Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Cause à nostra, ma tête est malade

La vérité, paraît-il, sort de la bouche des enfants.
Je viens de le vérifier, à mes dépens, alors que je me dorais tranquillement au soleil après avoir avalé un sandwich dans le parc de Bercy.
À l'heure du déjeuner, de nombreux parisiens viennent y casser la croûte et profiter du chant des oiseaux. Ainsi ces deux jeunes mères et leurs filles (que j'ai supposé telles) de cinq ans, six ans maximum. Et les enfants, ça ne tient pas en place, ça court partout, y compris derrière moi.
C'est du "live", ça s'est passé il y a moins de trois heures...

Acte I, scène I.
Le Parc. Deux fillettes (f1, f2). Moi (m).
Moteur !


(f1) – vous voulez un bonbon ?
(m) – ...
(f1) – hey, monsieur ! vous voulez un bonbon ?
(m) – non.
(f2) – il est pas gentil le monsieur...
(f1) – si, il est gentil mais il est triste...
(f2) – pourquoi il est triste ?
(f1) – je sais pas... peut-être il a pas de famille...
(m) – ... (prend ses sacs et s"en va)

Non mais de quoi je me mêle petites sacripantes, espèce de garnementes, vilaines chenapantes...

OK, je n'ai pas de famille (excepté ma petite sœur que je vois peu), et alors ?
Je n'aurais jamais imaginé que ça me donnerait l'air triste au point de me faire offrir des bonbons par des enfants... C'est le monde à l'envers !  :)


Bon, en même temps, je ne crois pas avoir été si triste que ça à ce moment précis ou alors pour une toute autre raison. Songeur peut-être. Vaguement somnolent comme après tout repas. À cet âge (celui des fillettes), on ne possède pas forcément un vocabulaire très précis (c'est valable aussi pour l'appellation de "gentil"). Maintenant, pourquoi associent-elles spontanément l'absence de famille et la tristesse ?
À voir du côté des dessins animés ou des histoires racontées à l'école... Si tu as des mômes de cet âge, tu devrais avoir la réponse.

Parce qu'en fait, être sans famille n'a rien de triste en soi. Je suis sûr que des tas de gens échangeraient volontiers la leur contre un peu de paix et d'amour...

OK, pour ma part, cette absence m'a rendu solitaire, secret et asocial.
Peut-être aussi est-ce le point de départ de ma réflexion sur la nocivité de la famille comme groupe social parasite de la collectivité, un peu comme un "état dans l'état". De la famille au communautarisme, du communautarisme au sectarisme, du sectarisme à la folie carnassière, le chemin est extrêmement bien balisé et a souvent été emprunté.

Évidemment (et heureusement !), toutes les familles ne sont pas criminogènes, surtout considérées depuis l'intérieur, c'est-à-dire par les individus la constituant.

Ttu commences à me connaître, tu sais que j'aime réfléchir globalement — ça me paraît à la fois plus simple et plus pratique puisque le global, comme son nom l'indique, englobe l'individuel, même si l'individuel influence le global. Mais réfléchir uniquement du point de vue de l'individu me paraît être une forme d'égoïsme et je maintiens que la notion de famille est une forme d'individualisme sur le plan global.

D'où l'idée émise un jour dans un commentaire (mais je ne sais plus sous quel article) évoquant l'intérêt qu'il pourrait y avoir à un "élevage collectif des enfants".

Malheureusement, la machine à laver de Lou a emporté la série de textes que j'avais commencé sur ce sujet.
Dommage, elle aurait eu ici toute sa place.

Le "elle" précédent fait référence à la série. Pas à Lou qui se sentirait à l'étroit dans ce monde à deux dimensions qu'est un texte plat. Et encore moins à la machine à laver, puisqu'il n'y a pas de prise pour la brancher.
J'aurais pu écrire "ils" en référence aux textes puisqu'en toute logique, ce sont bien eux qui auraient pris place ici mais je suis un adepte de la grammaire libre en ce qui concerne les priorités de genre et j'avoue accorder une préférence au féminin qui permet d'aérer les phrases en créant des liaisons en général plus harmonieuses.

Ami des manifs "anti-mariage pour tout genre" qui passerait par ici, va te pendre !

Je n'ai pas le courage de tout reprendre (c'était une série en trois parties) mais peut-être a-t-elle disparu parce qu'elle était simplement inadéquate, mal ficelée, trop hâtive, ou juste soluble dans l'eau à 40° ?

Il me reste le brouillon du préambule qui se résume à ceci (une fois corrigé) :


De l'élevage collectif des enfants

Avertissement : le texte qui suit pourra heurter la sensibilité des personnes croyantes :

– qu'elles croient en un dieu unique et tout-puissant qui décide seul de la trajectoire de leurs vies ;
– qu'elles croient en un panthéon de dieux et de déesses qui peinent, entre deux confrontations et trois fornications, à décider de la trajectoire de leurs vies ;
– qu'elles croient en une sorte d'atavisme génétique, présent depuis le premier homo-quelque-chose puis transmis inaltéré à leurs progénitures, et qui aurait décidé, une fois pour toute, de la trajectoire de leurs vies.

