La probable reconnaissance d'un « mariage gay » agite en ce moment la société française. La plupart des arguments, entendus ou lus dans les médias nationaux, autant les pour que les contre, ressemblent à des chars d'assaut sans pilote et les débats sont plus stériles qu'un œuf célibataire dans une soupe à l'igname.

Les choses sont pourtant (relativement) simples. Note : je mets des guillemets autour de « mariage gay » car cette expression ne me plaît pas et j'en proposerai une plus appropriée en fin de texte.

Passons rapidement, et en riant jaune, sur les cris scandalisés des représentants de l'église catholique (cardinaux, prêtres, élus de droite) annonçant une recrudescence, entre autres, de la pédophilie. La peur de la concurrence, sans doute… Bref.

De façon plus sérieuse, mais quand même un peu étrange, avait lieu sur Arte (le 08/10/2012) un débat auquel participaient (infos recopiées depuis le site d'Arte) Stanislas Lalanne, évêque de Coutances et Avranches, Béatrice Bourges, porte-parole du Collectif pour l’enfant et le sociologue Éric Fassin. S'il est parfaitement normal que chacun exprime ses positions et laisse les autres en exprimer de contraires ou de complémentaires, je trouve néanmoins ce type de débat télévisé quelque peu inutile puisque le temps imparti (une dizaine de minutes, peut-être quinze ?) ne permet pas de faire un tour même approximatif des bouleversements sociaux qu'impliquent la reconnaissance du « mariage gay ».

Du coup, chacun prêche pour sa paroisse et évacue rapidement les questions – pourtant gentilles – posées par les journalistes présents, et en profite pour dérouler un discours préformaté en direction d'un public déjà acquis. C'est un peu dommage car à un moment donné, la porte-parole du Collectif pour l'enfant a eu une remarque intéressante lorsqu'elle a très vivement exprimé sa peur d'une refondation des valeurs de la société et notamment du socle — pour elle inaltérable — de la famille bipolaire, unie avant tout pour concevoir et ainsi perpétuer des traditions et transmettre du patrimoine.

S'il y a de l'amour en plus, tant mieux, mais ce n'est pas le but premier du mariage. nous dit-elle. En cela, elle a parfaitement raison (bravo pour sa franchise) et c'est un des intérêt, à mon avis, de la nécessité de reconnaître le « mariage gay » : dépoussiérer enfin les fondations d'un Code Civil dont les portes des caves n'ont pas été ouvertes depuis 1805 ! Ami étudiant juriste, spécialise-toi dans le droit civil, ça risque de fortement bouger dans les années qui viennent !

Je te faisais remarquer en début d'article que je proposerai une autre appellation que « mariage gay ». Pourquoi pas « mariage », tout simplement ?

Les textes fondateurs de notre Constitution, les deux « Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen », autant celle, révolutionnaire, de 1789 que celle, plus consensuelle, de 1948, sont formelles à ce sujet, pour peu qu'on comprenne bien que dans ces textes, le mot « homme » désigne l'être humain de façon global (mâle, femelle, autre) et pas seulement le bipède le plus génitalement externalisé.

Parmi les « droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme », la Déclaration de 1789 reconnaît l’égalité des hommes en droits (art. 1er), la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression (art. 2). Elle vise ainsi à protéger les hommes de l’arbitraire et à garantir le respect de leurs droits par des juridictions impartiales appliquant les principes et les peines définis par la loi et respectant le principe de la présomption d’innocence (art. 7 à 9). Elle pose également le principe de la liberté d’opinion (art. 10) et de la liberté d’expression (art. 11), ainsi que le droit à la sûreté (art. 12) que l’on nomme sécurité aujourd’hui. [source]

L'égalité des droits. La simple et inaliénable égalité des droits.

Se marier n'est que l'application juridique d'un droit équivalent pout toutes et tous : celui de s'unir à la personne de son choix, cette personne étant naturellement adulte et consentante, on va peut-être attendre un peu avant de se marier avec son chien ou sa moto…

Alors, oui, la société va s'éloigner progressivement de son modèle parental actuel et proposera d'autres configurations qui ne seront ni pires ni meilleures que les configurations d'hier ou d'aujourd'hui, juste plus adaptées à l'inévitable évolution des mœurs et des possibilités.

Avec un peu de bon sens, bientôt il n'y aura plus ni homosexualité ni hétérosexualité : il n'y aura que des gens qui s'aiment… pour le meilleur et pour le pire.