Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Le tournant du siècle

Les siècles ont des inclinations que certains prennent pour des virages. Et qu'ils qualifient en conséquence de « tournants ». Pourquoi pas ? Sauf que la métaphore ici est trompeuse et sous-entend un changement de cap quand il ne s'agit, en fait, que d'un soubresaut plus ou moins accentué. Et si l'ensemble de ces soubresauts forment bien un arc-de-cercle, l'ensemble de ces arcs-de-cercle est encore trop méconnu pour qu'on en déduise qu'il formera, à terme, un cercle ou bien une spirale.

À bien y regarder, d'ailleurs, chaque jour qui passe forme une nouvelle inclination. Certaines se ressentent plus que d'autres. Selon qu'elles proviennent du plus grand des hasards ou de la plus ténue des coïncidences. Aujourd'hui peut être qualifié d'inclination remarquable. « Aujourd'hui » correspond aux semaines qui entourent ce jour précis du 26 novembre 2016. Les inclinations des siècles n'ont pas la brutalité des forfaitures humanoïdes et ne se déroulent pas sur l'heure.

L'inclination de ce siècle-ci semble être le retour de balancier des idéologies « humanistes » qui ont conduit peu à peu à vouloir s'émanciper d'autorités aussi violentes et cupides qu'elles étaient infondées et malhonnêtes : patriarcat, monarchie, religion, ces trois états forment un peu la sainte trinité du mal dont a voulu se débarrasser une partie de l'humanité.

Dire que c'est passablement raté est un euphémisme. Et pourtant. Ça n'a pas dû se jouer à grand chose. Un bijou trop brillant. Une promesse non tenue. Un courage qui fait défaut. C'était un lundi et il pleuvait…

Toujours est-il que le temps des « humanismes » est terminé. RIP. Sans trop savoir ce qui va advenir dans un futur relativement lointain (mettons dans deux ou trois siècles histoire d'être tous là pour le vérifier), on peut légèrement trembler en regardant survenir au grand galop les inepties vengeresses des trois crasses reconstituées en un trio aux angles plus effilés qu'une excalibur de samouraï-rémouleur.

La mort de Castro et l'élection de Trump sont symboliquement liées. Le délitement de l'Europe (par le délitement des nations qui la composent) et le réveil de l'ours Russe le sont également. L'intégrisme idéologique de retour dans les trois grandes religions monothéistes, le retour de ces religions dans les affaires d'États qui s'en étaient un temps débarrassés (France, Turquie), la certitude que désormais trop de monde s'entassent sur un caillou qui ne se régénèrera pas assez vite, la très faible probabilité de pouvoir quitter ce caillou pour aller en assécher d'autres dans les confins interstellaires, le remplacement de l'indispensable petit biscuit nantais par des copies « distributeurs » qui lui ressemblent comme Marine Le Pen ressemble à Marianne, les sommes d'argent consacrés au cadeaux de fin d'années des animaux de compagnie qui vont bientôt dépasser celles consacrées à nourrir et à éduquer les enfants de ce monde…

Le tournant de ce siècle n'est sûrement qu'une inclination parmi tant d'autres. Mais peut-être est-il, cette fois, un vrai virage bordé d'un garde-fou en papier mâché ouvrant sur un vide incommensurable (de lapin) qui les engloutira tous.

Sinon, ça va être le bordel…


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