Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Préambule à l'introduction d'une préface

Comme je te l'ai raconté récemment, j'ai un projet de roman en cours. Nonobstant le fait que j'en avais déjà un auparavant plus pas mal d'autres textes à finaliser, soit sous forme de nouvelles, soit sous forme d'articles de blog voire les deux voire tout autre chose.
Comme il faut bien, non seulement commencer quelque part (et si possible par le début mais tu fais bien comme tu veux) mais également terminer ce qui est commencé, j'ai décidé de publier un recueil de nouvelles avant la fin de cette année...
Année civile s'entend, soit avant fin décembre 2014.

Publier ne veut pas dire que tu trouveras l'objet en librairie (les délais sont un peu courts d'autant que je n'ai ni éditeur ni imprimeur sous la main et de toute façon comme repose-poignet, ce n'est pas très pratique). Ce sera donc sous la forme d'un fichier numérique à télécharger ici ou ailleurs, gratuit ou non, ou les deux mais peu importe, l'essentiel étant que tu ais quelque chose à lire.

Les nouvelles de ce recueil sont en cours d'écriture ou de réécriture mais j'ai déjà finalisé la préface. Oui, je fais aussi la préface, la couverture et le café !

Préface que voici.


Préface

Les nouvelles de ce recueil ont, pour la plupart, été publiées sur les blogs jumeaux « Le Loup & Le Chien » puis « Le Cynozophrène Mural » entre 2010 et 2013. Quatre sont inédites. Inédites voulant dire, préparées pour l’un ou l’autre blog mais jamais publiées. Une seule est réellement nouvelle. La catégorisation de cet ouvrage — nouvelles — est donc honteusement mensongère. Passons.

Ces nouvelles apparaissent ici remaniées, réécrites, repensées car il n’est pas possible d’écrire pour un blog comme pour un livre, fût-il anonyme sur l’étagère longiligne d’une librairie fermée pour cause de pêche à la ligne. Le blog et le livre, s’ils peuvent partager les mêmes textes, n’ont pas exactement la même valeur. Ils ne sont pas vecteurs des mêmes émotions. Ils ne sont pas lus pour les mêmes raisons. Ils peuvent, par contre, être parfaitement complémentaires.

Je profite d’ailleurs de cette préface pour signifier aux libraires que la publication en ligne n’est en rien incompatible avec l’existence de librairies de quartier. Je dirais même au contraire. Bien sûr, quelques adaptations sont à prévoir de la part des amoureux du texte — auteurs, lecteurs, libraires — notamment des adaptations matérielles (ordinateurs et imprimantes. . .) et intellectuelles (connaissance et utilisation des fichiers numériques). Mais la numérisation du livre n’est pas un couperet à leur beau métier : c’est un atout !
Un atout pour la diversité et l’indépendance de leurs stocks. Un atout pour la proximité des auteurs et du public. Un atout pour la perennité culturelle de l’écrit dont ils seront les garants.
Il y a pas mal de nouvelles choses à imaginer autour du concept de « livre numérique ».
Sauf à vouloir immédiatement devenir richissime et monopolistique. Mais est-ce le rôle d’un auteur ou d’un libraire de réduire le livre à un banal objet de consommation ?

Le seul métier du livre réellement menacé est celui d’éditeur. Et encore. Celui-ci pourra être assez facilement redéployé parmi les auteurs eux-mêmes ou, justement, les libraires.

Welcome back the future and the 18th century !

Je parle ici des « grands » éditeurs (par la taille de leur chiffre d’affaire). Ces maisons-là ont tué le métier et se sont en quelque sorte suicidées par leur pratiques éditoriales et commerciales, tant vis-à-vis des auteurs et des « petits » éditeurs que des libraires, et ce pour leur seul profit financier.

Rest in peace et bienvenue à l’avenir !

Le sujet est évidemment bien trop vaste et terriblement complexe pour être traité ici en totalité. Je tenais quand même à dire aux libraires de quartier que le numérique est une porte ouverte contre la fermeture des leurs ; fermeture qui ne devrait concerner que le monstre — dans tous les sens du terme — qui va jusqu’à usurper le nom d’une belle rivière sud-américaine et qui doit être combattu à la source (le monstre, pas la rivière) par les auteurs eux-mêmes : refuser de voir leur sang n’être qu’un item dans la base de données de la bête à laquelle il faut cependant reconnaître le mérite d’avoir conçu une des plus efficaces parmi les liseuses électroniques du marché.
Nobody’s perfect. Il ne manque plus qu’à cet appareil de basculer du bon côté de l’open source.

