Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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O sole mio(cène)

Pour te donner une vague idée — à peine moins précise que ce que j'en entrevois — de ce sur quoi je réfléchis actuellement et la manière dont je commence à y travailler, je me permets de te soumettre ce proto-brouillon sauvé des eaux.


Si tu te souviens de ce texte, tu te rappelles que j'y disais croire à la solidarité primitive du troupeau humain, seule à même de garantir l'évolution d'une bestiole aussi inachevée et fragile qu'un petit d'homme à sa naissance.

En sus de cette solidarité, je suppose que la composition des premiers groupes humains était à la fois faible et stable (mettons entre vingt-cinq et trente individus maximum) de façon à préserver toute chance de survie en se répartissant au mieux les différentes tâches qui pouvaient composer le quotidien de ces êtres : recherche de nourriture, recherche de nouveaux abris, protection et éducation des jeunes, exploration d'autres territoires, défense de celui déjà acquis, observation de l'environnement (faune, flore, éléments), analyse des variations d'icelui pour acquérir ou affiner de nouvelles compétences (la maîtrise du feu ou la levrette arboricole, entre autres...) non sans connaître les cruels et décimatoires échecs qui font de la route vers l'évolution un chemin pointilliste balisé de larges tranchées sombres...

Quand je parle des premiers groupes humains je fais référence aux premiers groupes d'hominidés, peu après après la séparation d'avec les grands singes, il y a de cela entre cinq et deux millions d'années, à quelques jours près.

Et en écrivant cette phrase, je suis en train de réaliser que cette séparation a peut-être justement été cette exclusion primitive dont je te parlais dans cet article.

Scientifiquement, ça n'a bien sûr aucun sens puisqu'il faudrait également supposer que cette exclusion ait été répétée de groupe en groupe, de façon à créer de multiples groupes d'hominidés.
L'exclusion d'un seul individu, voire d'un seul groupe d'individus, aurait statistiquement eu trop peu de chances de survie et donc de possibilités d'évolution.

Appliquée à plusieurs groupes, ça peut le faire, si tant est que ces groupes se croisent et s'interpénètrent (dans tous les sens qu'il te plaira de l'imaginer).
Mais là aussi, statistiquement, le fait que plusieurs groupes d'ancêtres communs aux grands singes et aux hominidés aient eu recours à ce type de séparation sur un intervalle somme toute réduit de seulement quelques centaines de milliers d'années et, de surcroît, en toute indépendance les uns des autres, ce fait-là paraît fort douteux...

Mais qu'importe : littérairement ça sonne grave !


Rappelons les faits (je me cite) :
Pour renchérir sur Jean-Jacques Rousseau, disons que le premier homo-quelque-chose-de-pas-encore-tout-à-fait-sapiens qui, désignant de son bras la vaste et lointaine étendue, s’avisa de dire à l’un de ses congénères « Va et ne reviens pas ! » (en paléolitish : « grraourh uk nuruk ! »), a involontairement créé : et la condition de l’isolement et le sentiment de solitude. Peut-être a-t-il, par la même occasion, inventé le sourcil réprobateur mais, à ce jour, aucun fossile n’est encore venu confirmer cette hypothèse.


Les raisons de cette exclusion ne peuvent évidemment pas être connues et ne pourront sans doute jamais l'être.

En l'état des connaissances sur la psychologie humaine actuelle, on peut cependant émettre quelques suggestions et tenter de les détailler :

  • usage non autorisé d'une ou de plusieurs femelles ;
  • menace pour l'équilibre et la sécurité du groupe ;
  • placement à titre personnel d'une partie des réserves collectives dans un puits du crétassuisse...

Cette dernière hypothèse — sans être tout à fait farfelue — est plutôt à sortir du lot (et même du Lot-et-Garonne).