Que ces personnes passent leur chemin car les lignes qui suivent remettent en cause le schéma familial traditionnel, la nécessité impérieuse pour un enfant d'avoir père et mère et, last but not least, la dualité masculin/féminin en prétendant :

– d'une part, que le schéma familial traditionnel est une régression sociale par rapport à la tribu des origines ;
– d'autre part, que les enfants gagneraient à être élevés en groupe par des groupes plutôt qu'individuellement par un individu (dans ce contexte, un couple est un individu, pas un groupe) ;
– enfin, que la féminité et la virilité ne sont que calembredaines et billevesées.

C'est bon, ces personnes-là, vous êtes parties ?

Pour les autres, s'il en reste, il y aura trois parties qui suivront ce préambule :

  1. De la tribu à la famille : la descente aux enfers.
  2. De l'enfant-roi à l'enfant-droit : de retour des enfers ?
  3. Fémilin et mascunin : quand une île s'écrit avec un L.

J'aurai pu auparavant me documenter un peu sur le sujet mais je n'en ai pas eu l'envie.
Je préfère aligner d'abord mes suppositions et mes hypothèses pour, éventuellement, les confronter ensuite aux auteurs sérieux.

L'avantage de cette méthode est, d'une part, que je peux rédiger comme bon me semble sans influence externe, et d'autre part, que je ne peux qu'apprendre plein de choses passionnantes une fois que mes hypothèses auront été réduites à l'état de cendres froides par les travaux des universitaires.  :)

Bon, en vrai, je me suis quand même un peu documenté : le sujet est sérieux et je n'avais pas trop envie de n'écrire que des conneries notamment sur le sujet de la famille qui est certainement le plus sensible des trois !
Je suis donc allé à la Bibliothèque Municipale de Paris (après le marché, tu prends à gauche et c'est à deux cent mètres) et j'ai ramené trois livres plein de pages remplies de petits caractères et qui me semblent parler en profondeur de ces thèmes.

Je n'ai évidemment pas encore pris le temps de les lire complètement — déjà, le temps de comprendre le titre du premier, pffffiouuu — notamment pour ne pas en être trop imprégné.

Du coup, les trois parties précédemment évoquées seront suivies d'une sorte de conclusion ou de postface qui tentera de faire le point sur les différences entre ces trois ouvrages et mes trois articles.
Une sorte de jeu des sept (cents) z'erreurs...  :)


Ce brouillon doit avoir à peu près un an...

Et donc, j'avais plutôt bien avancé, notamment sur les parties 2 et 3 qui me permettaient de recycler des brouillons de textes jamais terminés, la partie 1 n'étant alors que des "notes de lecture" éparses et provisoires...

En même temps, lire je n'ai que ça à faire, donc je pourrais ré-emprunter ces livres et finir cette série d'articles mais j'ai déjà d'autres livres dans mon sac (sur un tout autre sujet).
Après, peut-être, éventuellement, c'est pas sûr, on ne sait jamais, pourquoi pas, on verra, des fois que ce soit mon ami le hasard qui aurait soudoyé ces fillettes pour me contrarier la digestion et m'obliger à repenser au problème...

Si toutefois, cette fois, le démon de la machine à laver veut bien me vider les poches avant de se gloutonner comme un malpropre !  :)


Vue du Parc de Bercy.
(photo de l'auteur - Parc de Bercy, 14 avril 2014)

9 commentaires

  1. #1

    Pardonne mon retard : je nettoyais des traces d’œuf sur mes vêtements.

    Et cet article, en plus de m'avoir fait sourire, m'a surtout donné une furieuse envie d'en savoir plus.
    Le sujet est d'autant plus intéressant que la grande majorité de la populace semble avoir oublié l'étymologie du mot "famille", à savoir, je cite le Littré, "toutes les personnes, parents ou non, maîtres ou serviteurs, qui vivent sous le même toit".
    En ce sens, ton intuition quant au groupe est totalement juste, par opposition aux crétins accrochés comme autant de moules à leur récif au concept de "famille nucléaire".

    D'ailleurs, on le sait, le nucléaire n'a pas que des bons côtés.

  2. #2

    Par le à

    J'ai quelques articles en cours proches d'être terminés (donc proches d'être publiés), puis je reprendrais certainement cette série.

    Mais sous un angle neuf - de Pâques... sorry :)

  3. #3

    Par le à

    Bon... vu que je fais partie des crétins accrochés comme autant de moules à leur récif au concept de "famille nucléaire".... je me passerai d'émettre un avis ! Pffffff...

  4. #4

    Par le à

    Houlà, t'es grognonne ce matin ? :)

    Tu sais bien qu'ici c'est le pays enchanté de la libre expression : profite !

