Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Le gai mariage

La probable reconnaissance d'un "mariage gay" agite en ce moment la société française.
La plupart des arguments, entendus ou lus dans les médias nationaux, autant les "pour" que les "contre", resssemblent à des chars d'assaut sans pilote et les débats sont plus stériles qu'un œuf célibataire dans une soupe à l'igname.

Les choses sont pourtant (relativement) simples.

Nota : je mets des guillemets autour de "mariage gay" car cette expression ne me plaît pas et j'en proposerai une plus appropriée en fin de texte. ;)


Passons rapidement, et en riant jaune, sur les cris scandalisés des représentants de l'église catholique (cardinaux, prêtres, élus de droite) annonçant une recrudescence, entre autres, de la pédophilie.
La peur de la concurrence, sans doute (voir ici ou )... Bref.

De façon plus sérieuse, mais quand même un peu étrange, avait lieu sur Arte (le 08/10/2012) un débat auquel participaient (infos recopiées depuis le site d'Arte) Stanislas Lalanne, évêque de Coutances et Avranches, Béatrice Bourges, porte-parole du Collectif pour l’enfant et le sociologue Éric Fassin.

S'il est parfaitement normal que chacun exprime ses positions et laisse les autres en exprimer de contraires ou de complémentaires, je trouve néanmoins ce type de débat télévisé quelque peu inutile puisque le temps imparti (une dizaine de minutes, peut-être quinze ?) ne permet pas de faire un tour même approximatif des bouleversements sociaux qu'impliquent la reconnaissance du "mariage gay".

Du coup, chacun prêche pour sa paroisse et évacue rapidement les questions – pourtant gentilles – posées par les journalistes présents, et en profite pour dérouler un discours préformaté en direction d'un public déjà acquis.
C'est un peu dommage car à un moment donné, la porte-parole du Collectif pour l'enfant a eu une remarque intéressante lorsqu'elle a très vivement exprimé sa peur d'une refondation des valeurs de la société et notamment du socle – pour elle inaltérable – de la famille bi-polaire, unie avant tout pour concevoir et ainsi perpétuer des traditions et transmettre du patrimoine.

« S'il y a de l'amour en plus, tant mieux, mais ce n'est pas le but premier du mariage » nous dit-elle.

En cela, elle a parfaitement raison (bravo pour sa franchise) et c'est un des intérêt, à mon avis, de la nécessité de reconnaître le "mariage gay" : dépoussiérer enfin les fondations d'un Code Civil dont les portes des caves n'ont pas été ouvertes depuis 1805 !

Ami étudiant juriste, spécialise-toi dans le Droit Civil, ça risque de fortement bouger dans les années qui viennent !


Je te faisais remarquer en début d'article que je proposerai une autre appellation que "mariage gay".

Pourquoi pas « mariage », tout simplement ?

Les textes fondateurs de notre Constitution, les « Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen », autant celle, révolutionnaire, de 1789 que celle, plus consensuelle, de 1948, sont formelles à ce sujet (pour peu qu'on comprenne bien que dans ce texte, le mot « homme » désigne l'être humain de façon global (mâle, femelle, autre) et pas seulement le bipède le plus génitalement externalisé) :

Parmi les « droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme », la Déclaration de 1789 reconnaît l’égalité des hommes en droits (art. 1er), la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression (art. 2). Elle vise ainsi à protéger les hommes de l’arbitraire et à garantir le respect de leurs droits par des juridictions impartiales appliquant les principes et les peines définis par la loi et respectant le principe de la présomption d’innocence (art. 7 à 9). Elle pose également le principe de la liberté d’opinion (art. 10) et de la liberté d’expression (art. 11), ainsi que le droit à la sûreté (art. 12) que l’on nomme sécurité aujourd’hui.

L'égalité des droits. La simple et inaliénable égalité des droits.

Se marier n'est que l'application juridique d'un droit équivalent pout toutes et tous : celui de s'unir à la personne de son choix, cette personne étant naturellement adulte et consentante, on va peut-être attendre un peu avant de se marier avec son chien ou sa moto...  :)

Alors, oui, la société va s'éloigner progressivement de son modèle parental actuel et proposera d'autres configurations qui ne seront ni pires ni meilleures que les configurations d'hier ou d'aujourd'hui, juste plus adaptées à l'inévitable évolution des mœurs et des possibilités.

