Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Une synthèse à peine caricaturale du discours politique actuel

Si tu es à table, si tu t’apprêtes à y passer ou que tu en sors juste, ne lis pas ce qui suit, c’est vraiment dégueulasse. Mais il faut bien que la nature fasse valoir ses droits. Je vais tenter de te raconter ça en termes choisis mais sans aucune garantie que ces termes annihilent un tant soit peu l’horreur des images que ton cerveau va être capable de créer. Te voilà prévenue ! Tu te réjouiras cependant qu’un connard a pu me priver d'appareil photo, ce qui te dispense d’un article illustré.  :)


De tous les inconvénients qu’il y a à vivre et dormir dehors, il en est un qui est rarement abordé et qui prend souvent au dépourvu le novice. Celui des déjections. Tu ingères, tu digères mais sans que j’exagère, tu gères difficilement le dépôt de tes encombrants.

Pisser est un moindre problème, surtout si tu fais partie de la petite moitié de la population qui pisse debout et parfois face au vent en cas d'envie urgente. Quand tu réalises que tu peux te satisfaire, là, tout de suite contre un mur, une palissade ou un arbre (pardon, les arbres), toute ton énergie se mobilise pour tenter d'endiguer la précipitation du flux impatient, d'autant que le froid n'aide pas toujours à te dégrafer rapidement. Du coup, ton cerveau se déconnecte et rate les analyses météorologiques qui t'auraient permis de ne pas t'éclabousser. Comme il rate aussi le fait que quelqu'un avait déjà pris place derrière ce même arbre…

Bref, pisser, on s’arrange toujours. Le plus dur, c'est de trouver un endroit pour poser peinard ta crotte. C'est réellement un combat de tous les jours.

Car, sauf accident ou urgence plus qu’absolue — ce qui m’est arrivé mais je n’irais peut-être pas jusqu’à t’en dresser les plus infimes détails — tu chies assez rarement en pleine ville et en plein jour contre un mur, une palissade ou un arbre. Tu utiliseras plutôt les toilettes que tu pourras trouver au troquet, à la bibliothèque, dans les gares ou te rabattras sur les inénarrables mais très utiles sanisettes.

Les toilettes des troquets sont toujours réservées aux consommateurs. Pour le coup, faire partie de la grosse moitié qui a ou a eu de régulières sanguinolences peut permettre de contourner cette interdiction surtout si c’est une congénère qui tient le bar. Et pour être consommateur, ne serait-ce que d’un café, il te faut un peu de monnaie, ce qui n’est pas toujours évident lorsque la fin du mois commence le vingt, le quinze voire le dix pour certains. Ce qui t’interdit les toilettes des gares pour la même raison (entre vingt et cinquante centimes d'euros selon les gares).

Et ce n’est pas parce que ces toilettes sont payantes (troquets et gares) que tu es assuré de t’épancher dans un havre sanitaire d'une blancheur plus immaculée qu'un rassemblement de colombes sur les flancs du Mont Blanc. Je t’épargne la mauvaise qualité du papier — quand papier il y a — à côté duquel n’importe quel journal ressemble à de la ouate premier âge — sauf Le Figaro puisque son propriétaire s’est déjà torché avec. À force, tu essaies d'avoir toujours sur toi du papier confortable que tu auras prélevé avec avidité là où tu auras pu en dénicher. Il peut aussi arriver que l’eau avec laquelle tu es censé te laver les mains n’arrive pas jusqu’au robinet mais s’écoule tranquillement à tes pieds. Entre autres joyeusetés, dans ces toilettes qui échappent à toute norme (mais que fait l’Europe ?), citons en vrac : la porte qui ne ferme pas (ou qui ne s’ouvre plus), les rampants inconnus du Muséum, les graffitis obscènes et parfois drôles (j’ai le souvenir d’un « Je suce mieux que ta mère ! » suivi d’un numéro de téléphone que je n’ai pas noté, l’auteur (ou l’auteure ?) réclamant qu’en échange on lui martyrise le fondement tel un soudard ivre, or je ne bois plus), jusqu’à la contemplation imprévue du contenu des entrailles de ton prédécesseur qui s’est tant fatigué à pondre tout ça qu’il n’avait plus la force d’appuyer sur le bouton de la chasse d’eau…

