Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
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Humain, trop humain ?

Je vous ai déjà parlé de Maître Mô, ce grand oiseau aux plumes de jade...

Ben, je recommence !

D'abord il faut aller lire, lentement et complètement, cet ahurissant récit...
Puis il faut y réfléchir et comprendre ce qui est l'essence de l'humanisme : le regard.


Les acteurs de ce drame, qu'ils soient bourreaux ou victimes, partagent un environnement commun : une vie de merde (une vraie !) qui se résume souvent en trois mots : abandon, violence, folie...
Abandon, physique autant que psychologique parce que bien souvent issus de parents immatures, en errance, emprisonnés ou simplement décédés...
Violence, parce que la solitude et le désarroi appelle les coups et ce dès le plus jeune âge... l'école, à cet égard est tout autant destructrice qu'elle peut être formatrice...
Folie, parce que c'est le dernier recours avant l'abandon de soi et la violence d'un suicide ou d'un meurtre... la folie permet des entr'actes... c'est une forme ultime de survie...


Les acteurs de ce drame, je pourrais les croiser, je les croise peut-être...
La nombreuse population de SDF et de précaires que compte l'agglomération parisienne est un vivier sans cesse renouvelé de fantômes en sursis...

À l'instar de celles décrites par Maître Mô, les personnes qui se présentent à nous sont avant tout des personnes.
Pas de préjugés, pas de certitudes, pas d'extrapolation...

Il ne s'agit pas non plus de séparer froidement l'avocat ou l'intervenant social de l'être humain qui est derrière : les tourments subis ou perpétrés par ces personnes nous touchent, nous émeuvent, nous horrifient, nous écœurent... au choix... mais n'occultent pas notre vision globale.
Là où, souvent attisée, encouragée, poussée par des impératifs électoraux ou télévisuels, la vox populi hurlera : « À mort ! », nous dirons simplement : « Tentons de comprendre ! »...


Avec cette différence essentielle : l'avocat ne doit pas, ne peut pas ignorer les antécédents des gens qu'il est amené à défendre. L'avocat doit construire sa défense et ses recours en prenant justement en compte (et au plus près de l'intérêt de la personne) lesdits antécédents.

L'avocat est peut-être lui-même un fou ?


11 commentaires

  1. #1

    Par le à

    L'avocat es forcément un fou... (pas le temps de dire plus/mieux pour l'instant !)

    PS : Sacré coup de lifting ! Les visiteurs vont croire que tu as 20 ans ^_^

  2. #2

    Par le à

    Attend, je vérifie...
    18...19...20 !

    Comment t'as deviné ? ^^

  3. #3

    Par le à

    Je suis quelqu'un de très perspicace... Ce sont les jeans et les baskets qui m'ont mis la puce à l'oreille ^_^

  4. #4

    Par le à

    J'étais arrivé à une conclusion similaire, en discutant avec une amie psy. La simple évocation, très superficielle (secret professionnel et décence obligent), des histoires de certains de ses patients est souvent renversante... désarmante.
    Je pensais aussi à une forme de folie, une sorte de génie humain...

  5. #5

    Comme le précise Maître Mô dans son texte, il lui est difficile de défendre une personne pour laquelle il ne ressent pas un minimum d'empathie.
    Je pense donc qu'il faut bel et bien être un peu fou pour être avocat, et la lecture de ce témoignage m'a d'autant plus retournée que je n'accepte pas, moi, que les antécédents d'un individu puissent servir d'excuse ou de prétexte à des comportements barbares.
    C'est beaucoup trop facile!

  6. #6

    Par le à

    Facile ?
    Je ne pense pas que c'est si facile que ça, justement parce qu'à défaut de prétexte ou d'excuse, ça peut initier un début d'explication... et donc rendre les débats encore plus complexes !

  7. #7

    Dans ce cas, comment se fait-il qu'une grande majorité des personnes ayant subit des abandons et des violences parfois extrêmes ne deviennent pas des tortionnaires?

  8. #8

    Par le à

    Pour deux raisons majeures qui se recoupent mais qui hélas ne marchent pas à tous les coups (sans jeu de mot).

    1. Aucun être humain ne réagit pareil face à ce type d'adversité... certains vont encaisser et emmagasiner sufisamment de haine pour un jour, à leur tour, se comporter en brutes... d'autres arrivent à cicatriser psychologiquement avec plus de "facilités" et sont "naturellement" dans l'empathie... ce qui ne les exclut pas d'un "coup de sang" qui peut se révéler dévastateur... et plein d'autres entre les deux !

    2. Il y a toutes les personnes que l'on rencontre après (éducateurs, famille d'accueil, collègues, voisins, animaux parfois) et qui auront une influence positive ou négative parfois à leur insu sur la canalisation de cette pression formidable...

    C'est entre autre pour ces raisons que les antécédents ne sont ni des prétextes ni des excuses mais un début d'explication...
    Ensuite, chacun a son histoire...

  9. #9

    Par le à

    Peut-être parce que parmi ceux qui ont subit beaucoup aspirent à la paix, dans une certaine mesure.
    Tout le monde ne réagit pas de la même manière aux pressions, ni n'intègre les souffrances ou les peurs de la même façon.

    Mais ce qui est vrai, c'est qu'il y a des choses dont l'empreinte ne part plus jamais -sinon dans les apparences, en faisant un gros effort sur soi (essayer de ne pas réagir aux pétards et aux bouchons de champagne quand tu as subis le feu est presque impossible l'instinct de survie prends la main).
    Des gens que je connais qui ont été victimes, de diverses manières, je n'en vois presque aucun qui font subir à leur tour les violences qu'ils ont subit, même dans des formes dérivées.
    Mais ce n'est qu'une expérience personnelle, et je ne peux juger sur ce seul échantillonnage : je ne connais pas des dizaines de millier de personnes !

  10. #10

    C'est exactement ce que je m'attendais à lire :)

    Mais vous semblez oublier une chose extrêmement importante dans la reconstruction psychologique d'un individu: le fait, à un moment donné, de ne pas/ne plus se poser en victime et donc de ne pas/ne plus être perçu comme telle. Ce dernier point étant sans doute le plus difficile de tous...

  11. #11

    Par le à

    C'est le but de toute "thérapie" (médicale, sociale ou judiciaire) mais effectivement les résultats positifs sont rares et dans ces résultats positifs, peu sont définitifs...

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