Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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De Rousseau à Lévi-Strauss en passant par la Lorraine

Le cerveau est une chose étrange.

À la fois générateur d'idées nouvelles et fossoyeur des trous de mémoire, cet étrange organe, hybride circonvolutionnel de l'éponge et de l'ordinateur, plus absorbant que l'une et plus calculateur que l'autre, cet organe m'emmerde.


Alors que j'essaie de mettre un peu d'ordre (ou un peu moins de désordre) dans l'énorme fouillis de plus en plus inextricable des futurs textes que je ne finirais probablement jamais, voilà que ce cerveau me rappelle que j'avais naguère entrepris une forme de semblant d'étude sur un sujet socio-social à tendance sociétal, en conséquence de quoi, il vient de décider, rigolard et inopportun, de me remonter d'antiques formulations, de vieux cacas pompeux, de mornes amphigouris tortueux, d'étonnants jaillissements d'outre-bombe — l'outre-bombe étant à l'outre-tombe ce que l'Outre-Meuse est à l'Outre-Quiévrain, une incision concise sur une inception déceptive, un tout compacté à l'intérieur d'un résumé fragmentaire, une forme longue, oblongue et élastique de brièveté soudainement sublimée, entrecoupée du silence circonflexe propre au concert éphémère en lalala mineur de l'orchestre aphonique du post-opéra Satie-rique — sans parler, au risque qu'il s'en souvienne, de cette nouvelle manie de faire des phrases sans fin, sans respiration, sans autre source d'épuisement que ta capacité pulmonaire...

Ça va, t'es toujours là ?

Me voilà donc avec au bout des doigts, des mots qui ne sont pas de moi, des phrases dont je partage le sens mais que d'autres ont pensé, des idées inédites dont les bases sont déjà posées et je m'interroge à moi-même dans mon coin de ciel bleu sur l'utilité de continuer ce projet.

Et surtout, si je le continue, sous quelle forme ?


Le titre de cet article te donne une idée générale — et peut-être encore vague — du domaine concerné et de l'approche envisagée :
« Qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête de ce putain de singe pour le faire descendre de son arbre et inventer, tout fier, le tire-bouchon qui pousse le bouchon au fond de la bouteille au lieu de le tirer d'icelle comme le laissait espérer son nom, la triple guerre mondiale qui pousse le bouchon de l'animosité entre humains un peu trop loin, les ponts du mois de Mai qui poussent les bouchons autoroutiers au sommet de leur forme ? »

Comment et pourquoi ce « fragile primate inachevé » est passé du stade animalier au statut de fou-à-lier ?

J'ai bien sûr deux ou trois idées dont certaines se sont permises des incursions exploratrices dans quelques-uns des vieux textes de ce blog.

Mais au lieu de continuer à me répandre en honteuses mais amusantes hypothèses, je me suis à un moment laissé emporter par la soif de savoir et le besoin de vérifier deux ou trois choses dans une littérature abondante, technique, universitaire, confuse, difficile et pourrie de notes de bas de pages renvoyant à des ouvrages encore plus complexes et parfois en d'autres langues que ce français que j'adore outrager...

L'avantage, c'est que je pourrais faire l'intéressant et parsemer allègrement mon projet de citations de gens morts — qui donc ne se plaindront pas de se retrouver céans, loin du lustre habituel des pages de La Pléiade.
L'inconvénient, c'est que je risque de perdre en originalité et de peut-être devenir ennuyeux — si ce n'était déjà pas le cas — en répétant, en moins bien, ce qui a déjà été superbement décrit.

Du coup, j'hésite.
Non pas à poursuivre mes vérifications auprès des sommités ci-dessus — d'autant que, pour être d'accord avec Rousseau, au moins sur ce point, le retour à l'état antérieur, celui de l'homme naturel pour lui, celui du non-savoir pour moi, ce retour est désormais impossible une fois la frontière franchie — mais j'hésite à dérouler mon projet de la manière dont je l'avais conçu au départ.

Avant de trouver la bonne formule, ou la moins mauvaise, ou la plus mauvaise que je tenterais alors de maladroitement transformer en moins pire, je vais continuer de remplir ces pages en textes inutiles mais, je l'espère, délassant — sans rien dire, parmi d'autres projets, des textes que j'espère délaçant corsets, jupes et bustiers.

Et sans oublier d'aller faire quelques photos puisque le soleil semble avoir enfin retrouvé le chemin de la plus belle ville de la région parisienne !  :)


8 commentaires

  1. #1

    Par le à

    « je me suis à un moment laissé emporter par la soif de savoir et le besoin de vérifier deux ou trois choses »

    Ouh la la… vaste programme. Bon courage !!!

    PS : retour à l’état du non-savoir. Hmmm… je ne sais pas comment tu vois ça exactement, mais ça me donne une impression de… repos :)

  2. #2

    Par le à

    Oui et non.
    Oui puisque l’état de non-savoir (ou presque) évite de se poser des questions, de faire des choix, de se tromper, etc…
    Non puisque l’état de savoir, même s’il est sans fin, peut permettre de répondre à certaines questions, de valider certains choix, de ne plus se tromper, etc…

    De fait, on est soit dans un état, soit dans l’autre.
    C’est tout le problème de l’humain (quelque soit son niveau de savoir).

    Ou alors, il faudrait développer une « théorie (et une pratique) quantique du savoir » pour pouvoir jouir des deux états à la fois… :)

    Ce qui ferait un drôle de pas de deux entre « nature » et « culture » et qu’on pourrait appeler « l’entrechat de Schrödinger » ! :D

  3. #3

    Par le à

    Feynman disait que « Personne ne comprend vraiment la physique quantique. » Incontestablement j’en fais partie :)

    En tout cas il m’est tout à fait possible d’envisager qu’on puisse être simultanément dans l’état de savoir et de non-savoir, lorsque tu mets en superposition la volonté et le constat… à moins que le savoir ne réside que dans la volonté ?!!! Ouf… autant concevoir un chat mort-vivant ! :)

  4. #4

    Par le à

    Feynman a bien raison.

    Et c’est bien pour ça que tout le monde se permet de mettre du quantique à toute les sauces (et j’en fais partie !). :)

  5. #5

    N’aie pas peur de nous « ennuyer » avec des citations de gens morts : je te sais assez débrouillard pour te les approprier comme un as et les fondre dans des réflexions dont tu as le secret.
    Les citations sont un moyen, non une fin, et je ne doute pas une seule seconde que tes histoires resteront palpitantes, quand bien même elles se pencheraient sur des morts (et à plus forte raison si tu ressens une soif de connaissance en ce moment).
    Bonnes lectures :)

  6. #6

    Par le à

    Surtout qu’il y en a de superbes.

    Pour rebondir sur ton dernier article, les époques sans autre(s) écran(s), parfois, que ceux de fumée, ont obligé les écrits à être beaux, en sus de leurs plus ou moindres qualités littéraires et/ou philosophiques.

    Dur de passer derrière… Peut-être aurais-je dû apprivoiser le récit filmique ? :)

  7. #7

    L’écriture cinématographique, qu’elle soit de fiction ou documentaire, et bien que très différente, est tout aussi passionnante :)

  8. #8

    Par le à

    je n’en doute pas mais en la matière ce n’est même pas un train de retard que j’ai, mais tout un réseau ferré ! :)

    (Attention : Réseau Ferré n’est pas le petit frère de Léo Ferré !)

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