Je ne te parlerais pas des toilettes gratuites des jardins publics qui servent de lieu de drague ou de rendez-vous. Amis du romantisme et des fleurs sauvages, je vous salue !
À chaque fois que j'y pénètre (dans les toilettes) j'ai toujours l'impression de déranger de naissantes idylles. Et cet énergumène qui n'a pas hésité à me suivre, tentant de s'incruster de force avec moi. Mais enfin monsieur… mais laissez-moi pisser, merde ! Je ne me souviens pas de ce qu'il m'a dit (d'autant qu'il mâchait je ne sais quoi en bavant comme un bouledogue affamé) mais il a fallu que je le menace sincèrement de pisser sur son cadavre fraîchement démembré pour qu'il consente à me laisser uriner tranquille, et bien que tranquille n'est pas le mot qui convient. Sale type !
Pense à réserver le passage par le jardin public le matin à l'ouverture. C'est moins fréquenté. Et pas encore souillé.


Et puis il y a les sanisettes.

Belle invention, les sanisettes. Réalisation bâclée, fonctionnement aléatoire, nombre ridicule (seulement 400 pour tout Paris) mais belle invention.
Sur dix sanisettes, deux sont en panne. Il en reste huit dont quatre sont déjà occupées. Et sur les quatre restantes, deux seulement sont praticables. Et encore ne faut-il pas être trop hygéniste… Il faut savoir que le système de lavage de ces sanisettes est extrêmement efficace lorsque ladite sanisette est propre. Par contre, dès qu'il faut gratter un peu, y'a plus personne ! D'autant que ces petites cahutes sont parfois victimes de chieurs d’élite. Des sortes de mother(dé)féqueurs qui se sont fait greffer une kalashnikov à la place de l’anus. Les plus entraînés arrivent même à chier sur les murs, jusqu’à hauteur d’épaule ! Et pas de l'épaule d'agneau ! Je ne demande pas à voir le ralenti mais la curiosité me titlle quand même un peu… Que remporte le gagnant d’un tel concours ? Son poids en boudin ? Son âge en pruneaux d’Agen ? Une médaille en chocolat mou ?

Pour le principe, je te brosse rapidement le schéma de fonctionnement d’une sanisette.

À l’extérieur, près de la porte, tu as quatre voyants de quatre couleurs différentes (oui, tu peux aussi t’en servir pour décorer ton sapin !).
Vert, la voie est libre ; orange, c’est occupé ; rouge, c’est hors-service ; bleu, c’est en phase de nettoyage et algorithmiquement ça se situe donc entre le orange et le vert… Je ne sais pas ce qu’en pense l’arc-en-ciel.

Quand c’est rouge, tu passes ton chemin et tu poursuis ta quête de la sanisette idéale, tel le chevalier de la cuvette ronde, Lancelot bucolique ou Don Quichie revanchard. Suivant le quartier dans lequel tu te trouves, tu sais à peu près où trouver la suivante avec seulement deux chances sur dix qu’elle soit verte et praticable.
Quand c'est orange, tu prends ton mal en patience et tu sautilles d'un pied sur l'autre en insultant silencieusement mais copieusement l'intrus pour qu'il libère la place. Normalement l’occupation maximum est de vingt minutes. Ce qui peut être très long quand ton slip menace de se suicider.
Quand c’est bleu, tu attends gentiment que le voyant passe au vert en espérant très fort ne pas tomber sur la sanisette d’entraînement d’un chieur d’élite. Il m’est arrivé qu’une de ces saloperies de sanisette passe directement du bleu au rouge ! Et là tu sens poindre le drame. Et tu te dis que si tu n’en trouves pas une autre rapidement, tout le quartier va le sentir le drame !
Quand c'est vert et praticable, d'un coup la ville se pare de fleurs multicolores aux senteurs paradisiaques et les gens sont beaux et gentils ! Ta vessie te dit merci et ton sphincter arrête de se taire. Ce qu'il peut être bavard parfois !

