Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Saoûle et pavée, la rue qui descend à la plage

Ce semblant de poésie tombe assez mal en terme de timing mais aussi, peut-être, en tant que poésie.
Mauvaise poésie (ou pas) parce qu'elle n'est pas vraiment terminée. Lis-la, comme la porte, mais surtout comme une ébauche. Elle prendra certainement un peu plus d'allure le jour où elle sera publiée en compagnie de ses sœurs tout aussi inachevées.
Mauvais timing surtout parce que nos amis belges ont aujourd'hui besoin de ce qu'ils nous ont donné hier : de l'amour et du courage. ♥ Belgique !


Les bateaux se pénétraient d'acanthes ensoleillées et néanmoins funèbres.
Les digues n'étaient plus que des paupières mi-closes et submergées de larmes.
Tout ce qui auparavant s'égayait dans le sel, se voyait aujourd'hui balloté par le vent.
Car à mesure que se vidait l'abysse, à mesure se remplissait la ville.

L'eau atteignait maintenant mes chevilles.
Je la sentais monter comme une fièvre douce qui laissait sur ma jambe de troubles pointes d'eau comme autant de balises géolocalisées pour les vagues suivantes.

Bien agrippé à la rambarde, j'assistais serein à cette fin du monde que j'avais, dans mes rares moments de pure euphorie animale, imaginé moins humide.
D'ailleurs jalouse, la pluie ne tombait plus du ciel mais ruisselait directement depuis les hauts plateaux comme un chien qui demande pardon, en rampant sur le dos la queue entre les jambes.
Observateur privilégié et impatient, j'attendais qu'une lame plus distraite ou beaucoup plus affûtée m'élève comme une paille et me force à voyager une fois encore auprès de mes contemporains qui disparaissaient les uns après les autres dans des tourbillons de pneus incandescents, de bétons désarmés et de métaux rougis.

Les grands oiseaux luminescents bourrés d'ogives et oints de vanité explosaient avant même d'avoir pu s'approcher de la rive et leurs entrailles irradiantes libéraient sur la ville un fol artifice orangé strié de brèves mais puissantes violassures électriques.
Mais était-ce encore la ville ces ruines vaporeuses ?
Était-ce encore la ville ces corps sans membres, ces arbres sans racine et ces rues sans pavé ?
N'était-ce pas déjà le début d'une autre fin ?

Dans mille ans, dans dix mille ans — mais qui sera assez fou pour réapprendre à les compter ? — dans ces temps où « bientôt » et « jamais » seront des synonymes ; dans ces temps où le temps et l'espace ne s'accoupleront plus ; dans mille ans, dans dix mille ans, dans dix minutes peut-être, j'aurais fini d'écrire.

Je poserais mon cerveau — du moins ce qu'il en restera — sur un monticule de sable comme en font les enfants et je parierai sur le nombre de houles qu'il faudra à l'océan avant qu'il ne récupère son dû et qu'il se promette, aux pieds fatigués des falaises consumées, de ne plus être cette paillasse négligée sur laquelle des laborantins en déroute blanchissent de l'ADN pour le compte en banqueroute des trafiquants de chromosomes et des marchands d'infâme.

Un jour, la fin du monde prendra fin. L'eau, mêlée de sables toxiques et de carcasses aux os poreux, se retirera dans les confins du globe. Le temps de se ressourcer. De s'éclaircir. Puis de rejaillir, lyrique et somptueuse, par les mille anfractuosités que les roches lui auront préparé.

Mais qu'importe puisque le fil est désormais rompu. Puisque le tout premier rire du tout dernier marmot ne jaillira pas, somptueux et lyrique, de sa gorge tranchée.


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