Avec un peu de bon sens, bientôt il n'y aura plus ni homosexualité ni hétérosexualité : il n'y aura que des gens qui s'aiment... pour le meilleur et pour le pire.


12 commentaires

  1. #1

    Par le à

    "Avec un peu de bon sens, bientôt il n'y aura plus ni homosexualité ni hétérosexualité : il n'y aura que des gens qui s'aiment... pour le meilleur et pour le pire"

    Il ne peut pas y avoir de meilleur mot pour la fin ^_^

    N'empêche, tout ça me laisse perplexe ! Le mariage est l'acte officiel et solennel qui institue entre deux époux une communauté de patrimoine et de renommée appelée « famille » (ou foyer, feu, ménage) dont le but est de constituer de façon durable un cadre de vie commun aux parents et aux enfants pour leur éducation... On se retrouve avec des obligations et des devoirs entre époux et envers les enfants... et parfois je me dis que c'est la dernière raison pour laquelle les gens se marient !!!

    Aujourd'hui le mariage ressemble à une tocade, à l'expression ultime de l'amour-toujours... LA preuve écrite noir sur blanc que je t'aime mon amouuuuuur ! Alors qu'en réalité c'est l'établissement d'un terrain "propice" à l'éducation et la protection des enfants ainsi que celles des conjoints lorsqu'ils se lancent dans cette aventure de fous !

    Alors bien sûr, vu que de moins en moins de personnes croient en cet "amour-toujours", il y a de moins en moins de mariages... (?) à se demander pourquoi les homos se battent autant pour quelque chose qui n'intéresse plus personnes -façon de parler-... par principe égalitaire ? pour les avantages juridiques, sociaux et fiscaux ? Pas comme preuve de l'amour éternel quand même... mais bon, il n'y a pas de raison qu'ils soient plus intelligents que les autres ; nous sommes tous égaux... même dans la connerie !

  2. #2

    Par le à

    Au fait, j'entendais à la radio quelqu'un qui disait être choqué du fait qu'un député socialiste était contre le mariage gay. S'il y a bien une chose qui m'énerve c'est la facilité avec laquelle on catalogue les principes droite/gauche. Sais-tu qu'il y a des gens se proclamant de droite -et même des élus- qui sont favorables au mariage gay ? qu'il y a des écologiste de droite et des gauchistes très à cheval sur le patriotisme, la famille et l'autorité ? Certains élus de gauche étaient en colère que d'autres élus de la même famille n'aient pas voté pour le traité budgétaire... Indépendemment des tes idées et de tes principes il FAUT suivre la ligne la de conduite d'un parti... c'est agaçant.

    Perso, je n'ai pas de ligne de conduite et je continue à croire que des principes traditionnellement de droite et de gauche ne sont pas antinomiques (ça ne devrait pas exister les partis... grrrrrr. On devrait voter pour des hommes et des femmes compétants d'un côté et des idées -toutes confondues- de l'autre, non mais !)

    C'était une parenthèse...

  3. #3

    Tu prêches à convertie en ce qui concerne le terme "mariage". Un "couple gay" est avant toute chose UN COUPLE. Et la différenciation à tendance à me faire grincer des dents.

    En Belgique, le mariage entre homosexuel/les est reconnu et légiféré depuis bientôt 10 ans, et je ne me souviens pas que cela ait fait scandale à l'époque (pas plus que ne l'avait fait précédemment la présentation officielle de la fille illégitime de not' bon Roi). Je ne sais pas si c'est lié à une sorte d'apathie ou à une ouverture d'esprit plus grande (je ne pourrais me prononcer pour l'une plus que pour l'autre), toujours est-il qu'il n'y a pas vraiment eu matière à débat.

    D'autant moins que le débat va bien au delà de "être pour" ou "être contre".

    @Véro: Pour beaucoup de couples aujourd'hui, le mariage est avant tout un symbole fort face à la société, une façon d'officialiser leur union, et je trouve d'autant plus légitime que les homosexuel/les aient eux/elles aussi droit à leur part du gâteau qu'on leur prête souvent (et très souvent à tort) une vie relationnelle et sexuelle aussi décousue que débridée.

