Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Incident voyageur

Attention : ce qui suit n'est pas à prendre au pied de la lettre. Ce n'est qu'un exercice de style, de la littérature de gare, du jeu de mots, du rien déguisé en pas grand chose. Même si récemment, un ami de plus est parti bien trop tôt, je n'ai pas composté mon billet pour les rejoindre tous. Peut-être que j'irais un jour, en passager clandestin, leur passer le bonjour... Au cas où, je reviendrai te raconter.  :)
Lis ça comme tu lirais la poésie baroque d'un auteur anonyme exhumée des archives d'une bibliothèque libérée de ses sceaux et des sauts des sots dans des seaux de saucisses.
Ou ne le lis pas.  :)


Je voyage sans collier, sans bijou.
Je voyage en écolier qui joue au voyageur sans même faire sourciller les bajoues du hibou, là où s'échouent les poux aux genoux roux et doux comme des cailloux indous.

Je voyage le cœur nu en espérant qu'un autre cœur s'y pende et s'y répande.

Mais pour qu'un cœur s'y pende, pour que n'importe quelle bête, après tout, pense à y faire son nid, il faudrait que les parois de ce cœur aient quelques aspérités, recèlent quelques fissures, exhibent quelques failles, laissent deviner des stries, des gonflements, des renflements, de quoi poser une patte, de quoi enfoncer une griffe, de quoi laisser la marque d'un passage, comme on laisse un message à la fin d'un usage.
Il ne faudrait pas que ce cœur soit une simple gouttière à la paroi de verre.
Il ne faudrait pas que cette gouttière goûte hier pour vomir demain.
Il ne faudrait pas que la lumière s'y noie comme un vulgaire paquebot touché par un flocon.
Il ne faudrait pas que ce soit le paquebot qui chavire...

Je voyage sans carte et sans boussole.
Je voyage au bout des cartes menant vers un sous-sol mouvant sur lequel, d'un mouvement émouvant, je pose un premier pied inquiet.

Ce cœur va-t-il s'enfuir ?
Va-t-il encore se dérober en hommage à ces filles qui enlevèrent leur jupe ?
Va-t-il encore prétendre qu'il n'est que le fantôme de l'ombre du néant ?

Ne me regarde pas, tu ne verras plus rien.

Le temps a fait son œuvre.
Lentement, il s'est approché, de son pas reptiligne de couleuvre sinueuse.
Sûrement, il m'a enserré de son long temps-t'accule de pieuvre pulpeuse.
Efficacement, il a injecté son poison et dissous ma mémoire, mes amis, mes amours qui ne sont plus que vents pâles et frileux annonçant la rudesse d'un hiver qui promet, comme tous les hivers, d'être le tout dernier et qui vient s'ajouter aux hivers précédents, formant une couche épaisse de givre tétanisé qu'aucun soleil ne transformera plus en source vive et fraîche.

Ne me regarde pas, je suis déjà parti.

Je vais là où la douleur n'est plus qu'un souvenir.
Je vais là ou le temps prend le temps d'être un étang gitan exportant à contretemps des printemps militants en traitant d'incompétents des charlatans ventripotents comme autant de mutants impotents.

Je vais là où il n'y avait rien et qui dès lors tout contiendra.
Je vais là-bas.

Je vais au-delà de moi, au-delà des toits, je vais remplir un agenda sans mois où se côtoient des étoiles moites qui toisent, matoises, les émois toilettés des chamois cramoisis.

Je vais vendre mon âme aux ferrailleurs d'ici et acheter une arme affriolante.

Elle sera la dernière à me voir.
Elle pourra témoigner que je n'ai pas pleuré.
Elle pourra souligner qu'elle crût me voir sourire mais ce n'était que la chair qui s'était contractée, anticipant l'impact.


Un merle perché sur un bol.
Blackbird.
(photo de l'auteur - Yonne, 23 avril 2007)

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