Évidemment, l'entreprise qui a conçu ces sanisettes — et qui est aussi celle qui a conçu le système de vélo en libre service, les abribus pour la RATP, les panneaux publicitaires à affichage intermittent et donc le captage systématique des marchés publics de la Mairie de Paris, n'a pas cherché à faire simple et fonctionnel.
Pourtant il y avait moyen de faire des choses sympas.

D'abord, en doubler (a minima) le nombre.
Puis que l'état d'occupation soit visible de loin. Surtout pour moi qui distingue mal les couleurs. À part le voyant bleu qui est d'un bleu électrique et aveuglant, les autres couleurs sont assez fades et se différencient assez peu à moins de cent mètres. Or, il se trouve que sous le toit des sanisettes, court un néon d'un bête blanc-cassé et qui aurait pu justement être remplacé par les indicateurs d'état. Visible de beaucoup plus loin et participation aux lumières de la ville.
Un truc cool aurait aussi été une ouverture 24h sur 24 au lieu d'un mesquin 6h/22h. Comme s'il n'y avait personne à errer la nuit dans Paris. Je parierais presque que ces horaires sont ceux des services de nettoyage de la ville…

Et puis le nettoyage ! Comment la mairie a-t-elle pu laisser passer cette arnaque absolue ?
Puisqu'on en est à repenser aux fonctionnalités amélioratives (je n'avais jamais pensé à utiliser ce mot avant de l'avoir croisé ce matin dans le métro sur un pannonceau indiquant que la RATP effectuait là des travaux de « maintenance améliorative » ce qui m'a amené à remarquer que j'ignorais qu'il pouvait exister de la maintenance dégradative mais il est vrai que je n'utilise aucun des logiciels de chez Microsoft®), il n'eût pas été plus compliqué de concevoir et de construire des toilettes doubles avec une cloison étanche pour les séparer. Ainsi quand l'une est occupée, l'autre passe au nettoyage avec une gestion améliorative du processus, genre un brossage croisé comme pour les voitures afin d'aller avec force jusque dans les recoins et pourchasser sans pitié les moindres particules de caca intégristes. Et aussi : puisque ces toilettes sont censées être nettoyées de fond en comble, pourquoi s'emmerder à installer des cuvettes classiques qui s'encrasseront de toute façon ? Une cabine circulaire (plus facile pour les brosses) dans laquelle tu pisses et chies directement au sol serait plus efficace à tout point de vue. OK, tu ajoutes des barres de maintien, de vrais crochets ou étagères pour poser tes fringues et tes sacs, un vrai miroir, une borne wifi, un distributeur d'expressos, etc.

Dans la même veine améliorative, cette entreprise aurait pu développer une application mobile digne de ce nom.
Grâce à la géolocalisation (si elle est activée) tu devrais pouvoir savoir en temps réel quelle est la sanisette la plus proche et quel est son état. Ou plutôt sa couleur. Pour ce qui est de l'état des lieux, une appli capable de détecter les chieurs d'élite devrait pouvoir aussi leur interdire l'accès. Ou passer directement au bleu sitôt qu'ils sont entrés…  :)


Tu peux retourner à la cantine. Bon appétit !  :)


2 commentaires

  1. #1

    Par le à

    Sur ce sujet on est vraiment en retard...
    On avait été étonné en Corée de voir le nombre de toilettes accessibles, propres et gratuites. Pas seulement en ville (ou tu en as à chaque station de métro), mais aussi en pleine campagne. Des points d’eau potable aussi.
    Le minimum quoi…

  2. #2

    Par le à

    Je ne vais quand même pas aller jusqu'en Corée.
    D'autant que je suis capable de me tromper de métro et de me retrouver à Pyong-Yang-Étoile plutôt qu'à Porte de Séoul ! :)

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