Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Écrire #7 (a fraud it's child)

En marge, bien qu'étroitement dépendante, des quelques réflexions sur l'univers (sa vie, son œuvre) qui peuplent actuellement mes esquisses d'embryons de brouillons, permets-moi une petite parenthèse pour constater ceci : la fraude est le principe de base, l'essence même de l'apparition de la vie, cette anomalie de l'univers. La question devient donc : si au lieu de lutter contre la fraude, on lui laissait un espace pour s'exprimer librement ? Tu crois que ma conception de la liberté d'expression va vraiment trop loin ? Viens voir.


Préliminaires

Ce que je vais te livrer ci-dessous est du vrac, écrit à la va-vite. Pour plein de raisons.

D'une part, ces embryons d'idées forment la trame de quelque chose de plus important (en volume) destiné à prendre place dans ma future librairie en ligne pour laquelle je n'ai pas encore écrit la moindre particule de code mais dont les concepts de base commencent à s'affiner.
D'autre part, de mystérieuses et redondantes rêveries éveillées m'amènent à croire à une fin prochaine. Ce n'est peut-être qu'une mauvaise interprétation de ma part mais tout de même : la fatigue physique est là, de plus en plus lancinante et handicapante. Ce n'est sans doute qu'un manque de sommeil dont profite une « fraude » inconsciente pour me forcer à étaler mes brouillons moi qui désirais consciemment n'en laisser aucun…

Avant donc de t'expliquer en quoi la fraude est l'essence de la vie et nécessite à ce titre la conservation d'un jardin sauvage où faire germer fraudaines et fraudaisons, faisons une petite promenade buissonnière du côté de chez Rousseau puis au-delà, chez Nietzsche.

Ce qui me ramène constamment chez l'un et l'autre — nonobstant leurs noirceurs, leurs contradictions, leur lyrisme parfois outrancier et leur étrange « humanisme » dont est évidemment exclue la moitié féminine de l'humanité — ce que j'apprécie tout particulièrement dans leurs œuvres, est la qualité — l'extrême qualité ! — de leur écriture. Les deux sont aussi musiciens et c'est par eux — par leur écriture — que m'est venue cette idée étrange de « musique primale », cette enveloppe qui contient, fabrique, disperse et complexifie l'univers. L'écriture, c'est aussi de la musique. Et c'est peut-être le seul point d'accord de ces deux philosophes.
Un philosophe qui ne serait pas d'abord un écrivain ne serait qu'un caquetier. Un camelot. Un contrebandit. Une erreur.

Bien que ce que racontent ces deux monstres est assez souvent complexe et, à la lumière d'aujourd'hui, un tant soit peu foutraque, leur lecture est infiniment agréable voire envoûtante, tant, chacun dans son style, dégage intelligence et puissance. Dans mon jeune temps, ce fut une forme de révélation de découvrir qu'on pouvait lire juste pour le plaisir que procurent des suites de mots dont on ne comprend que des bribes. Lire sans apprendre. Sans appréhender de ne pas compendre. Comme admirer un paysage dont on ne distingue pas complètement les détails mais qui dégage une cohérence, une unité, un bien-être. Comme un musicien peut jouer une partition sans pour autant comprendre la langue du livret l'accompagnant. Cette découverte a évidemment renforcé mon désir, mon envie, mon besoin d'écrire. Sans (trop) chercher à copier ces deux styles si particuliers.
Impossible de toute façon : trop beau, trop haut.

L'écriture est à la fois la peinture des idées et le révélateur photographique de leurs cheminements. Elle est la radiographie qui révèle leurs courbes, leurs ombres, leurs à-plats. Elle est aussi la cartographie de leur évolution. Car les idées coulent rarement toute entière de la plume du philosophe : elles arrivent par petits paquets désordonnés et incomplets, à charge pour ce dernier d'y mettre un semblant d'ordre. Je crois t'avoir expliqué par ailleurs que nous ne sommes que des antennes à idées. Chacun d'entre nous est à la fois un récepteur, un transformateur puis un émetteur. Nous captons tous les mêmes choses, ces mêmes petits paquets désordonnés et incomplets, mais nous les transformons et les restituons différemment. D'où la diversité, le capharnaüm, l'immense bric-à-brac anguleux et fragile que constitue le monde de la philosophie écrite.

Et pour tout te dire, je crois bien que ce qui me ramène sans cesse aux pages de ces deux auteurs n'est pas tant la communion avec certaines de leurs idées — qui, selon les sujets, sont bien souvent contradictoires — que l'appariement avec nombre de leurs défauts ! Je crains de n'être qu'une synthèse calamiteuse de leurs fraudulations là où j'aurais aimé réunir leurs fulgurances et leur antinomie.

Dans une autre vie, peut-être. Ou, plus précisément, une autre rêverie…

OK et la fraude dans tout ça ? J'y viens. Prend déjà conscience qu'annoncer un sujet et en traiter un autre est déjà en soi une fraude. Puis faire de la fraude l'essence de la vie pour justifier mes incessantes digressions en est peut-être une autre…


Attention : à partir d'ici, ça devient bizarre. Encore plus bizarre, si tu veux. Les idées qui suivent te sont livrées brutes et ne seront ni reprises ni échangées. Tout dérangement mental ou comportemental qui suivrait leur lecture ne me sera pas imputable. J'ai bien assez à faire avec mes propres dérangements. Et arrête de m'embêter avec cette chemise qui s'attache dans le dos, tu vois bien qu'elle est à ma taille…


Vrac 1

Fraude (subst. fém.) : action de tromper, d'abuser autrui en contrevenant aux règlements, d'employer la ruse pour le mystifier. [Source]

La fraude est une erreur. Une erreur volontaire. Une falsification.

