Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Les carottes de l'archiduc sont-elles cuites, archicuites ?

Il y cent ans, l'Europe entraînait le monde dans un effroyable conflit pour une sombre histoire de séparatisme permettant à Sarajevo de réduire le score face à Sébastopol qui avait ouvert la marque quelques années auparavant suite à un imbroglio territorial sur les rives de la Mer Noire, point de passage important du commerce Europe-Asie-Russie.
Je mets la Russie hors du continent asiatique où sa présence n'a de sens qu'en tant que continuum géologique. Territorialement, historiquement, culturellement, ce grand et beau pays qui cumule les record du monde dans la catégorie "dirigeant néfastes", est une entité en soi.
Pour l'avoir toujours ignorée ou combattue, le monde va de nouveau s'enflammer. Chaud devant !


Dans ce match pour l'octroi du titre symbolique de "ville la plus canon", Sarajevo reprenait l'avantage en fin de XXe siècle, au cours d'une véritable boucherie durant laquelle le "nettoyage ethnique en direct à la télé" ne fût pas la moindre de ses nouveautés.
Le match aurait d'ailleurs pu s'arrêter là. Mais Sébastopol vient de lancer une contre-attaque pour le moins stupéfiante.
On ne sait pas encore si toutes ses tentatives de tirs transperceront les lucarnes adverses (pour ce qui est de la "petite lucarne", tout est en place pour profiter du spectacle) ou si les moulins à paroles européens, réveillés en sursaut par les cris des supporters Ukrainiens, parviendront à détourner les missiles qui se préparent.

Le match est donc relancé. Bienvenue dans cette nouvelle série du World War Championship !


On a longtemps cru qu'une équipe issue du Moyen-Orient décrocherait ce titre.
Ces équipes s'entraînent dur depuis cinq mille ans pour faire exploser ce bout de caillou, et malgré quelques belles performances individuelles (Babylone, Jérusalem, déjà, Beyrouth, Bagdad, Jérusalem encore, Bagdad de nouveau, Jérusalem toujours, Damas), aucune tentative n'a encore vraiment réussi à embraser l'intégralité du globe. Même le coaching, pourtant intelligent et productif en faveur de la jeune et prometteuse Kaboul, n'a pas permis de remontée au score significative.

Du côté du matin calme, une fois dissipées les vapeurs du grand soir, un timide espoir a brièvement animé les adorateurs de Kim-De-Jong-Il lorsque Pyong-Yang réussit un joli crochet extérieur suivi d'un centre presque parfait. Mais les arbitres chinois, après consultation des six-cent-soixante-treize-mille pages du nouveau règlement, sifflèrent un hors-jeu.

Et voilà que les vieilles gloires caucasiennes, et leur sens inné du coup de théâtre aussi tonitruant qu'efficace, reprennent le contrôle du ballon !

La tactique n'a guère évolué : un coup d'éclat sanguinolent pour faire diversion, et pendant que les pleureurs pleurent, pendant que les accusateurs accusent, pendant que les analystes analysent, pendant que les coaches adverses temporisent, les ailiers russes ont rapidement franchi le premier rideau et s'apprêtent à occuper longuement cette partie du terrain, sans esbrouffes, sans passement de jambes inutiles, tout en rapidité et en autorité.
Le coaching européen, en partie géré par Washington, va devoir faire un effort d'inventivité pour combler les failles immenses qui ont permis aux russes de gambader dans cette zone sensible aussi simplement qu'un garenne dans une jachère à l'abandon.

Du coup, la polémique sur la possible entrée en jeu des défenseurs centraux turcs va encore faire hurler dans les vestiaires.
Ce serait pourtant une solution intéressante. Car il n'y a aucune raison pour que les russes ne tentent pas de profiter de leur avantage pour tenter de s'approprier l'intégralité de la Mer Noire.

La suite du match s'annonce toutefois indécise.
On imagine facilement les russes, ayant remis en route leur indécrottable romantisme guerrier (si vous êtes gais, riez, mais pas trop fort), tenter par tous les moyens d'ingérer les provinces alentours en les forçant, au besoin, à devenir pro-russe (« You go no europe, you go slave ! »).
On imagine tout aussi bien ces mêmes russes, grisés par ce même et oxymorique romantisme optimiste, oublier de protéger leurs arrières que les tribus mongoles, patientes, se préparent à reconquérir...