  5. #5

    Par le à

    Non, non... je préparais la suite... ;-) que voilà (PS : j'avais envie de marquer le coup face à la prise de position un tantinet brutale de Mademoiselle Catherine, que j'aime beaucoup d'ailleurs) :

    Personnellement, ce que j'aime surtout c'est l'idée de famille au sens large, avec les cousins, les tantes, les grands-parents, etc. même si c'est parfois galère, c'est évident.

    En Espagne, avec la crise et un taux de chômage qui s'élève à 25% les gens sont en quelque sorte revenus à la famille en tant que groupe solidaire. A cause -ou grâce à- la précarité les gens se sont regroupés, ont retrouvé leurs parents, leurs grands-parents, etc, se sont aidés mutuellement. Avant l'état providence, c'est comme ça que ça fonctionnait, les jeunes générations aidaient les plus vieilles. Aujourd'hui, individualisme -et famille nucléaire- oblige, on a besoin de l'état, des organisations d'aide en tout genre, des maisons de retraite, etc.

    Quant à l'élevage collectif des enfants, ça me fait penser au "Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley -j'en parle souvent, je sais- Dans ce roman, la famille a été banni, le couple aussi, les enfants sont mis au monde et par élevés par l'état. A savoir aussi que les individus devenus inutiles pour la société, comme les anciens, étaient aussi éliminés !!!

    Tu aurais p’têt fait un excellent hippie... si ce n’est qu’ils rejetaient, entre autres, le primat des biens technologiques au détriment des biens naturels. Je suppose que le fait de remettre en cause l'idée d'autorité, d'abord l'autorité parentale, et tout ce qui en découlait : toute domination de l'un sur l'autre est fort attirant Clignement d'œil Dans les années 70, Pascal Bruckner avait expérimenté les crèches sauvages avec son propre fils. Un fiasco parait-il. De mémoire, les parents un peu à tour de rôle devaient s’occuper des enfants laissés à leurs soins, sauf que ceux-ci étaient complètement livrés à eux même et l’expérience a tourné court.

    Alors que penses-tu de la Summerhill School, cet établissement d'enseignement fondé dans les années 20 afin d'y appliquer des théories pédagogiques d'inspiration libertaire ?! Je n’ai pas regardé si ça existe encore, mais elle n’a pas fait beaucoup d’adeptes...

  6. #6

    Par le à

    Hummmm... je vois que je n'ai pas perdu cette sale manie de ne jamais relire ce que j'écris avant de valider :-(

  7. #7

    Par le à

    Le fait d'être accro à la "famille nucléaire" fait que tu raisonnes "nucléaire".
    Au moins c'est logique. :)

    Dans ce que je "propose", l'essentiel ne réside pas dans telle ou telle méthode de tel ou tel théoricien. Ça, c'est du business à court terme qui peut d'ailleurs avoir un intérêt ponctuel pour certains enfants (Summerhill, Montessori, Freinet, etc...).
    L'essentiel est d'abord de comprendre puis d'accepter (ou pour le moins d'accepter d'adhérer à) l'idée de globalité.

    Ensuite tout les raisonnements s'enchaînent et deviennent plus simples à expliquer puisque directement relié à cette idée de base.

    Mais avant toute chose, la globalité.

    Sous un autre article, Mademoiselle Catherine reprend son antienne "think global, act local", et c'est effectivement une des clés de la globalité : personne, absolument personne, n'a la capacité de changer le monde à elle seule (que cette personne soit Jésus, Mahomet ou John Lennon).

    Dans un texte en cours depuis trois ou quatre ans (un des chapitres de mon livre), j'ai une phrase qui dit :
    « Derrière le vernis des glorifications individuelles, il y a toujours, anonymes et oubliés, des combats collectifs. »

    Par contre, si une personne est suffisamment convaincue de son idée, sait l'expliquer, la démontrer, la donner en exemple à suffisamment de gens (le nombre est peu important, c'est la dynamique de groupe que ça génère qui compte), alors, oui, il est possible, que cette idée (qu'elle soit bonne ou mauvaise, toute médaille a son revers) s'impose comme une nouvelle norme sociale et "change le monde" (le fasse évoluer serait plus juste, rien ne change jamais vraiment).

    De Jésus à Hitler (j'aime les raccourcis provocants), cette notion de globalité n'est pas une nouveauté. Elle régit le monde dans sa totalité : c'est l"ensemble des comportements individuels qui génère un comportement collectif.
    Le fameux battement d'ailes du papillon qui génère des tempêtes de l'autre côté du globe est une forme simplifiée de cette idée.

    Dans ce même chapitre (perpétuellement) en cours d'écriture, j'utilise une analogie à base d'auto-tamponneuses pour illustrer schématiquement cette idée de globalité.

    Peut-être devrais-je transformer ce bout de chapitre en article de blog ce qui m'éviterait de faire des commentaires plus long que les articles ? :)

  8. #8

    Par le à

    Bon, OK, j'attends de voir dans la pratique à quoi va ressembler un "élevage collectif d'enfants"...

  9. #9

    Par le à

    Dans des explications pratiques, je veux dire... j'ai un gosse de 17 ans à refourguer !!!

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