Dans l'univers, cette fabuleuse machine à créer des étoiles comme autant de notes sur une partition aux portées infinies, l'ennui est la norme : exception faite pour le nombre des astéroïdes qu'elles contiennent, toutes les galaxies se ressemblent dans leur conception. De leur apparition à leur extinction, les processus d'extension, de gravitation, de formation des planètes sont intrinsèquement identiques. Il a donc fallu, pour que la vie apparaisse et se maintienne sur Terre, un détournement de certains de ces processus. Il est possible que ce détournement fut favorisé — initié ? — par la physique particulière de la Terre dans sa distance par rapport au Soleil et la constitution de son magma.

La vie sur Terre serait donc une fausse note, une faute d'orthographe, un mensonge ?
Ce qui pose d'emblée un problème : si la fraude est une erreur volontaire alors il y aurait volonté de l'univers d'inventer la vie. La dérive mystique (fraude elle aussi) n'est pas loin… La difficulté ici (OK, l'une des difficultés) est de s'entendre sur le mot « volonté ». Ce qui devrait être fait dans la version longue de cette histoire. À moins que je puisse recourir à une fraude, un moyen élégant et subtil pour contourner durablement cette difficulté !  :)

Note supplémentaire : cette volonté de sortir de l'ennui, d'essayer un truc marrant, a produit — involontairement ? — un phénomène qui a perduré, qui s'est échappé, qui est quasiment devenu autonome au point de parvenir à expliquer, peu ou prou, son origine. D'où, parallèlement au progrès de la raison humaine, la mise en œuvre de cette autre fraude que fut l'invention des religions. Histoire de freiner la machine. Car l'arrêter est impossible.


Vrac 2

La fraude est donc le principe de base, l'essence même de l'apparition de la vie, cette anomalie de l'univers. Cette anomalie est d'ailleurs parfaitement isolée sur la planète Terre et sur elle seule.

À l'instar de la commande chroot des systèmes Unix® :

Cette commande permet d'isoler l'exécution d'un programme et d'éviter ainsi la compromission complète d'un système lors de l'exploitation d'une faille. Si un pirate utilise une faille présente sur l'application chrootée, il n'aura accès qu'à l'environnement isolé et non pas à l'ensemble du système d'exploitation. Cela permet donc de limiter les dégâts qu'il pourrait causer.

Je te ferais des petits dessins explicatifs plus tard.

Sans civilisation, pas d'écriture. C'est ce qui distingue le plus sûrement l'Homme, non seulement de l'animal mais de tous les êtres vivants : suppléer aux moyens naturellement mis en œuvre au cours de la lente évolution des êtres et de leurs besoins en communication, par des conventions d'autant plus arbitraires qu'elles ne sont pas unanimes. Chacun peut créer son alphabet, son dictionnaire, sa langue et participer ainsi à la confusion déjà présente dans la communication globale entre les être humains. Et quel terrain de jeu pour la fraude ! Traduction, ironie, sens caché, jeu de mot, contrepèterie, litote, poésie… l'écriture est le plus bel aveu qui trahit la fraude originelle.

Écriture et non transcodage. Je me hérisse chaque fois que je lis que l'écriture fut inventée à des fins comptables ! Mon cul ! Les premiers signes tracés à dessein comptable ne sont que du transcodage. Comme le sont les empreintes des sabots qui permettent le comptage du troupeau et parmi celui-ci le nombre d'adultes et de petits. Ce transcodage étant trop précis — comment frauder ? —, il a bien fallu y ajouter des accents, des signes, des embrouillaminis qui distingueraient la valeur énoncée du transcodage de la valeur réelle de l'objet transcodé. Ce sont là aussi des fraudes. Qui furent peut-être d'abord des erreurs et qui, en se répétant, en se répondant, en s'organisant, masquèrent l'aridité des chiffres sous une pluie de lettres.

Ce principe de fraude est aussi ce qui me permet d'affirmer (car je sais être aussi stupidement péremptoire) que les robots — je t'en ai déjà parlé — ne domineront jamais l'homme et resteront ad vitam des machines. De stupides machines ne sachant pas frauder. Tomber en panne, se tromper (à cause d'une erreur de programmation), devenir les plus fins analystes de ce côté-ci de l'univers, pas de souci : ça arrivera d'ailleurs très vite. Mais frauder, se tromper volontairement dans l'exécution d'un programme, non. Dans Intelligence Artificielle (IA), il y a un mot de trop et ce n'est pas « artificiel », c'est volontaire, c'est une fraude !  :)


Vrac 3

Il y a aussi cette idée foncièrement bizarroïde dont je n'arrive pas à me débarrasser et qu'il faudra que je t'explique un jour en détail parce qu'elle est à l'origine de ce que tu viens de lire : la fraude comme nécessité appliquée à l'économie. C'est-à-dire, permettre à côté de l'économie réelle, non pas une économie qui ne serait pas réelle (comme l'actuelle), mais une économie parallèle (qui existe déjà mais qui ne joue pas vraiment son rôle).
Étant donné que c'est encore plus fumeux que le reste, cette dernière partie s'arrête (provisoirement) ici.


Et pour encore t'embrouiller un peu plus, il ne s'agit nullement d'une apologie de la fraude. Simplement de reconnaître qu'elle existe. Qu'elle pré-existe. Et si dans beaucoup de ses aspects constatés au niveau individuel elle est néfaste (car c'est en soi une fraude que de détourner cette fraude), elle peut, au niveau global, nous aider à mieux gérer notre monde.

Quant à la fraude sur le titre abscons de cet article : musique !


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