Je m’éloigne de ma préface et sans doute de mes compétences mais j’avais besoin de te le dire.
Bien. J’en étais où ? Quelqu’un a suivi ?

Sur un blog, mon écriture est plus immédiate, plus active, plus proche d’une conversation parlée puisque le but d'un tel support est de faire interagir lecteurs et rédacteurs. Bien que cela y reste laid, les fautes de syntaxe ou d’orthographe qu’on peut y trouver sont, au mieux, prises pour des facilités de langage, au pire, pour des étourderies. Le texte mis en ligne peut ainsi faire l’objet d’une réaction elle aussi immédiate de la part du lecteur qui ne s’encombrera peut-être pas, lui non plus, d’un Bescherelle ou d’un Grévisse.

Ce qui n’empêche pas, à l’instar des conversations parlées, d’aborder et de traiter des sujets complexes et intéressants. De faire évoluer des avis. De s’enferrer dans ses contradictions voire de faire la gueule !

L’énorme paradoxe (voire inconvénient) du blog est de pérenniser une parole qui s’est d’abord conçue comme éphémère. Un peu comme si, en entrant dans ton bistrot favori, la sono permettait de diffuser tes conversations enregistrées les jours précédents — quelque fût ton état — conversations agrémentées des réflexions des buveurs passés en ton absence.

C’est une nouvelle dimension culturelle à appréhender et comme pour toutes les révolutions cultutrelles (les vraies), par définition, il n’y a pas d’anticipation possible : il faut prendre le train en marche et se choisir une place : simple passager, contrôleur, bête humaine, fabricant de rails, vendeur de galeries marchandes pour transformer les halls de gares en villes dans la ville, etc.
Sur le web, il y a de la place pour tout et pour tout le monde, sans avoir besoin, au préalable, d’en massacrer les populations autochtones.
C’est un des vieux rêves de l’Humanité qui se construit aujourd’hui. Ce serait dommage de ne pas en être.

Le livre est un concept beaucoup plus sérieux. Ça ne rigole plus. Édité, découpé, imprimé, empaqueté, transporté, classé, feuilleté, acheté, rangé, prêté, oublié, il est une maille de l’immense filet tant rapiécé que constitue l’économie de la culture.

Pendant longtemps, le livre — incluant ses dérivés : lettres, journaux, magazines — a été le seul média de masse capable de transporter des idées, des savoirs, des techniques. Il en a conçu une légitime fierté mais, comme d’autres avant lui, a fini par se croire indispensable et reste figé dans ses concepts en partie éculés, tel un député conservateur qui ne regarderait que Versailles et ne verrait donc aucune raison d’accompagner les changements et bouleversements sociaux qui se font dans son dos.

Aujourd’hui, et ce depuis le début du XXe siècle, le livre doit rendre de plus en plus de terrain aux écrans. Cinéma, télévision et maintenant ordinateurs ont pris part à la diffusion des idées, des savoirs et des techniques.
Le grand écran a donné des visages précis — trop précis — à nombre de héros populaires, le petit écran a initié d’autres formes narratives, les écrans protéiformes des appareils numériques repoussent à leur tour les limites du terrain de jeu. Pour l’essentiel, le jeu est le même : transmettre. Mais les règles changent, évoluent. Les positions deviennent plus floues. Le receveur est aussi un passeur.
La traditionnelle partie carrée entre l’écrivain, l’éditeur, le libraire et le lecteur est devenu un bordel polygonique aux formes mouvantes et aux angles interchangeables.

Menacé dans sa forme plus que dans son fond par l’avènement du numérique, le livre est encore le réceptacle privilégié de ces étranges récits dont les écrivains sont les porteurs. Ce qui est nettement suffisant pour tenter de le ramener à la raison et de lui donner l’occasion de participer à cette nouvelle aventure.
D’autant que les rapports entre un écrivain et ses lecteurs n’ont, eux, guère évolués sur le fond.

