Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Féminisme, poil au sexisme !

Je suis en train de réorganiser mes courriels (donc de remplir la corbeille) et je retombe sur celui-ci :

« Bien le bonjour,
j'ai 15 ans, je ne comprends sans doute rien à la vie, mais ça fait quelques semaines que ça tourne dans ma tête et je me permets d'invoquer une explication :
sur un article de www.sexactu.com (je ne sais plus lequel, mais ça n'est pas l'important), je demandai si le but du féminisme était l'égalité, ce à quoi vous m'avez répondu (froidement, disons-le) que non. Ca m'a, pour le moins... troublé, dans le sens où, d'un coup, je ne comprends plus ni où vont les féministes, ni quelles sont leurs vraies revendications, ni pourquoi c'est le mal (ou le bien). Pourriez-vous m'éclairer sur la route du savoir (ou pas)?
Si vous avez pris le temps de lire ce message et d'y répondre, je vous en remercie. (Par contre, je ne vous lèguerai pas mon duplex parisien en échange :D) »

D'abord surpris puis ravi de cette démarche, j'entrepris de lui expliquer ce qui suit.
J'ai par la suite reçu une réponse satisfaite de cet Andrea et non de cette Andrea comme je l'ai d'abord cru... Ooops !

(je reproduis l'intégralité du mail tel que je l'ai envoyé à cette époque — fautes comprises, sorry — il me semble encore tenir la route et ça m'évite une réécriture fastidieuse d'autant que j'ai déjà plein d'autres choses sur le feu !)


Salut Andrea,

Commençons par une banalité (on en sera débarassé) : à 15 ans, il est, sinon normal du moins salutaire, que "ça tourne dans ta tête" (et ce n'est qu'un début !).

Conçernant l'objet (ou les objets) du féminisme, on va ici considérer deux choses.

1. En tant que garçon, se dire féministe (je le revendique) est encore moins facile que pour une fille. Une fille, au pire, se fera traiter de "mal baisée", au mieux sera gentiment moquée. Un mec féministe doit s'expliquer non seulement devant les mecs (je t'épargne les remarques que ça engendre...) mais (voire surtout !) devant des filles suspicieuses (en attendant mieux). Mon sens de l'humour un peu bizarre n'arrangeant rien !
Ce que je vais te décrire ici concernant le féminisme sera une vue certes réfléchie mais néanmoins relative. Je n'ai pas de vécu "féminin" (pour cause !) et mon féminisme pourra sembler un simple objet philosophique (ce qui n'est déjà pas si mal, après tout !).

2. Je vais forcément réduire certaines notions, voire en pré-supposer d'autres. Un mail (aussi intéressant soit-il) n'est pas fait pour dérouler un débat structuré.
Au cas ou notre conversation se poursuive, je signale de suite que j'envisage de mettre en ligne (dans un certain temps...) un site consacré à ces quelques questions plus d'autres... au cas où, tu y seras la bienvenue !

En gros :

Je considère que l'espèce humaine est une et indivisible (pas de races, pas de genres) et que c'est justement ce qui fait sa particularité parmi toutes les autres formes du vivant chez qui une même espèce se différencie strictement en sous-espèces et les sous espèses en genres (mâles-femelles).
Pas question bien sûr de réfuter la différence morphologique (que seraient nos mains sans vos seins ?) ni physiologique (il faut bien justifier les congés maternité :) !).
Par contre, ces différences qui relèvent du hasard génétique (dans mon monde, il n'y a pas de destin, de dieu, de choses comme ça... toute innovation est un hasard, tout hasard qui perdure est une évolution) doivent être considérées comme des acquis à côté desquels et non à partir desquels doit se construire notre personnalité qui sera fonction essentiellement de notre environnement culturel même si (il faut insister sur ce point) la physiologie (la qualité du support matière) a son une influence : un système nerveux mal connecté sera moins performant en analyse complexe sans forcément empêcher tout travail physique et ce, que l'on soit mâle ou femelle !
Nos sociétés (principalement les sociétés occidentales monothéistes - l'islam est un monothéisme occidental puisqu'il dérive des deux premiers et les accompagne ensuite -) ont préféré séparé (les motivations débordent du cadre de cette réponse) les tâches par genre physiologique plutôt que par capacité intrinsèque.
Nous sommes passés d'un stade de collaboration (condition nécessaire pour la survie en milieu hostile quand on est un animal aussi peu préparé qu'homo-sapiens) à un statut hiérarchique engendré par la libération de certaines tâches, libération rendues possibles par la mise en oeuvre de l'élevage, de l'agriculture, de la technologie en général qui réclament une organisation sociétale plus "dirigiste".

