Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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#NuitDebout ne nuit pas à la santé

Je n'arrive pas à me passionner pour. Je m'y intéresse, bien sûr, mais je regarde tout ça de loin. Comme si cela ne me concernait pas vraiment. Alors que. J'ai tellement écrit sur le sujet. J'en ai tellement parlé. Je l'ai tellement attendu. Peut-être que ça arrive trop tard. Trop tard pour moi. Ce qui confirmerait que j'ai toujours un aussi grand talent pour me tromper systématiquement de génération quant à mes choix musicaux, culturels ou politiques. À moins que cela ne signifie, plus simplement, que j'ai déjà passé trop de nuits debout.


Procédons de manière rigoureuse et scientifique. Euh… OK. Faisons comme d'habitude. En vrac et à l'arrache.

Première constatation.
Il semble qu'il y a assez peu de monde réellement actif dans ce mouvement. Combien, exactement, je n'en sais rien. Mais tous les soirs où je suis passé m'informer sur la place de la République — qui pour le coup mérite bien son nom — j'y ai toujours vu la même chose : des témoignages plus ou moins intéressants sur l'origine du mouvement, des tribuns plus ou moins intéressés pour récupérer le mouvement, des comploteurs, des rêveurs, des casseurs, des policiers en civil, des journalistes, des badauds, des vendeurs de merguez, des alcooliques, des touristes, des jardiniers, des jeunes, des moins jeunes, des plus tout jeune, et moi qui repart avec plus de questions que je n'en avais en arrivant.

Deuxième constatation.
Tout déstructuré qu'il est actuellement, ce mouvement est porteur de beaucoup (beaucoup trop ?) d'attentes. Parfois contradictoires. Parfois antagonistes. Ouvertement assumées pour certaines. Secrètement espérées pour d'autres.

Troisième constatation.
Ce mouvement tombe à pic. Pas pour ceux qui l'ont mis en place (et sur la place). Qu'ils semblent autant contrôler qu'il est possible de contrôler un train que tu prendrais en marche. Ce mouvement tombe surtout très bien pour tous ceux qui rêvent d'un immense état policier. Il tombe à pic pour les politiciens de tous bords. Qui en feront soit une diversion à leur incompétence soit un substitut à leur inconsistance.

Quatrième constatation.
Le mouvement n'a absolument aucun programme. Et ça c'est cool. Il y a bien des aspirations écolo-économico-socio-bobo-coco-dodo-rigolo mais on sent bien que ce ne sont que des relents d'anciennes AG étudiantes préparant le Grand Soir le temps de remettre la main sur le décapsuleur.

Cinquième constatation.
Tu iras voir par toi-même. J'y retourne ce soir. S'il ne pleut pas. Le mouvement est en train de faire des petits. En régions. En Europe. En attendant d'embraser (d'embrasser ?) le monde.

Le monde. Je vais arrêter de t'en parler. Tu n'écoutes pas. Ou alors tu t'en fous. Et tu as bien raison. Dans les deux cas.

Je te parlerais bien à nouveau de football. Mais le football ne parle que du monde. Deux matches, aux antipodes et dans la même semaine. Un PSG-City qui ressemblait à un débat Hollande-Juppé : mou, sans imagination, sans talent mais ultra-médiatisé. Et puis ce Liverpool-Dortmund relégué dans la page des faits divers mais qui était ce que la folie du monde produit de meilleur. Improbable. Dangereux (pour les cardiaques). Immoral. Et donc immémorial.

Liverpool et ses quatre mômes improbables qui chantaient « All you need is love ». « Come together » également. Et puis « Revolution ». Tout un programme. Qui est peut-être celui des #NuitDebout.


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