    En ce sens, je crois que le mariage vit une profonde mutation depuis plusieurs années: les vagues de divorces et les nouveaux schémas familiaux qui en ont résulté ont profondément bouleversé l'idée même de famille.

    Ce qui me laisse d'ailleurs dubitative, ce sont les gens qui, une fois qu'ils ont un enfant, se considèrent comme une "famille".
    Il y a en effet quelque chose d'étrange à vouloir toujours créer quelque chose de neuf: n'appartenaient-ils pas déjà à une famille avant cela?
    Je laisse à monsieur Kurt Vonnegut le soin de répondre à cette question:

    "OK, now let’s have some fun. Let’s talk about sex. Let’s talk about women. Freud said he didn’t know what women wanted. I know what women want. They want a whole lot of people to talk to. What do they want to talk about? They want to talk about everything.

    What do men want? They want a lot of pals, and they wish people wouldn’t get so mad at them.

    Why are so many people getting divorced today? It’s because most of us don’t have extended families anymore. It used to be that when a man and a woman got married, the bride got a lot more people to talk to about everything. The groom got a lot more pals to tell dumb jokes to.

    A few Americans, but very few, still have extended families. The Navahos. The Kennedys.

    But most of us, if we get married nowadays, are just one more person for the other person. The groom gets one more pal, but it’s a woman. The woman gets one more person to talk to about everything, but it’s a man.

    When a couple has an argument, they may think it’s about money or power or sex, or how to raise the kids, or whatever. What they’re really saying to each other, though, without realizing it, is this:
    “You are not enough people!”

    I met a man in Nigeria one time, an Ibo who has six hundred relatives he knew quite well. His wife had just had a baby, the best possible news in any extended family.

    They were going to take it to meet all its relatives, Ibos of all ages and sizes and shapes. It would even meet other babies, cousins not much older than it was. Everybody who was big enough and steady enough was going to get to hold it, cuddle it, gurgle to it, and say how pretty it was, or handsome.

    Wouldn't you have loved to be that baby?"

    (Kurt Vonnegut, in "God Bless You, Dr. Kevorkian", repris dans "A Man Without a Country (Un homme sans patrie").

  4. #4

    Par le à

    Si vous avez remarqué je n'ai pas dit si j'étais pour ou contre le mariage gay tant je trouve ça aberrant. Mais qui je suis pour "décider" qui a le droit de se marier ou pas... ?!!! il y a quelque chose de complètement fou là-dedans !

    Pourtant c'est ce que l'on fait lorsqu'on crée une loi ; t'as le droit de faire ceci, t'as pas le droit de faire cela... Elles servent à organiser la société... et à partir du moment où une société évolue, forcément, ces lois doivent évoluer aussi -tel que l'explique mister éric, ô grand manitou-

    Et justement, le mariage a une utilité -ce que j'explique plus haut, celle d'organiser et de protéger un foyer, en gros- mais vu comment la société fonctionne aujourd'hui, c'est devenu trop lourd -pas du tout adapté à la monogamie sérielle !-Et si on se marie juste pour le symbole...

    En fait, je pense que je suis pour l'abolition du mariage !!! Le PACS pour tout le monde et pis c'est-tout...

    Sérieusement, les gays veulent se marier, qu'ils se marient. Je ne leur souhaite que du bonheur, je les adore ^_^ J'aime beaucoup la compagnie des hommes et il n'y a qu'avec les gays qu'une vraie amitié -sans équivoques- peut exister !

    @Melle Catherine. On appelle famille au sens stricte : le père, la mère et les enfants ; ensuite vient la famile au sens large, avec les grands parents, les oncles, les cousins... ça fait comme des cercles qui s'emboitent et se recoupent ... surtout maintenant avec les familles recomposées.