Le féminisme n'est ni bien ni mal : il est une réaction à l'oppression d'une partie de la population sur une autre.
Bien sûr, le fait que la partie oppressée est physiquement distinguable de la partie oppressante rend le discours simpliste des religions plus vraisemblables (le bien et le mal sont des notions exclusivement religieuses) : il y les bons contre les méchants, les croyants contre les infidèles, les blancs contre les noirs, les chiens contre les chats, les hommes contre les femmes...

Être féministe aujourd'hui (en tout cas en ce qui me condcerne) c'est ne pas différencier mon interlocuteur en fonction de son sexe (en dehors de demandes sexuelles particulières, bien que là aussi, la pluralité des combinaisons est plus une richesse qu'une perversion) mais en fonction de ce que m'offre cet interlocuteur.
Je me fous de savoir si la personne qui conduit le métro ou qui présente la météo fait pipi debout ou pas !

Il est vrai que la langue française (pourtant si apte à la poésie !) n'aide en rien à ne pas tomber dans de grossiers travers de langages...
Mais c'est aussi une des formes du combat féministe que de faire (re)vivre cette langue et de lui adjoindre de nouveaux concepts.

Il faut quand même revenir sur cette notion (dévoyée) d'égalité : il s'agit d'égalité de traitement (considération, emploi, salaire, élection, parentalité, etc...) non d'une parité stricte (qui n'aurait pas de sens et qui serait même contre-productive mais qui - justement - est le concept clé des tenants de la "discrimination positive"...).
La notion d'égalité on la trouve à l'article 1 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen :

Article premier - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

C'est pourtant pas sorcier (hommes est à prendre au sens large, humains) !!

À noter qu'Olympe de Goujes en rédigea une version féministe en son temps, considérant que les révolutionnaires étaient d'affreux machos !
Comme elle avait raison, elle fût guillotinée...

- Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789
- Olympe de Gouges

Bon, je crois que c'est suffisamment confus comme ça (désolé pour les nombreuses parenthèses mais j'adore les parenthèses qui sont les hanches des phrases : souvent l'essentiel y réside...) ! :)

Je vais quand même te remercier de m'avoir permis de mettre ça par écrit (depuis le temps que je dois le faire...).
Si tu as besoin de précisions, n'hésite pas (et n'hésite pas à me tutoyer, le web n'a ni âge ni genre !).

Pour le duplex, je finirais bien par trouver quelqu'un ! ;)

à plus,

éric


15 commentaires

  1. #1

    Par le à

    Rien à retrancher dans tes propos.

    Quand j'étais au collège (puis au lycée) les mecs me regardaient comme une bête curieuse quand j'avais le mauvais goût d'aborder la question de l'égalité des sexes.
    Rien de tel pour me donner envie d'enfoncer un peu plus l'aiguillon dans le dos de la bête.

    Il est regrettable que le féminisme soit pour certaines un enjeu de pouvoir et d'orgueil jusqu'à l'absurde.

    Il faut continuer à se battre pour les égalités, mais pas aux prix de tous les excès qui, des "Chiennes De Garde" à "Ni Putes Ni Soumises" en passant par les dernières sorties de Mme Badinter (que je respectais autrefois, mais je crois que sur cette question, elle est bien dépassée), sont régulièrement relayés par les médias.

    Je crois que le féminisme doit être une lutte pour les droits, pas un nouveau carcan imposé par des gens qui ont depuis longtemps perdu la vision de leur but au profit de scléroses posturales et de visées carriéristes.

    Comme autrefois "Touche Pas A Mon Pote" se dévoyât -perdant toute légitimité de parler au nom de tous les exclus de couleur- ces associations se sont disqualifiées.

    Le féminisme se retrouve à nouveau entre les mains de tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté.
    Ce n'est peut-être pas plus mal ?

