Peinture murale de Dominique Larrivaz représentant un chien allongé et souriant, visible rue des Frigos, à Paris 13
, - 521 mots - 3 commentaires

Un oiseau, une orange...

En passant, entre pleins d'articles commencés et tout plein de choses à faire ou à défaire, je voulais publier un article sur le silence.
Donc sur la musique.

Et l'introspection m'a ramené à ça : 1964 et 1966.
Ces deux chansons de Gilbert Bécaud m'ont, pour des raisons opposées, profondément marqué (à l'époque, j'avais 3 puis 5 ans).


La première, me faisait frissonner d'horreur ! Ces cris suraigus, ces voix accusatrices, cette image du loup (one more time), la détresse éprouvée par le narrateur me ramenait à cette première expérience encore douloureuse de lâcheté collective.

École maternelle.
Je ne me rappelle plus son prénom. Je me souviens qu'il était "gros" et "étranger". J'habitais à l'époque le 18e arrondissement de Paris et mes copains d'école s'appelaient tout autant Mohammed (algérien), Francisco (espagnol), José (portugais) que Jean-Claude (breton) ou Christophe (polonais)...
Le "gros" fût un jour pris à partie pour je ne sais quelle raison par un groupe d'enfants. Il était jusque-là considéré comme un "dur". Mais ce jour-là, face au nombre, il se retrouva littéralement cul nu au beau milieu de la cour de récréation !
Le pantalon sur les chevilles, les bras tendus, les poings serrés, il pleurait sa rage face au groupe qui venait de l'humilier et je vois encore chacune de ses larmes ruisseler sur son visage défait.
Moi et d'autres avons assisté sans réagir à cette scène d'une extrême violence, spectateurs fascinés et pour ma part meurtri par la sauvagerie de la meute (mon souvenir ne va pas jusqu'à en évaluer le nombre) et la douleur du "gros".
Douleur, injustice et lâcheté que l'on retrouve dans cette magnifique chanson, L'Orange, où l'interprétation théâtrale renforce l'atmosphère d'angoisse créée par ces successions rapides et entrecroisées de timbres graves et sentencieux et de voix plus aiguës, quasiment hystériques...
Brrrrr... j'en ai longtemps fait des cauchemars !


Tout l'inverse de L'Oiseau de Toutes les Couleurs qui est certainement ma première expérience consciente d'échappatoire par la poésie !

Quelle merveille de légèreté et d'insousiance que cette chanson !
Dans mon souvenir, elle reste associée à tout ce que je garde de positif de cette époque (qui devait en contenir beaucoup plus que ce que ma mémoire ne me retransmet...) : le soleil sur Paris, les rues de Paris-village, les sourires des adultes que tu croises et que tu imagines alors comme des forteresses invincibles, la boulangère qui faisait semblant de regarder ailleurs pendant qu'on "risquait notre vie" à lui chiper des bonbons, le soleil sur Paris...
Des petits bouts d'éternité à l'échelle de l'enfance. Une couleur bleue pastel sur des jouets en plastique. La chatte qui ronronne sur le bord de la fenêtre. L'odeur du cahier neuf et ses tables de multiplication au verso. Le manège de chevaux et vélos de bois sur lequel je revivais les envolées de Felice Gimondi !

 

Pourquoi je repense à ces deux chansons ce soir alors que j'étais dans tout autre chose ? Mystère...
À moins de considérer que les jours ou les semaines qui viennent me feront tomber d'un côté ou de l'autre de la réalité : soit comme cette orange, alibi des ignobles, volée ou vendue, incapable d'agir sur sa vie, soit comme cet oiseau que j'ai toujours rêvé d'être...

L'orange ou l'oiseau, le marché ou la vie... Tu prendrais quoi, toi ?


3 commentaires

  1. #1

    Par le à

    Moi je lançais des oranges aux gros.

    Je sais, on est pas tous égaux.

  2. #2

    Par le à

    Pourquoi le marché ?

    Ah moi je choisis l'oiseau, même s'il n'est pas toujours guilleret !

    Quant aux tables de multiplication au verso je les associes à l'orage... et ces voix accusatrices : "tu ne connais pas tes leçons..." ^_^

    PS : J'aime bien Bécaud... ainsi que pas mal de compositeurs/chanteurs des années 60... quoi que la musique était globalement assez stridente, à mon sens !

  3. #3

    Par le à

    Quant aux tables de multiplication au verso je les associes à l'ORANGE !

    Lapsus... mais bon, orange-orage, ça revient au même ^_^

Fil RSS des commentaires de cet article


Écrire un commentaire…

Précaution anti-spam

… ou lire un article au hasard