Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Go, Johnny, Go !

Pour une fois je commence un article en m'auto-citant :

« Il y a longtemps que je ne m'étonne plus de ce que m'offre le hasard. Aussi ai-je pris l'habitude, quand quelque chose va de travers ou ne va pas du tout, de m'occuper comme je peux en attendant que le hasard se manifeste et me file un petit coup de pouce. Ou un gros coup de main. C'est selon. C'est au hasard. »

Tu l'auras compris, il s'agit de te raconter la nouvelle prouesse de cet ami imprévisible. Et il faut croire que le hasard n'a plus rien à lire puisqu'il vient de se manifester en me balançant négligemment un signe, genre : C'est pas ça que tu cherches ?

Et bien si. C'est très exactement ça. Merci.


Tu te souviens certainement de cet article dans lequel je te détaillais (mais pas trop) la façon subite dont je reçus une idée de roman. L'idée est toujours là à me tourner autour comme un essaim de mouches autour d'une sanisette publique non lavée mais, en dehors de quelques brouillons peu vivaces — et qui serviraient aisément de papier à la sanisette en question — ledit roman n'avance guère.

Le fait que cette idée me tourne autour depuis si longtemps sans jamais se lasser peut indiquer qu'il y aura tôt ou tard une forme d'urgence à la prendre en compte. Cette patience de sa part peut aussi vouloir dire que je ne suis pas en possession de tous les outils et matériaux nécessaires à son traitement. Ce qui m'amène à penser que cette idée revêt une certaine importance et qu'elle est bien aimable d'attendre que je m'équipe au lieu d'aller squatter n'importe quel autre cerveau malade qui passerait à sa portée.

Peut-être aussi que sa patience a des limites et que dans son carnet d'adresses elle possède celle du hasard.

— Hey, Hasard ! Comment va ?
— Salut l'Idée. Toi, t'en as une derrière la tête pour me déranger pendant la sieste.
— Tout à fait. Mais c'est toi qui m'a dit que je pouvais te déranger.
— Je sais, je sais. Il s'agit de quoi cette fois ?
— C'est encore cet auteur imbécile qui ne fait pas attention à moi. Ça fait bientôt trois ans que je poireaute !
— Trois ans, trois siècles, trois minutes… pour moi c'est pareil, tu le sais bien.
— Je sais mais si tu pouvais le remettre sur mon chemin. Peu importe la manière. Je veux juste qu'il pense à moi.
— Tsss, les idées… Vous êtes bien toutes les mêmes : vous pensez que vous êtes le centre du monde et que tout le monde doit se prosterner devant votre puissance. Vous pensez faire avancer les choses. Vous croyez avoir tout inventé ! Et à la moindre contrariété, à qui on s'en remet, hmmmm ? À tonton Hasard, évidemment. Je suis bien trop bon avec vous.
— Ça y est, t'as fini ta crise ? Tu servirais à quoi si tu ne nous donnais pas un coup de main de temps en temps ?
— Ha, ça ! J'en ai foutrement aucune idée ! Ha, ha, ha !
— Très drôle. Et pour mon coup de main ?
— Je vais tenter un truc… J'te rappelle.

Le truc — semble-t-il — a été de mettre entre les mains d'Ace Tea le roman « La joueuse de go » de Shan Sa. Si tu ne l'as pas lu, comme d'habitude, direction la bibliothèque et fais-toi plaisir : c'est un excellent livre !

Tant l'histoire que la trame narrative sont à la fois originales et percutantes. Ça se lit d'autant mieux que tu te laisses facilement prendre à cette partie dont chaque coup est un soit un coup du sort soit un coup de blues, les deux hésitant constamment entre coup de folie et coup de génie. Tu n'as même pas besoin d'être experte en jeu de go, l'auteur sait, au moment opportun, te glisser la règle indispensable qui te donnera l'envie d'apprendre.

Bien sûr, je ne vais pas te révéler ce qui, dans ce livre, a fait avancer cette fameuse idée sur ce fameux roman. Par coquetterie d'auteur. Par prudence également. Car la vie des idées obéit aux mêmes contingences que toute autre vie : un coup de main cache parfois un coup de poignard. You never can tell chantait l'immense Chuck Berry.

Alors, wait and see comme ne diront bientôt plus les adeptes du Brexit lorsqu'ils se rendront compte que leur foutue bonne idée a laissé dans leur dos une large marque rouge qui n'en finit plus de s'étendre.


1 commentaire

  1. #1

    Par le à

    Ravie d'avoir été l'instrument du hasard pour arroser cette idée plus que germée ; vivement le prochain épisode ;-)

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