  2. #2

    Pffff... comment ne pas répondre à ça ?
    Allez, je me lance :
    Je ne me considère absolument pas comme "féministe". C'est un terme que je réfute, car je me sens "humaniste" avant tout, et le simple fait de parler d'égalité des sexes, c'est déjà faire une distinction.
    Pourtant, je participe activement à des événements estampillés "féministes", et j'ai souvent abordé la question sur mon blog. D'ailleurs, toutes les personnes qui me connaissent bien me considèrent comme une féministe, alors que je refuse cette étiquette.
    Pourquoi ?
    Parce qu'il m'est impossible de m'identifier à l'image du féminisme contemporain tel qu'il est généralement présenté. Les Isabelle Alonso et consœurs, les lesbisch Kommando, voilà le féminisme médiatisé, celui, tout du moins, que j'ai pu voir en grandissant et qui m'a fait réellement détester ce mouvement... jusqu'à ce que je change d'avis.
    Mais ça, je l'explique par ici
    http://mademoisellecatherine.blogspot.com/2008/05/la-fe-ministe.html
    Et là aussi un peu
    http://mademoisellecatherine.blogspot.com/2009/05/ladies-night.html
    Oh, et puis là
    http://mademoisellecatherine.blogspot.com/2010/03/egalite-des-sexes-ou-emancipation.html

    Et toutes mes excuses pour cette longue diarrhée de mots !

  3. #3

    Par le à

    Diarrhée ?
    La gastro a touché la Belgique ?
    <i>(Oups... encore un christ volant ! Il doit y avoir un nid quelque part...)</i>

    Moi je ne le trouves pas long ton post ;)

    Et humaniste : oui ! Le mot est juste.

  4. #4

    Par le à

    Le féminisme est d'abord un humanisme.
    C'est pourquoi les filles humanistes n'ont pas besoin de se "réduire" au seul féminisme même si elles peuvent évidemment être plus ou moins militantes de certaines causes particulières...

    Entre humanistes le terme féministe ne fait pas débat.
    Mais comme il est aujourd'hui malheureusement associé à certaines "factions intégristes" (au grand plaisir des médias qui préfèrent montrer que donner à voir...), il faut bien parfois s'en expliquer...

  5. #5

    C'est comme tout: une féministe n'est pas forcément radicale, tout comme un musulman n'est pas forcément intégriste.
    Hélas, les médias adorent montrer les factions extrémistes, car ce type d'information fait plus de ventes que la présentation d'individus modérés dans leurs pratiques (qui, je pense, restent très majoritaires, quoi qu'on en dise).
    C'est à cause des Chiennes de Garde et autres lesbisch Kommando que je refuse l'étiquette féministe, car cela me ferait terriblement honte d'être associée à des mouvements comme ceux-là...

    @Wakajawaka: Mon commentaire n'était pas long ; le contenu des liens, par contre, oui ;)

  6. #6

    Par le à

    Moi je suis TOTALEMENT pour l'égalité des sexes.

    Raz le fion de voir tous ces types avec des biroutes de 18cm.

    C'est vrai quoi.
    Et moi.

    Non ?

  7. #7

    Par le à

    Désolée mais le commentaire de Scalpel m'a vraiment fait rire...

  8. #8

    Par le à

    "Je considère que l'espèce humaine est une et indivisible (pas de races, pas de genres) et que c'est justement ce qui fait sa particularité parmi toutes les autres formes du vivant"
    C'est un point de vue basé sur une démonstration solide ou juste un dogme défini a priori?

  9. #9

    Par le à

    Entre les deux...

    La notion de "races" appliquée à l'espèce humaine n'a aucun fondement scientifique quant à la notion de "genres" (vue jusqu'ici comme exclusivement bi-polaire), elle est se heurte aux combats LGBT et féministes.

    Pour le besoin du verbe et parce qu'au fond je le pense, ça donne cette phrase.

    Et merci d'être venu jusqu'ici. :)

  10. #10

    Par le à

    Je vais partout ou le débat en vaut la peine!
    J'ai l'impression d'être un des rares hommes se considérant comme "machiste" (tel qu'il est entendu par les féministe évidemment, je ne me considère pas supérieur à la femme) s'intéressant a ce débat, ce qui est bien dommage.

    La notion de race à bien un fondement scientifique mais n'est d'après ce que j'ai compris que du aux conditions de vies des siècles précédents. Une étude récente avait montrée des différences de taux de testostérone entre les différentes "races", les afro-américains arrivant en tête du classement (ce qui peut être mis en lien avec leur présence anormalement forte dans les prisons américaines).
    Je pense qu'on sous-estime trop le rôle de cette hormone dans le comportement, qui est à la source des différences comportementales entre genres. La science l'a prouvé, c'est cette hormone (entre autres) qui crée la différenciation des genres sur le plan physique comme psychique chez l'espèce humaine comme chez les autres espèces animales.