L'hypothèse de l'abus de femelle ne me semble pas pertinente compte tenu du fait que les femmes ne sont devenues des "valeurs d'échange", donc des biens jalousement gardés, qu'à partir de la mise en place de la plupart des concepts familiaux qui finiront par structurer ces groupes en des sociétés hautement organisées.
Hors nous sommes ici à une étape de l'hominisation qui ne devait pas déjà connaître la famille, en tout cas, ni au sens ethnologique, ni au sens administratif du terme.

Reste la menace pour l'équilibre et la sécurité du groupe.

Hypothèse qui me plaît bien car, outre qu'elle est plus simple à développer, elle colle d'assez près à ce qui apparaît encore comme viscéral dans la consitution des sociétés actuelles : l'appropriation d'un territoire et sa défense, au-delà du rationnel.
Ces territoires, autrefois forêts, savanes, grottes et îlots, prennent aujourd'hui les noms de maison, de quartier, de commune, de nation, voire d'équipe de football mais, curieusement, pas de planète, comme si le tout avait moins d'importance que n'importe quelle partie de ce tout...


Pour abondante que pût être la nourriture, il fallait quand même se déplacer pour l'aller quérir sans pour cela ni dégarnir le clan, ni obliger tous les individus du clan à participer à la quête et laisser ainsi tomber d'autres tâches d'importance : surveillance du feu et de l'abri, conservation des réserves, défense du campement, etc...

Si la cueillette présentait peu de dangers — à la condition de ne pas tenter de retirer la fraisaurus des bois de l'appareil masticatoire du triple grizzly à dents de sabre — la chasse pouvait par contre décimer tout ou partie des chasseurs : concurrence des grands fauves ou d'autres hominiens, territoires de chasse escarpés ou mal connus, gibier fuyant ou inexistant...
Sans compter que le mammouth, d'ordinaire placide et bon éléphant bon enfant, pouvait parfois ne pas vouloir se laisser transformer tout de go en gigot marengo et manifestait ostensiblement ce refus en piétinant systématiquement les crânes hirsutes et les membres velus qui criaient famine trop près de ses fameux poils laineux.

J'ignore évidemment comment se constituaient les tribus et comment se prenaient les décisions quant à la (sur)vie du groupe.
On peut supposer qu'à l'instar d'une meute de loups — groupe animal dont la sociabilité est assez proche de la nôtre — lorsqu'un groupe menaçait de se retrouver trop nombreux, certains individus en étaient écartés — ou s'en écartaient volontairement — et s'en allaient former d'autres groupes, soit ensemble, soit en s'associant à d'autres rejetés de rencontre.
D'autres pouvaient préférer rester seuls ou bien étaient forcés de l'être (solitude, isolement, tout ça...).

Ce qui sépare un cynozophrène mural d'un loup solitaire n'est finalement qu'une ére glaciaire...  :)


Si l'on s'en tient au parallèle avec les loups, il est possible qu'il y ait eu des reproducteurs alpha. Une tribu devait donc compter plusieurs mâles et plusieurs femelles de façon à pallier à toute défaillance génétique ou vitale de l'un ou l'une des reproducteurs alpha.
Cette « alphabestialisation », qui n'a pu être que progressive et acquise par mimétisme, pourrait être à l'origine des dynasties.

Je dis acquisition par mimétisme car je ne crois pas que l'être humain, surtout en ce frais printemps de « plus vraiment singe mais pas encore tout à fait homme », ait été immédiatement conscient de ses possibilités d'organisation en structure fortement hiérarchisées.
Je crois plutôt que l'espèce humaine, à ce stade de son évolution, n'est qu'une improbable synthèse, foutraque et hasardeuse, des nombreuses psychologies du vivant.
Ce qui signifie que d'autres groupes ont pu avoir avoir recours à d'autres modes de fonctionnement et de reproduction que cette « alphabestialisation ».

Malheureusement, au vu de notre monde actuel, il semble que ce mode dynastique ait prévalu et que de là commencent tous nos ennuis !


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