du coup, rejoindront leurs frères de misère dans la longue cohorte des retards qui jamais, semble-t'il, ne se pourront combler...

Quand bien même je réussis à rédiger un article sur la base de quelques vieilles notes, il me faut parfois recourir à d'autres flâneries, mobiles ou immobiles, pour tenter de remonter le fil qui les avait unies.
Et c'est comme si j'essayais de réunir les pôles identiques de deux aimants. D'un côté, je me concentre sur ce que je dois rédiger et tente d'en avoir une vision claire, de l'autre, je me laisse entraîner par les rêveries qui s'annoncent comme autant d'Attila après lesquels aucun brin, fût-il de zinc, jamais ne repoussât !

Tu as déjà réussi à te débarrasser d'une idée qui veut absolument se développer dans ton pauvre crâne ouvert aux quatre vents des steppes ? Moi non plus...
Alors je prends des notes, des fois que...


  1. #1

    Par le à

    Dans exactement 23 jours je prendrais le temps de flâner...

    PS : je me suis demandé comment tu prenais tes notes ? ^_^

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