Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
, - 559 mots - 5 commentaires

Élections, pièges à convictions

C'est toujours comme ça à quelques jours d'une élection considérée — à tort — comme importante : beaucoup trop de gens se laissent submerger par la peur. Ils acceptent tout ce qui peut les rassurer et en viennent par avance à dénoncer les responsables de leur futur malheur. Une version « orwello-kafkaienne » de cette immense fable qu'est « Les animaux malades de la peste » du non moins grand La Fontaine dans laquelle les animaux en question se dédouanent de leurs responsabilités en accusant unanimement ce pauvre baudet coupable d'une peccadille. Mais c'est bien connu : qui se cherche un bouc émissaire, n'a pas la conscience tranquille…


Les posts anti-abstention qui foisonnent sur les réseaux sociaux sont de plus en plus infantiles et ceux qui ont la faiblesse de les relayer ne font que révéler leur peur panique quant à un résultat somme toute putatif. Et la frayeur qu'ils en éprouvent ressemble assez à la frayeur qu'ils ont de se découvrir tel qu'ils sont quand ils se regardent sans fard. Car la peur est toujours un miroir de soi. Cette frayeur atteste également d'un manque de culture politique qui leur ôte la faculté d'appréhender sereinement les enjeux d'un tel scrutin et qui les presse de se rassurer en se tassant du mieux possible au sein d'un troupeau bêlant en harmonie contre les empêcheurs d'élire en rond que sont ces salopards d'abstentionnistes.

Celui qui ne vote pas n'a pas le droit de se plaindre des résultats ! prétendent-ils. Par contre, raisonner comme un enfant de huit ans les légitiment à emmerder tout le monde avec des décisions inconsidérées. Et je m'excuse auprès des enfants de huit ans qui sont peut-être finalement plus sensés que je ne l'imagine.

Pour faire court, puisque de toute façon ils ont déjà arrêter de lire, l'abstention fait partie intégrante du processus électoral mais demande un plus peu de finesse d'analyse que le glissement simpliste d'un bulletin dans une urne. Une urne qui serait funéraire si la démocratie n'était déjà mille fois morte et enterrée, mille fois poignardée dans le dos par cette lame de papier qu'ils idolâtrent tant…

Penser que celui qui ne vote pas n'a pas le droit de se plaindre des résultats d'une élection est une des nombreuses variantes du fascisme latent qui pollue la démocratie. "Moi ou le chaos" disait déjà de Gaulle contre la "chienlit" de gauche.

"Avec ou contre moi" n'est pas une antienne démocratique, bien au contraire. S'abstenir de réfléchir est bien plus dommageable que de s'abstenir de voter pour des baltringues égoïstes et manipulateurs. Et pour éviter de me répéter, je t'invite a relire ce que j'écrivais à la veille des primaires de la précédente élection présidentielle, il y a un peu plus de cinq ans : La racole primaire. Pas une ride. Bien au contraire.

L'abstention est devenue la seule solution pour sortir de ce fléau qu'est devenu le suffrage universel en mode « jeux du cirque ». Et ça conspue la Russie. Ça se moque des États-Unis. Mais c'est exactement ce qui va nous tomber sur le coin de la gueule, quelque soit l'issue du scrutin, si scrutin il y a. Car un vote ne changera jamais le monde. Oh, que non ! Il va au contraire légitimer le monde existant qui va remercier le votant en lui souriant, faussement compatissant, comme un évêque qui s'apprête à abuser d'un gosse. Que ce gosse ait huit ans ou dix huit ans. Ou plus.


5 commentaires

  1. #1

    Par le à

    Tu me confortes dans ma satisfaction d'avoir déserté les rézosossio. Je n'ose même pas imaginer l'abondance de ces posts rageux globalement pas argumentés - ni davantage réfléchis - qui semblent fleurir à un rythme plus qu'effréné...

    La peur n'est jamais bonne conseillère ; et c'est presque angoissant de constater qu'à l'heure où l'"on" se considère si fermement enraciné dans la connaissance, elle ait tant de prise et de ramifications aux noms si variés. Une preuve supplémentaire, si elle manquait, que la connaissance n'a rien à voir avec la sagesse ; ce serait, sans doute, trop facile.

  2. #2

    Par le à

    Je pense que je vais aussi déserter les rézos ces deux prochains mois... :)
    Sinon, que serait la littérature (notamment SF, fantasy, sagas, livres sacrés, polars, philosophie...) s'il suffisait d'être érudit pour être sage ? Ce n'est pas forcément incompatible mais il doit y avoir un troisième larron dans cette histoire (au hasard, le pouvoir)... Et on ne doit avoir droit qu'à deux options. ;)

  3. #3

    Par le à

    Si je ne vote pas c'est qu'en ma "qualité" d'étrangère je ne peux pas. Pourtant, depuis plus de vingt ans que je vis et travaille ici, mariée à un français, avec deux enfants issus de ce mariage... (blonde avec des yeux bleus qui plus est... !) je ne devrais avoir aucune difficulté à obtenir la nationalité française. J'ai toujours pensé que c'est ma phobie administrative qui m'empêchait de franchir le pas, d'effectuer les démarches. Je vais finir par croire que c'est une façon détournée, pas assumée du tout à être abstentionniste ;-)

  4. #4

    Par le à

    PS : Quand je lis un article sur internet, très souvent je regarde vite fait les réactions... je lis quelques commentaires. Eh oui, j'avoue, je dois être maso ! Et ça fait peur... (puisqu'on en parle !)

  5. #5

    Par le à

    @ Véro : maso ET étrangère, ça va mal aller pour toi si cette montagne de bulletins à venir accouchent d'une souricière...

    Ça fait peur mais je crois qu'un des sports favoris des français est d'emmerder les institutus de sondages ! :D

Fil RSS des commentaires de cet article


Écrire un commentaire…

Précaution anti-spam

… ou lire un article au hasard