Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
, - 812 mots - 6 commentaires

Tonnerre de Brest

Le bus peine à se frayer un chemin dans la circulation déjà dense et à ce rythme-là, j'aurais pu tout aussi bien aller à Montparnasse à pied...
Après ce bus, il me restera bien une vingtaine de stations de métro puis quelques minutes de marche avant de monter à bord du TGV.

Il est déjà 08h30, le train part à 09h12 et le bus est toujours coincé à 200 mètres du carrefour qui mène à l'A86 et qui marque la moitié de son parcours... Le prochain train est à 11h12.

Avant d'arriver à Brest, j'aurais tout le temps de réfléchir à un article ad hoc.


Une chose est sûre : tu ne vas pas à Brest pour faire du tourisme.
Reconstruite après guerre, la ville est d'une simplicité géométrique rarement vue : tout est droit, tout est gris, tout est froid.

Les rues sont larges, les esplanades immenses mais tout est en béton gris. C'est d'autant plus impressionnant que peu de monde s'y promène.
L'une de ces larges avenues est d'une effrayante longueur d'autant qu'elle est tout en pente et qu'aucune voiture n'y circule, empruntée seulement par le tramway moderne et vert-pomme qui sillonne la ville d'Est en Ouest (mas aussi d'Ouest en Est, si tu as pris un ticket en ce sens).
Le reste de la ville et ses alentours sont desservis par des bus propres et fréquents (toutes les dix minutes en moyenne, quelque soit l'heure).

OK, la carte postale ne semble pas très gaie mais que dire d'autre sur cette ville ?

Le port, la rade, la mer, les bateaux, les bars ?

Allez...


Brest est une base navale mais ça ne se ressent pas dans la ville. En même temps, des bateaux sur les trottoirs ne seraient pas très pratiques.
La ville est tout en hauteur et son front de mer est partagé entre un port de commerce sans âme, une base militaire inaccessible et deux ports de plaisance bien garnis de plutôt petits et moyens bateaux (on n'est pas à Cannes non plus).
Voilà, voilà...

Je ne pense pas avoir de lecteur ou de lectrice originaire de Brest mais je tiens à signaler que ceci n'a rien de méchant : je suis venu à Brest pour ne rien faire et très franchement, je n'y fais absolument rien !
Ceci étant, comme je ne parle pas aux gens, je passe très certainement à côté des choses intéressantes que la ville (étudiante donc jeune) dissimule volontairement aux touristes et réserve à ceux qui feront l'effort d'aller voir ce qui se trame de l'autre côté des lourds murs de pierres.

J'ai bien franchi les portes vitrées de quelques bars lorsque la soif se faisait impatiente et j'y ai bu quelques verres. En quatre jours j'ai pris à peine 30 photos et bu beaucoup moins de bières (aussi chères qu'à Paris sinon plus) !

Aujourd'hui, enfin, la Bretagne se décide à être fidèle à l'image qu'en ont les parisiens : il pleut.
Il tombe ce fameux crachin fin et gras qui donne l'illusion d'un brouillard épais et qui n'est que de l'eau en suspension qui attend patiemment de croiser un col un peu ouvert pour s'y glisser, malicieuse et néanmoins humide. Bizarrement, ce crachin, qui transforme le granit poussiéreux en miroir étincelant, me donnerait presque enve de rester.

Demain, je pars un peu plus à l'Ouest, tout près du vrai grand océan (la rade de Brest ressembe plus à un lac qu'à la mer).
En espérant y trouver des rochers, des vagues, de la lande, un parfum d'iode et des cris de mouettes... et encore du crachin d'après le bulletin météo.


Brest n'a peut-être pas eu de chance, tout simplement... au mauvais endroit, au mauvais moment.

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.
(Jacques PRÉVERT, Paroles, 1946)

Quelques photos


6 commentaires

  1. #1

    Par le à

    Mais qu'allais-tu faire à Brest ?

    Hum... c'est la faute à Jacques... !

  2. #2

    Par le à

    C'est écrit dans le texte :

    «... je suis venu à Brest pour ne rien faire et très franchement, je n'y fais absolument rien ! »

    Bon, là, je ne suis plus vraiment à Brest, un peu plus à l'Ouest sur la côte avec une jolie vue sur l'océan, de la pluie, et une connexion aléatoire.

    Je repars mardi (normalement) mais je ne sais pas encore pour où...

  3. #3

    Certes, Brest n'est sans doute pas un haut lieu du tourisme, mais ne serait-ce que pour cet immense boulevard qui fait face à la mer (les jours de grands vents, les piétons la descendent à genoux en se tenant aux bords du trottoir!), ça vaut le détour.
    Je n'y suis jamais allée qu'une ou deux fois, mais cette ville m'a laissé un souvenir très dense...

    Il me semble d'ailleurs que quand tu t'improvises touriste, tu recherches davantage la plus value humaine que la plus value touristique, je me trompe ?

  4. #4

    Par le à

    Il faudra alors que j'y retourne un jour de grand vent (et avec des cailloux dans les poches !). :D

    La plus-value humaine, oui, bien sûr... mais j'ai normalement besoin de (beaucoup de) temps pour m'enhardir à approcher ces bêtes étranges. :D
    Du coup, comme mes séjours sont assez courts, je passe forcément à côté de plein de choses...

    Dans une autre vie, sûrement ! Ou à Liège, le 20... ;)

  5. #5

    Par le à

    .La question était : Pourquoi à Brest précisément ! Pas besoin d'aller loin pour ne rien faire...

    Bon chemin.

  6. #6

    Par le à

    Bah en fait, j'avais envie (besoin ?) de voir la mer et je "choisis" mes lieux de destination en fonction de deux critères : disponiblité des hébergements "pas chers" aux dates choisies et facilité d'accès (train de préférence)...

    Donc ce fût Brest, ça aurait pu être Dunkerque ou Montpellier... :)

Fil RSS des commentaires de cet article


Écrire un commentaire…

Précaution anti-spam

… ou lire un article au hasard