Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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owni soit qui mal e-pense...

Lecture ce matin de deux articles à priori indépendants, sur l'excellent site owni.fr.

L'un pose la question d'une refonte du web-journalisme...
L'autre est une "séquence nostalgie" sur les Ramones, pionnier du punk-rock.

Aucun rapport... vraiment ?


Morgane Tual, dans « Jeunes journalistes: qu’est-ce qu’on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ? », s'énerve à la fois contre la présence toujours dominante et contre-productive de la vieille-garde journalistique dont le seul titre de gloire serait d'avoir tué la presse papier (ce qui n'est pas complètement faux) et contre l'insuffisance imaginative voire le conformisme corporatiste et le suivisme carriériste de ses jeunes confrères.

Jean-Christophe Féraud, avec « Les Ramones, l’analogique par excellence », s'épanche sur l'une des pages les plus "rock'n'roll" de la vague punk qui fit trembler les bases de l'aristocratie du disque dans les années 1970 (sans malheureusement la faire s'écrouler).

L'une souhaite renverser l'establishment et défricher de nouveaux concepts journalistiques en profitant de l'exceptionnel potentiel de communication qu'offrent Internet et le Web pendant que l'autre nous conte le "bon vieux temps" d'un groupe qui participa justement à bousculer cet establishment...

Les Ramones comme métaphore du web-journalisme ?

Ce qui est intéressant dans ces deux articles c'est qu'ils se répondent involontairement et forment peut-être la trame de ce que sera et ne sera plus le web-journalisme.

L'article sur les Ramones est bon. Il relate bien le contexte, l'évolution, cite ses sources mais pêche justement par là : c'est un article "à l'ancienne" (en même temps, l'auteur revendique ses 44 ans).

J'ai été frappé par ce passage :

« Un bon Ramones se déguste sur galette vinyle avec le son crade et les craquements vintage de rigueur. Oubliez ces saloperies de lecteurs MP3 totalement apocryphes. »

Genre : "une bonne vieille soupe ça se réchauffe dans une gamelle un peu crade pas comme ces boîtes en plastique qu'on balance dans le micro-ondes", ou encore : "un bon Bourgogne ne se déguste que dans du cristal, n'est-il pas ?"...

D'une part, cette phrase est hors-sujet (depuis quand les Ramones s'écoutent ?), d'autre part, elle montre le décalage qui existe entre le sujet et son traitement.
Il ne fait aucun doute que si les Ramones devaient enregistrer aujourd'hui, leur son seraient calibrés mp3 comme tout le monde... le son "vintage" est dû au fait qu'à l'époque il n'y avait rien d'autre que de l'enregistrement analogique pour rester dans des budgets abordables...
Enfin, de nos jours, combien de mômes ont la possibilité de s'acheter une bonne platine vinyle et le stock de cellules qui va avec sans compter les grosses enceintes acoustiques et l'amplificateur adéquat sinon où est l'intérêt du vinyle ? Autant dépoussiérer le Teppaz de grand-père...

Cette contradiction majeure entre ce que représentait les Ramones à l'époque (rappelons-le, pionnier du mouvement punk, nihiliste et "destroy") et leur "muséification" aujourd'hui est un des gimmicks les plus éculés de la presse-papier et de ses marronniers.
Les voyous sont morts, donc inoffensifs, soyons rebelles et prosternons-nous...

Célébrer les Ramones en 2011 ne serait-il pas l'occasion justement d'appeler à briser le monopole du mp3 et de la vidéo en Flash sur le web de demain puisqu'il existe d'autres formats plus intéressants techniquement et socialement ? D'appeler à se rebeller contre les Bastilles culturelles et sociales que sont les Hadopi et autres Facebook ?

Finalement, qui tirera une substance nourricière de cet article ? Hormis les vieux cons comme moi qui vont en profiter pour se refaire une injection de botox déchiré du genou en glissant immédiatement l'Anthologie dans le lecteur CD...

Kill'em all !

Les vieux cons, justement, Morgane Tual aimerait bien les voir se casser rapidos à la pêche, au troquet, à la maison de retraite et même au cimetière, enfin, n'importe où du moment qu'il n'y a pas de journalisme à (re)produire.
Serait-elle une lectrice de Maïa Mazaurette ?

Difficile de lui donner tort, d'ailleurs... le monde meurt d'être géronto-tracté !

Mais ce qui énerve encore plus Morgane Tual, c'est le fait de voir ses jeunes collègues être déjà "vieux" dans leurs attitudes, dans leurs rêves, dans leurs parcours... comme "géronto-happés" par une profession qui n'a plus à proposer que ses strass et ses miroirs aux alouettes...

« Nous disposons d’une liberté immense. D’un espace de jeu illimité. Et nous n’en prenons pas possession. »

Les Ramones, les Clash, les Dead Kennedys et tout le mouvement punk alternatif ne disait pas autre chose !

Alors bien sûr, certains y verront une énième querelle des Anciens contre les Modernes...
il y a forcément un peu de cela mais pas seulement.

L'enjeu n'est pas qu'intellectuel. Nous sommes entrés dans une époque charnière comme peu en ont vécu dans la déjà longue histoire de l'Humanité. Non pas une époque de transition mais de rupture (la transition - par exemple, le passage du vinyle au CD - est un grand déclencheur de querelles...).

Le monde d'aujourd'hui est en proie à trois révolutions simultanées et inter-dépendantes :

- révolution technlogique avec Internet et le Web ;
- révolution sociale avec la globalisation économique ;
- révolution culturelle avec la fin de la suprématie occidentale.

Ces trois révolutions engendrent peurs, résurgences, replis mais aussi espoirs, projets, visions... chez les "vieux cons" comme chez les "jeunes cons", d'autant qu'on sait depuis Brassens que l'âge n'est pas un critère !

Et Morgane Tual de s'interroger :

« Qu’est-ce qu’on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ? »

Il n'y a que toi chère Morgane, qui répondra à ta question...

Je me permettrais cependant de te glisser un indice ...
Avant les punks mais déjà en rébellion, Jim Morrison nous lançait : « We want the world and we want it now ! »

Alors, s'il faut vraiment célébrer les Ramones : « Hey ! Ho ! Let's go ! »


2 commentaires

  1. #1

    Rien à ajouter !
    Si ce n'est te conseiller la lecture du livre suivant: http://schizomusic.wordpress.com/2008/10/14/fiche-de-lecture/

  2. #2

    Par le à

    L'après-68 n'en finit pas de ne pas finir... :)

    On ne peut pas nier certaines avancées intéressantes et pas seulement au niveau du nombrilisme français car Mai 68 fût (on l'oublie parfois) une révolte mondiale.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvements_sociaux_de_1968_dans_le_monde

    Par contre, et là c'est un réel problème, les acquis n'ont été ni consolidés ni transmis...

    Va donc falloir remettre ça, les jeunes ! ;)

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