Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Texas, Paris

Il ne s'agit pas d'évoquer ce célèbre film qui ne m'a pas laissé un souvenir impérissable (je serais incapable de le résumer) mais de remercier le hasard, cet ami du faux-tographe qui parcourt la capitale à pied, cherchant de l'insolite, du bizarre, du beau (selon sa définition toute personnelle de ce qu'est la beauté), de l'inattendu, du drôle et qui se contente (trop) souvent, parmi ses centaines de clichés, de déjà-vu, de pas-trop-mal, de flous, de ratés, de banalités, de calamités, d'à-la-va-comme-je-te-shoote, de mal cadrées, de mal exposées, de mal colorées, une vraie malédiction d'objets photographiques immontrables qui ne servent finalement qu'à passer le temps.
Mais parfois, le hasard s'en mêle et vient lui-même appuyer sur le déclencheur après avoir fait les réglages adéquats...


Je n'ai pas encore fait le tri mais je viens de faire deux séries de clichés en noir et blanc : l'une sur la gare Saint-Lazare dans laquelle je n'avais pas mis les pieds depuis sa rénovation en centre commercial, l'autre dans le Carrousel du Louvre, centre commercial dans lequel je n'avais jamais mis les pieds.

C"est fou le nombre de centres commerciaux qu'il peut y avoir partout en France !
Un bâtiment à rénover ? Hop, un centre commercial.
Un autre à construire ? Hop, ne pas oublier de lui adjoindre un centre commercial.

Qui n'a pas encore son centre commercial ? Qui N'EST PAS encore son propre centre commercial avec ses données personnelles en solde 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 au seul profit des réseaux commerciaux sociaux ?

Les français sont-ils si riches ? Car il ne s'agit pas de centre commerciaux pour nécessiteux mais d'une réunion des marques les plus chères dans leur domaine : fringues, diffusion culturelle, fripes, restauration rapide, vêtements, gadgets, oripeaux, parapharmacie, habillement, trucs à la mode, etc.

Dans ces conditions, faire des photos qui ressemblent à quelque chose sans capturer une seule enseigne est un vrai défi !

Plutôt satisfait, à priori, par ce que j'ai ramené, je sors faire un tour et je tombe sur ce trou au contour familier (j'ai eu, lycéen, une calculatrice avec ce logo). J'ai même failli tomber dedans car bien qu'il ne soit pas bien grand, environ 20x15 (cm), il y a quand même de quoi se tordre la cheville.
Il ne tardera sûrement pas à être rebouché par les services de la voirie aussi je suis assez content de l'avoir attrapé. Non sans difficulté car il se trouve devant la terrasse d'un café très fréquenté et je n'aime pas trop sortir mon appareil devant les gens. Des vieux relents de timidité nappés d'agoraphobie (deux personnes, c'est déjà une foule).

L'autre jour, je faisais des photos du côté du pont du Garigliano et une femme m'a demandé si j'étais photographe...
Est-ce que tu demanderais à un type sur un vélo s'il fait du vélo ? Est-ce que tu demanderais à un type avec un képi s'il est affilié à la fédération anarchiste ? Est-ce que tu demanderais à un socialiste (donc un étatiste) de faire des économies budgétaires en se privant des services de l'état sans jamais taxer aucun revenu financier ?

Que veux-tu que je lui réponde ? J'ai dit non.  :)
Ça ne la pas fait rire, elle est partie en pressant le pas.

Je crois que j'aurais fait un très mauvais texan.

Je parle du texan cliché tel que nous le vend le cinéma et la télévision : prétentieux, inculte, bagarreur, nationaliste, pollueur, clinquant, artificiel et impersonnel, tous qualificatifs qui correspondent assez bien aux centres commerciaux parisiens qui privilégient les dorures, les néons, les noms, les renoms, les annonces et renoncent à l'accessibilité, à la diversité, au talent et qui transforment Paris en banlieue de Dallas.
Pour moi, grand lecteur et admirateur de San-Antonio, c'est une magnifique ironie que le hasard s'est chargé de transférer du sol parisien à la carte mémoire de l'appareil photographique numérique qui traîne dans le fond de mon sac.


Un trou dans le pavé parisien évoquant le contour de l'état du Texas.
Texas, Paris - Rue de la Pépinière, face à la gare St-Lazare, Paris 08e.
(photo de l'auteur - 12 avril 2014)

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