Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Ne Jamais... #004

Ne jamais...

... se croire à l'abri sous soixante-douze-mille mètres cubes, et des brouettes, de béton sur-armé de ferrailles horlogères Dakaroises, estampillées « Le Ferrailleur Sénégalais », au risque de se voir éjecter du deuxième sous-sol par une mégère criarde d'un mètre quatorze, dix-huit selon la police, sans même prendre le temps de récupérer couchage et porte-faix, essentiellement pour éviter de mettre à immédiate exécution les idées qui viennent et qui assureraient pourtant un hébergement tout compris de très longue durée, et de se voir ainsi contraint de parcourir la ville de haut en bas, de bas en haut, d'un côté à l'autre, et de l'autre côté à l'un de ces points de possible endormissement repérés durant ledit exode, sans pouvoir toutefois y dormir vraiment, juste y somnoler, à peine s'y reposer, soûlé par les vociférations conjointes et volumineuses des autos, que la nuit accélère, et des hordes fêtardes de jeunes ivres-morts ayant méticuleusement testé toutes les possibilités de combinaisons chimiques et chromatographiques qu'offrent les cornues graciles et les alambics rétractables des débits de boissons — au grand dépit des poissons qui devront, demain matin, surnager en eaux troubles — et titubant comme des têtards empastagués de frais dans leur propre mare de vomissures grelettes, pleurant, gémissant, hurlant à l'adresse de partenaires encore moins animés, des je t'aime, des ne me quitte pas, des va te faire foutre, connard, des j'ai baisé ta sœur, connasse, des j'ai soif, des quelqu'un veut une bière, entrecoupés, enrobés, entremêlés, parsemés, découpés, abrégés, pointillés, hoquetés de propos intraduisibles si l'on n'est pas, au choix, un spécialiste international du langage des cygnes se rappelant qu'ils furent de bien vilains petits canards, ou bien soi-même un ancien titubard dont la mémoire n'aurait pas été corrompue par les abus de j'ai tout bu, j'en boirais bien un autre, je vais boire un coup, jamais d'alcool en dehors des soirées, des matinées et parfois des après-midis lorsque celles-ci sont aussi longues et ennuyeuses qu'un dimanche passé à écouter en boucle l'intégrale des discours de réception à l'Académie Française par Maxime Marceau et son minime orchestre, alors que le banc de béton froid mais sur-élevé sur lequel tu pensais t'allonger vient d'accueillir, avec toute la clémence que confère l'habitude d'une telle situation, la régurgitation lente et pénible — à petits jets de glaires filandreux et élastiques comme un aligot translucide qui déborderait d'un poëlon trop chauffé — d'une jolie fille apparemment trop jeune pour voter, aux yeux de Joe Cocker fatigué, au nez coulant comme un camembert oublié dans la cale du Titanic, à la jupe remontée presque au-dessus des hanches découvrant — du moins le supposé-je, ne jouissant pas d'un angle de visibilité optimal, son amie, la soutenant, étant un obstacle tout également contemplable — une culotte qui devait serrer les fesses à l'idée de ne pouvoir contenir un évident trop-plein de fluides aux arômes sucrés par delà une acidité contre laquelle aucun coton équitable ne saurait lutter, te faisant rebrousser chemin pour t'en aller, errer plutôt que voyager, vers un autre bout de la nuit peuplée d'autres vides à combler, d'autres verres à vider, d'outres-foies à remplir, de deux ou trois souffles à éventer, de trottoirs à éviter et de mégères criardes à éventrer.

Ne jamais faire ça.


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