En réponse non courtoise (mais la courtoisie n'est souvent qu'une hypocrisie) à un texte maladroit qui tente d'appâter les abstentionnistes en les caricaturant. Les politiciens (élus, militants ou sympathisants) ont tous ce réflexe pavlovien de considérer quiconque ne s'intéresse pas à leurs programmes comme reponsable de tout et de son contraire. Est-il encore besoin de citer ce bon La Fontaine et ses animaux malades de la peste ? Apparemment, oui.

C'est pas de ma faute à moi, c'est l'autre là, le rénégat, le paria, ce chien galeux d'abstentionniste !

Un texte « politique » ne peut pas implicitement et d'emblée dire à son lecteur : Tu es un connard égoïste et inculte, je vais te rééduquer.

À l'exception, bien évidemment, de mes propres textes politiques que tu peux lire ou relire sur ce site. Mais c'est parce que je suis moi-même un connard égoïste et inculte.

D'une manière générale, la politique n'est pas une affaire de rhétorique, de chiffres, de démonstration plus ou moins bien ficelées : c'est une affaire d'affect. Et exclusivement d'affect. Les politiciens populistes (pléonasme) l'ont parfaitement compris et c'est la raison de leur succès. Succès qui ne date pas d'aujourd'hui puisque déjà à Rome — celle des Auguste et des César — le Sénat a commencé à se décrédibiliser lorsqu'il est devenu le lieu privilégié des batailles de tribuns, orateurs talentueux mais en pratique, totalement incompétents.

La politique c'est du théâtre. La seule façon de changer le monde à un niveau individuel c'est de mettre en pratique quotidiennement sa vision. Sans regarder ce qui se fait ou ne se fait pas. Le choix est parfois limité, les contraintes sont parfois énormes, mais des opportunités existent.

Le monde ne change pas parce que tel ou tel est élu. La figure du « Grand Homme », du « Sauveur », de « l'Homme Providentiel », (homme ou groupe d'hommes) est une construction sociale et religieuse (la religion est une source d'affect extrêmement importante et vivace).

Les partis (du plus grand au plus archaïque, du plus petit au plus novateur) ne sont pas des solutions : ce sont justement les problèmes ! Quiconque (personne ou groupe de personnes) dit : Voici une solution ! est un menteur (les idéalistes et les manipulateurs le sont différemment mais les deux mentent).

L'abstention (qui est, par définition, un affect non exprimé) est difficilement synthétisable. Sans aller jusqu'à considérer qu'il y a autant de raisons de s'abstenir que de gens qui s'abstiennent, englober des millions d'abstentionnistes dans quelques boîtes étiquetées « poubelles » ou « sacs à merde » ne les fera pas vraiment changer d'avis. Au contraire.

Avoir des idées, soit. Les défendre, parfait. Rendre autrui responsable de leur inefficience, ce n'est ni correct ni alternatif.

Les abstentionnistes ne sont pas des citoyens au rabais de même que les électeurs ne peuvent pas être considérés (de la part de quelques abstentionnistes) comme des moutons manipulés. Tout ce qui touche à l'humain est complexe et porte sa part d'irrationnel, de contradiction, de peur, d'ignorance, d'incapacité. Toutes choses qu'on ne peut pas juste mettre dans la case « salaud » ou « crétin ».

Et comme je ne suis pas qu'un connard égoïste et inculte mais que je cultive également un côté malfaisant et prétentieux, voici quelques conseils sans aucun intérêt :

  • toujours avoir une vison globale des choses avant de les considérer dans leurs particularités ;
  • les exemples issus des livres d'histoire n'ont aucune pertinence ; insérer ici la citation d'Héraclite : On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.
  • en matière sociale, la complexité est la norme, la contradiction est la méthode, l'incertitude est le résultat ;
  • le deuxième tour de l'élection présidentielle française a de grandes chances (ou de gros risques) de voir s'affronter Marine et Nicolas…

Et ce ne sera ni la faute des électeurs ni celle des abstentionnistes : c'est l'air du temps (le temps global) qui est à la contraction plutôt qu'à l'ouverture.