Cette nouvelle "guerre froide" en plein réchauffement climatique est un billard à multiples bandes dans lequel les Russes, qui ont réussi à ne pas s'engager dans les conflits extérieurs qu'ils ont pourtant attisés, arrivent groupés, motivés et en possession de quelques jolis coups d'avance.
Ce n'est pas pour rien que les échecs y sont un sport national. Et que l'ours y est un emblème.


Statue d'un ours dévorant un chasseur au Jardin des Plantes, Paris 5e
No comment.
(photo de l'auteur - 16 février 2014, Paris 05e)

4 commentaires

  1. #1

    Par le à

    J'ai habité une bulle pendant 15 jours, à l'abri de l'histoire et des histoires... Bienvenue à la réalité !!!

    My God... qu'est-ce que ça va donner tout ça... ?

    Très bon billet sinon...

  2. #2

    Par le à

    Dommage que ce genre de bulles ne soit qu'à temps partiel... :)

    Le monde semble vouloir faire le plein de bombes à retardement...

    Ça peut donner un joli feu d'artifices.

    Le pire, à mon sens, est la fausseté des analyses concernant les motivations de Poutine et de la Russie : ce n'est pas qu'une bête histoire de frontières et de "territoires ancestraux" comme dans les guerres du passé.
    Ce qui se joue, là et ailleurs sur le globe, c'est l'accès aux ressources énergétiques (eau, gaz, pétrole, charbon, minéraux) et la protection des accès existants.
    L'idéologie n'est qu'un cache-sexe. La puissance appartient désormais à celui qui possède, gère et dispatche de telles ressources.

    La Russie a beau être un des pays les mieux pourvus du globe en matière de ressources énergétiques, la gestion d'icelles est rendue problématique par l'instabilité des frontières, donc des débouchés (terrestres autant que maritimes).

    Et il ne s'agit ici (en Ukraine) que de gaz...
    Quand viendra l'heure de la "guerre de l'eau", ça va pleurer sévère un peu partout.
    Notamment en Europe Occidentale où la protection des intérêts privés (droit de la propriété) empêche toute prospective et toute préparation au manque d'eau (potable) qui s'annonce : pas assez de désalinisateurs, trop de pesticides, de pollutions industrielles, de faibles pluies (en quantité) à l'évaporation rapide facilitée de surcroît par le bétonnage intensif...

    Il est temps de reprendre un pastis, c'est peut-être le dernier ! ;)

  3. #3

    Par le à

    Il en a été ainsi depuis la nuit des temps. L'idéologie n'a-t-elle pas toujours été un cache sexe ? La puissance économique n'est-elle pas à l'origine de la grande majorité des conflits ? L'appropriation des ressources, leur accès... ?

    Chaque fois qu'on parle de raréfaction des ressources, je pense à Malthus ! Un peu radical le bonhomme, mais il dit mathématiquement (déjà au XIXè) que sans freins, la population augmente de façon exponentielle ou géométrique (par exemple : 1, 2, 4, 8, 16, 32, ...) tandis que les ressources ne croissent que de façon arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, ...).

    Dans ces conditions on comprend que les conflits ne sont pas près de se terminer... et que sous chaque guerre il y a des intérêts économiques qui se jouent ! C'est presque une question de survie (?) où les plus gros n'hésiteront pas a écraser les plus petits... comme une meute de chiens autour d'un seul os !!!

    Bon, pour moi ce sera un petit Muscat... J'aime bien la douceur ;-)

  4. #4

    Par le à

    Malthus n'a pas tort. :)

    Bien que beaucoup de conflits se sont aussi déroulés en période d'abondance, par pure idéologie et/ou expansionnisme (Alexandre, César, Gengis Khan, de Gaulle en Algérie, etc...).

    Par contre, il me semble que les conflits à venir (prochainement sur votre écran) auront tous l'accès aux ressources comme détonateur.
    Je parle de conflits majeurs pas des continuelles guérillas qui sont largement entretenues comme on entretient la braise d'un grand feu afin d'avoir des troupes déjà prêtes et qui sont comme les premières escarbilles des futures escarmouches !

    En espérant que tout ça nous survienne à la vitesse de l'escargot escomptant escalader un escogriffe sur son escabeau. :)

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