    Après il est évident que l'homme possédant une conscience supérieure au reste du monde animal, il peut influer sur les réactions induites par son déterminisme sexuel. Cela se traduit dans un sens par la modération de ses réactions instinctives, et dans l'autre par leur exagération dans une recherche de reconnaissance sociale (si présente dans les groupes de jeunes ados).

    Même si l'homme est capable de s'affranchir partiellement de son déterminisme, qu'il soit sexuel, social ou culturel, celui-ci reste à mon sens un des éléments structurants de la personnalité.

  11. #11

    Par le à

    La présence massive en prison d'un groupe de populaton est surtout dûe à ses conditions de vie.
    Dans tous les pays à forte immigration (France, Étas-Unis), le lien est direct puisque l'immigration est encore considérée et traitée d'un point de vue économique et non humain.

    Quant aux hormones... leurs modes d'action et d'interaction avec le champ social est un domaine à peine exploré tant il est complexe (voir la récente affaire des "phéromones"), qu'il me semble un peu tôt pour tirer des conclusions définitives sur leur taux de présence dans tel ou tel type de population...

  12. #12

    Par le à

    "La présence massive en prison d'un groupe de populaton est surtout dûe à ses conditions de vie."
    On a quand même le contre-exemple flagrant de la comparaison de l'immigration africaine et de l'asiatique. Le sénégalais est quand même vachement plus prédisposé au vol à l'arrachée que le chinois...
    Les problèmes de délinquance des populations asiatiques sont quand même relativement négligeables (et pourtant ils vivent dans les mêmes conditions que les immigrés africains, voire pires).

    "Quant aux hormones... leurs modes d'action et d'interaction avec le champ social est un domaine à peine exploré tant il est complexe"
    D'accord pour dire que la science n'a pas encore tout prouvé à ce niveau là, mais reste l'étude empirique : tous les hommes (et je pense que tu ne diras pas le contraire) on déjà fait l'expérience d'un taux de testostérone temporairement plus élevé que d'habitude et ce que ça induit.

  13. #13

    Par le à

    Comparer l'immigration et la délinquance des populations africianes et asiatiques est un non-sens absolu : la délinquance asiatique est une délinquance organisée, structurée et hierarchisée sur un modèle millénaire (les triades), la délinquance africaine est une délinquance d'opportunisme... plus facile à appréhender donc forcément plus visible.

    Pour les hormones, non. L'étude empirique n'est que du cas par cas et ne fournit donc aucune indication globale.
    Une "montée" de testostérone n'a pas les mêmes conséquennces chez tous les individus... ainsi que chez un même individu selon les circonstances.

  14. #14

    Par le à

    "la délinquance asiatique est une délinquance organisée, structurée et hierarchisée sur un modèle millénaire"
    Je suis persuadé que le faible taux de testostérone des populations asiatique peut être mis en lien avec la philosophie orientale même. Le confucianisme, la grande discipline, la soumission totale à l'ordre établi sont des principes tellement anti-naturels et incompatibles avec les réactions naturelles masculines animales qu'il apparaît évident que cette population en question est moins soumise à ses instincts primaires. Une philosophie Nietzschéenne par exemple me paraît beaucoup plus naturelle et en accord avec la réelle nature virile de l'homme.

    "Une "montée" de testostérone n'a pas les mêmes conséquennces chez tous les individus..."
    Si je disais augmentation de l'agressivité, augmentation du désir, plus forte activité physique, et plus grande résistance à la fatigue, je doute que beaucoup d'hommes puissent honnêtement me contredire. Et c'est d'ailleurs aussi valable chez les animaux. (voir les réaction temporaires des chats non castrés)

  15. #15

    Par le à

    Passer du Féminisme à la délinquance (asiatique et africaine), j'avoue que c'est 'achement fort !!!
    Sinon, avec 3 siècles (avec la vieillesse qui approche, le Temps prend une plus grande importance ^^) de retard, j'abonde avec Mademoiselle Catherine, le féminisme est un concept pertinent, mais très mal nommé. Et d'après vos commentaires, je viens de réaliser que je ne suis pas féministe.
    Mal nommé... Et sexiste, en plus (: féministe -> femme).

    Pour ce qui est de dire qu'il n'y a pas de genre et prôner l'égalité, il faudrait qu'elle soit possible : une vulve et un vagin ne seront jamais égaux à un pénis et des testicules.
    Si ? Je demande à voir, alors...

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