    PS : avec mon anglais rudimentaire je ne suis pas certaine d'avoir compris toute's les subtilités de ton extrait o_O

  5. #5

    Par le à

    Au risque de me fâcher avec les traducteurs officiels du sieur Vonnegut (voire avec Miss Katinka herself dont il est l'un des auteurs de chevet), je propose cette traduction pour mes lecteurs non anglophones :

    -------------------------------------

    "Bien, maintenant amusons-nous un peu. Parlons sexe. Parlons femmes.
    Freud disait qu'il ne savait pas ce que veulent les femmes. Je sais ce que veulent les femmes. Elles veulent parler à plein de gens. De quoi veulent-elles parler ? De tout.

    Que veulent les hommes ? Ils veulent plein de potes et que les gens ne les emmerdent pas.

    Pourquoi tant de gens divorcent aujourd'hui ? C'est juste parce que la plupart d'entre nous n'ont plus de familles élargies. C'est normalement ce qui devrait arriver quand un homme et une femme se marient. La mariée devrait trouver plein de gens à qui parler de plein de choses et le marié, un tas de nouveaux copains avec qui raconter des blagues idiotes.

    Peu d'américains, très peu, ont encore des familles élargies. Les Navajos. Les Kennedy.

    Mais la plupart d'entre nous, si nous nous marions aujourd'hui, sommes juste une personne de plus pour l'autre personne. Le marié a un seul nouveau copain et c'est une femme. La mariée a une seule nouvelle personne à qui parler et c'est un homme.

    Lorsque le couple se dispute, ils peuvent se dire que c'est au sujet de l'argent, du pouvoir, du sexe, de la façon d'élever les enfants ou de n'importe quoi d'autre. Mais ce qu'ils se disent réellement c'est :
    « Tu n'es pas assez nombreux ! »

    Une fois, au Nigeria, j'ai rencontré un homme, un Igbo qui avait six cent parents qu'il connaissait plutôt bien. Sa femme venait d'avoir un bébé, la meilleure nouvelle possible pour une famille élargie.

    Et ils s'apprêtaient à le présenter à tous leurs parents, des Igbos de tous âges, de tout rang et de toutes conditions. Ce petit allait rencontrer d'autres bébés, des cousins pas beaucoup plus vieux que lui.

    Et tout ceux qui le pourraient, viendraient le prendre, le cajôler, lui faire des areûh-arêuh et lui dire combien il est beau et mignon.

    N'auriez-vous pas aimé être ce bébé ?"

    --------------------------------------

    Bref, soyons tous frères, et célébrons ensemble les petits et grands moments de la vie, sans discrimination aucune.

    :)

  6. #6

    Par le à

    En Espagne j'ai beaucoup de famille et j'adore ça... en même temps, comme on dit : on choisit ses amis pas sa famille ! Que d'obligations parfois, c'est chiant !!! Avant qu'on invente l'état providence, c'était la famille -assez élargie- qui venait en aide aux siens...

    Merci pour la traduction ; j'suis contente de constater que j'ai plutôt bien compris... il y a juste le mot "pal", que j'ai... suposé -ça ne pouvait pas être une télé !- ^_^

    PS : Les affinités que je peux avoir avec les homos ne change rien à l'affaire...

  7. #7

    Par le à

    Bien que beaucoup de gens n'aient que leur télé comme copain et se servent peut-être de la télécommande comme d'un pal ? :D

  8. #8

    Par le à

    J'étais pas loin d'y croire, quand même ^_^

  9. #10

    Par le à

    Je n'ai jamais compris cet engouement pour le mariage gay alors que le pacs a toujours existé. Il offre des avantages indéniables face au mariage ! De toute façon la loi est passée aujourd'hui et le nombre de pacsés ne cesse de chuter. Bonne chose ? Surement.. Comme tu dis, l'important c'est que tout le monde s'aime, pacs ou mariage, gay ou pas, faisons tous la paix.

    Julien

  10. #11

    Par le à

    Salut Julien, bienvenue ici. :)
    Je crois que cet engouement est surtout un symbole : ce n'est pas "se marier" qui importe, c'est l'accession à un droit supplémentaire.
    Les débats sur le vote des femmes au siècle dernier présentaient les mêmes symptômes et exagérations autant chez les "pour" que chez les "contre".

  11. #12

    Par le à

    La même chose en 4 images (comme quoi un bon dessin etc.) :
    http://explosm.net/comics/3970/

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