Par exemple, ce livre (celui dont tu t’apprêtes à tourner les pages ou que tu parcours sur l’écran de ton choix) a été écrit pour environ cent-douze milliards de lecteurs — j’anticipe un peu sur mes chiffres de vente. Mais chacun le lira à sa façon. Un seul écrit engendre potentiellement une multitude de lecture.
Et c’est bien là que réside la « magie » de l’écriture. Je sais aussi que ce livre ne sera jamais lu par ce lecteur unique et terrifiant qui est à l’auteur ce que l’ombre est à l’arbre : né de lui mais refusant de l’accompagner dans sa course vers le soleil dont elle se protège, farouche.
Il y aura toujours quelque chose de caché dans un texte. Quelque chose d’inatteignable. Appelle-ça âme si tu penses qu’elle existe. Je penche plutôt pour ce fil invisible qui nous rattache toutes et tous à notre condition de vivant issu du vivant. Une part de notre mémoire commune, illisible par un individu mais nécessaire au groupe.

Et à cela, tradition orale, livre papier ou fichier numérique ne changeront rien.

Aucun fil rouge ne lie ces nouvelles entre elles. Elles peuvent donc se lire (et se relire !) indépendamment les unes des autres. Leur séquençage constitue néanmoins une progression logique bien que peu évidente. L’auteur se réserve le droit de ne pas tout dévoiler de ses inspirations.

Si tu as opté pour le format numérique, je te félicite. D’autant que tu pourras toujours l’imprimer si nécessaire. Et si tu décides d’imprimer ces pages, saches qu’un arbre te regarde et pleure.

Bonne lecture.

Fin de la préface


D'ici deux mois, j'y changerais peut-être deux ou trois petites chose mais l'essentiel est là.
Hey ! Ça te fera toujours ça de moins à lire !
Merci qui ?  :)


2 commentaires

  1. #1

    Par le à

    C'est pas demain la veille que j'utiliserai le format numérique (tu peux me réprimander !). Je passe ma journée devant un écran, il est hors de question que j'y passe aussi mes moments de loisir, beurk... Mais pour toi je suis prête à faire une exception ;-)

    L'évolution du numérique dont tu parles si bien me rend bien triste. Les jeunes -et moins jeunes- sont devenus complètement toxicos avec leur écran. Mon garçon ne décolle jamais, il ne sort jamais, ne voit jamais personne (il les retrouve en ligne, pas besoin de se déplacer), il ne s'intéresse à rien d'autre qu'à ses jeux et tout ce qui circule sur le net. Ma fille ne veut plus voir une de ses anciennes copines (ce qui ne nous arrange pas car on s'entend très bien avec les parents, ils sont devenus des amis) car celle-ci passe tout son temps sur son portable ; ma fille s'ennuie fer en sa compagnie.

    Les gens se rencontrent mais n'ont plus rien à se dire de vive voix... il faut un écran. Bien évidemment il n'y a pas que du mauvais, loin de là. On peut, par exemple, communiquer avec les monde entier, multiplier les correspondants en Angleterre ou en Australie (d'ailleurs j'en cherche :-) . Tu te rends compte que des jeunes -non pas les ados mais ceux avec un peu de maturité- organisent des soirées sans portables !!! tout le monde met son smartphone dans un panier en arrivant chez l'hôte et n'y touche plus. Dingue...

    PS : J'aimerais comprendre en quoi exactement la numérisation du livre n’est pas un couperet au beau métier de libraire... ? Quel est c'est atout ?

  2. #2

    Par le à

    Un fichier numérique, ça s'imprime. ;)

    Sinon pour les libraires, ça peut leur permettre d'avoir leur propre stock et non celui vendu de force par les éditeurs ; ça peut leur permettre d'imprimer à moindre frais des livres avec leur logo ; ça peut leur permettre de favoriser l'émergence d'écrivains locaux ; ça peut leur permettre tout simplement de vendre des livres qu'ils ont vraiment lu et aimé afin d'en faire une promotion autre que commerciale ; ça peut leur permettre de coupler leur échoppe avec le bar voisin pour organiser des ateliers d'écritures ou des dédicaces et de maintenir ainsi une vie de quartier, etc.
    Bref ça leur permettra de retrouver leur indépendance, de se spécialiser, de mieux gérer leur stock, et de vendre des livres plutôt que des produits éditoriaux.
    Sans compter toutes les possibilités auxquelles je n'ai pas pensées ! :)

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