Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Fluctuat Nec Fermeture

Non, ce blog (non plus) n'est pas fermé. Mais on n'a qu'une vie de vingt quatre heures chacune !  :)
En marge. Histoire de prendre le large et que se décharge la barge et son trop-plein de barges qui commencent à sérieusement me taper sur les nerfs. Une histoire incomplète qui fera partie d'un futur recueil genre "polar noir". Ou gris foncé. Ou blanc nuit. Va savoir. Sortie prévue courant 2016, puisqu'auparavant la librairie accueillera au moins trois ouvrages en cours d'écriture dont un sera en ligne — normalement — à la fin du mois.

Assied-toi et frissonne. Ou marre-toi.


( … )

La tête de ses collègues quand ils m'ont vu m'asseoir tranquillement à son bureau, sortir mon PC portable, chercher (puis trouver) une prise pour le brancher et commencer à taper ce qui suit ! Le mot « ahuri » multiplié par cinq sur les six personnes présentes. La sixième s'était évanouie et personne ne semblait vouloir s'occuper d'elle.

Et alors ? Je n'allais tout de même pas m'enfuir. Je n'ai plus les jambes pour cela. Et puis je me fous bien de ce qui pourra désormais arriver. La police devrait être là d'ici moins de cinq minutes, dix au grand maximum. Ça me laisse le temps, maintenant que ma frappe au clavier est devenue rapide et presque efficace, de te raconter le pourquoi de mon futur emprisonnement. Car je ne vois pas comment j'y échapperai. Même avec le meilleur avocat du monde. D'autant que je vais plaider coupable, comme dans les films. Je vais même le revendiquer de lui avoir réglé son compte à cette mégère acariâtre et fascisante ! Je ne l'ai pas fait que pour moi. Pour les camarades aussi. Nous voilà libérés. Eux surtout, forcément.

Au pied du bureau, cent vingt-cinq kilogrammes de pure méchanceté sont en train de refroidir dans le gras translucide qu'elle avait patiemment entassé pendant les six décennies où elle a fait chier son monde. Car je suis certain que déjà toute petite, elle trépignait jusqu'à ce qu'un de ses parents cède (puis décède de honte). Je suis quasiment sûr qu'elle rechignait à dire bonjour, merci, au revoir. Je donnerais ma main à couper qu'elle s'alignait sur les standards les plus pointus en matière de saloperies ignominieuses. Je suis prêt à parier qu'elle ne s'indignait jamais de croiser des chats à demi écrasés et des oisillons tombés du nid à moitié dévorés par la moitié du chat qui respirait encore !

En attendant, j'ai bien fait d'opter pour ce type de PC portable. Solidité garantie. Le choc avec son crâne ne lui a même pas éraflé la résine. Le crâne, par contre, a morflé. D'ailleurs ce n'est plus un crâne. Il faudra un spécialiste en paléontologie pour en reconstituer le volume avec les fragments qui jonchent les six mètres carrés de son bureau.
On a du mal à imaginer que le cerveau est un organe absolument extraodinaire, à le voir comme ça, gélatine sanguinolente qu'on pourrait confondre avec une grosse éponge sortant effarée du menstrueux vagin d'une monstrueuse harpie, telle qu'on en trouve chez Hugo ou Colette. Les glaires, surtout, n'aide pas à admettre que le machin qui en produit d'aussi filandreux a aussi produit des concepts, des machines, des œuvres, des fantasmes et des rêves. Le mien, à ce moment précis, est en phase de questionnement. Je le sens regarder son propre crâne et se demander « to bide or not to bide ? » comme un Hamlet faiblard qui n'aurait toujours pas compris la vraie nature de Shakespeare, ce punk avant l'heure, plus proche de Rabelais, finalement, que d'un Corneille ou d'un Racine.

« To bide » si je cède à mon envie de délabrer un peu plus ce corps obscène à coups de pieds dans le bide. Car même morte, sa chair blanchâtre de marâtre évoque les poisons des Borgia. Ses lèvres qui n'embrassèrent jamais que des anus de boucs en rut en gardent la rêche constitution de gouttière à caca.
« Not to bide » si je veux éviter de m'en prendre un devant le tribunal en aggravant mon cas. Telle qu'elle git là, son gilet ouvert sur un poitrail sans seins, ça peut encore passer pour un homicide « involontaire »… Pourquoi tu ris ? Par contre, si je la travaille un peu plus, je vais avoir du mal à faire passer l'œuvre ainsi produite pour un hommage à Orlan !

( … la suite (et peut-être aussi le début), courant 2016…)


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