Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Ne Jamais... #001

Ne jamais...

Ne jamais regarder avec envie le chauffeur ostensiblement décontracté au volant de sa décapotable anglaise de collection au risque de provoquer chez icelui une subite montée d'ego l'empêchant de correctement rétrograder de troisième en seconde faisant que l'embrayage, dont la pédale se trouve déjà enfoncée jusqu'au tapis de sol en pur caoutchouc clermontois, tournera à vide privant ainsi de frein-moteur le fragile véhicule qui stoppera alors sa course sous l'essieu arrière aux cardans fatigués de la remorque débâchée du camion de livraison de fruits mal garé sur le côté droit de la rue — côté des numéros impairs — après avoir violemment percuté, renversé puis rapidement écrabouillé cette jeune cycliste sortant de la pharmacie en sportswear fluo, dont on ne pouvait dire quelle couleur, du vert ou du jaune, dominait vraiment, et sur laquelle les traces de pneumatiques en travers du thorax et du bas du visage, qui ne pouvaient se confondre avec celles laissées par sa propre bicyclette dont la roue avant, voilée et laissant échapper le souffle contrit d'une chambre à air éventrée, tournait encore dans l'atmosphère chaude et collante de cet après-midi parisien, laisseront peu de chances de ramener à temps chez son beau-père adoptif, horriblement souffrant, les six boîtes de médicaments non génériques qui lui auraient peut-être évité de s'étouffer dans son vomi sans avoir pu éteindre la cigarette filtre dont le pauvre mégot, qu'un courant d'air aussi facétieux qu'efficace entraînera des draps de nylon jaunis à la nappe à gros carreaux rouges et blancs, des gros carreaux aux rideaux fleuris de pivoines impressionistes puis des pivoines aux frêles étagères de bois abondamment garnies de livres sortis des presses de l'Imprimerie Bussière de Saint-Amand-Montrond (Cher), génèrera un monumental brasier qui fera s'effondrer ce vieil immeuble surpeuplé d'enfants se transformant trop vite en adultes inutiles, de chats obèses et fainéants, hésitant entre mourir d'ennui et décoller pour la énième fois le même lai de mauvais papier peint en solde, et de pauvres plantes exotiques en pots carrés de fausse terre plastifiée à ne pas trop arroser par temps humide, sur l'annexe métallique et vitreuse flambant neuve du ministère des jus de carottes dont le vice-sous-chef de cabinet par intérim, miraculeusement protégé par le toit des toilettes aux deux-tiers de sa grosse commission pré-apéritive, précisera bientôt, sur l'annonce d'embauche de son prochain secrétaire, qu'il devra, de préférence, rouler en grosse limousine allemande aux vitres foncièrement teintées.

Ne jamais faire ça.


4 commentaires

  1. #1

    Par le à

    C’est fou ça… il y a des regards aux effets papillon !

  2. #3

    Par le à

    @ Véro : le regard est souvent le premier déclencheur d’effets de toute sorte… :)

    @ Mademoiselle Catherine : merci, d’autant que c’est plutôt « facile » à faire. On laisse aller l’imagination (genre écriture auto) puis on affine juste un peu, ça prend moins de deux heures (illustration non comprise). Je pense augmenter la production de cette série prévue pour être automatiquement en ligne chaque lundi matin. Histoire de bien commencer la semaine ! :)

  3. #4

    Par le à

    Je n’en doute pas une seconde, j’en suis même persuadée :)

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