Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
, - 722 mots - 7 commentaires

Paris est une vieille pute enchifrenée qui attend, la mort aux dents, de mourir de mort sûre

Putain !

Tu viens encore de te taper ta centaine de milliers de touristes quotidiens jusque tard dans le soir et tu grognes sur ce pauvre pèlerin qui te pisse sur les hanches en ce frileux dimanche matin de pluie.

Ce n'est pourtant pas lui qui va t'alourdir le bilan bactérien !

Franchement...
Par rapport à tous les pochards qui se vident intégralement de mille fluides aux couleurs indécises, par rapport à ces chiens, celui qu'on laisse errant et celui qui erre en laisse, et qui, tous, laissent des SMS à chaque réverbère, par rapport aux jeunes dandys cravatés, débordants de brandys sulfatés, qui viennent se soulager en des rues populaires !

Franchement...
Par rapport aux multiples hectolitres de remugles moussus et odorants qui se déversent chaque soir sur l'écaille endolorie de tes pauvres trottoirs, mon jet tiédasse et désalcoolisé (au moins ce matin-là) aurait dû t'être une caresse, un hommage, un doux baiser de vent chaud, à tout le moins passer inaperçu !

Mais non ! C'est sur moi que tu râles !
Et par l'intermédiaire d'une caricature de moustachu-collabo à poil ras !

« Pouvez pas faire ça chez vous, espèce de dégueulasse ! »

Dans un jour de plus grand agacement, je l'aurais bien suivi jusque devant son antre pour bien le liquéfier de trouille, ce vieux con grassouillet et déjà tremblant des possibles représailles qu'annoncent mon ton lugubre et mon regard glacé de hyène dépressive en manque d'hémoglobine :

« Ça tombe bien, dehors c'est chez moi ! Alors tu seras bien aimable de faire chier ton affreux clébard chez toi ! »

Mais à quoi bon ? À vaincre sans baril, on triomphe sans boire !  :)


Jadis, jolie jouvencelle rebelle, c'était non au missel et non à la gabelle !
Aujourd'hui tu grommelles en semelles et rampes à la gamelle où pataugent pêle-mêle : tes aisselles, des carrousels de mirabelles, des ribambelles de vermicelle, des décibels et de la fleur de sel, dans une eau si impropre à la moindre vaisselle !

Et ta gastronomie, autrefois renommée, perd de sa bonhommie et n'est plus qu'entérite.

Du gras, du double-gras, du re-gras ! Réchauffées, surgelées, pré-mâchées, pré-digérées, tes nourritures terrestres, désormais sous l'égide pastorale des fabricants de merde, sont les ténias mobiles et fluorés qui cartographient tes égoûts aux couleurs du dégoût.

Des tonnes de viandasses lâchement empanifiées obésifient les hordes bien rangées de touristes qui s'entassent près des mortes statues, dans un flot continu d'affreux-follets funambules, fauxtographes formicides, qui ne louperont rien des piégeuses attractions — autant de soustractions à leur maigre budget — malgré la petitesse du séjour qui leur est imparti.

Des touristes, il t'en rentre de partout, comme les loups de la chanson.
Il t'en rentre par devant, il t'en rentre par derrière.
Il t'en rentre par ici, il t'en rentre par Ivry !

Ne riez pas, charmante Elvire... Image nonchalante d'une ville insouciante...

Paris n'y est charmante. Elle vire gravosse emperlée de joncailles, ivrognasse boursouflée de liqueurs trop sucrées, radasse bouffie de toxicomanies, perfusée en permanence de botox frelaté.


Les rues étroites et clandestines où tu pansais tes plaies sont maintenant des villas éclaircies où l'on soigne tes bobos.
Et leurs pavés qui furent tes poings ne sont plus que des points de passages.

Triste putain blafarde, tu oublieras jusqu'à ton nom.
Tu dandines par habitude tes pauvres fesses grasses qui n'espèrent plus la tape, flatteuse et bétaillère, du maquignon hilare hâtivement soulagé.

Accro à la mémoire des Lolita, des Lescaut, des Lucrèce, des Loreleï, tu fardes de ciel bleu tes paupières fatiguées qui n'ont pas fermé l'œil depuis près de douze siècles.

Ta garde-robe comble de chiffes rapiécées aux parures échancrées, ne couvre plus ton cul las outragé de saillies consanguines.

Mais tu conserves intacte, efficace comme le venin d'aspic, l'évidence foudroyante de ton éternité : cette moue aguicheuse sur le coin de tes rives pour laquelle les pendus à tes lèvres se noieront sous tes ponts !


Paris... Paris... Paris... PARIS !

Tu auras ma peau, mes os, mes boyaux et certainement les derniers de mes quelques euros !

Mais j'aurais vu des portions de ton âme s'écouler discrètement le long des caniveaux pour s'en aller rejoindre ses ruelles insensées où ne passent pas les cars.
Des venelles où il subsiste encore cette viande persillée aux senteurs de l'antan...


Et puisqu'on parle de Paris, de couleurs, et du temps qui passe sur tout et surtout qui transforme — l'ému temps qui passe — quelques photos de Paris en mars et avril, dont un coucher de soleil en fin d'orage sur la Grande Bibliothèque, près de la Seine dans laquelle, bientôt, s'écroulera le Pont Mirabeau...

Mais ça, ce sera pour une autre histoire !




7 commentaires

  1. #1

    Par le à

    Billet coup de poing…

  2. #2

    Par le à

    … mais aussi coup de coeur ;)

  3. #3

    Par le à

    En tout cas, très impressionnant… Je me sens toute petite quand je te lis :)

    PS : C’est ton oeil qu’on voit là ?

  4. #4

    Par le à

    Oui mais je ne sais plus si c’est le gauche ou le droit… :)

  5. #5

    Par le à

    Ah je vois, c’était un « coup d’oeil… » ?!

  6. #6

    Par le à

    yop

    quand t’y passes viens donc prendre une bière ??

    a+

  7. #7

    Par le à

    Salut jluce :)

    Mail envoyé.

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